Sabryna Mongeon était l’invitée spéciale de l’ambassadrice de France au Canada, Kareen Rispal.

Sabryna Mongeon: héroïne de la France

CHRONIQUE / L’ambassade de France à Ottawa a déroulé le tapis rouge mercredi soir pour accueillir Sabryna Mongeon.

Car aux yeux de Kareen Rispal, l’ambassadrice française au Canada, la jeune Gatinoise de 20 ans qui a frôlé la mort dans la nuit de Noël 2017 est une véritable héroïne.

L’ambassade de France organisait un dîner, mercredi, afin de célébrer la Journée des droits de la femme (le 8 mars), et les invités à cette soirée devaient être accompagnés de leur « héroïne », c’est-à-dire d’une femme qui les inspire, une amie, une voisine, une collègue, une sœur, une mère.

L’ambassadrice Rispal, elle, a choisi Sabryna Mongeon pour prendre place à sa table, à ses côtés.

« J’ai choisi Sabryna comme mon héroïne parce que, comme tout le monde, j’avais lu son histoire », a expliqué Mme Rispal. Déjà, à l’époque, j’avais été incroyablement surprise par sa force de vivre et son courage.

« J’étais en France il y a quelque temps, je « zappais » à la télé et je suis tombée sur une émission française, un plateau français, où Sabryna était l’invitée. Je l’ai vue témoigner et j’étais bouche bée de voir cette jeune femme qui est tellement inspirante et courageuse. J’ai trouvé qu’elle était une personne incroyable. J’ai regardé toute l’émission et je crois que tout le monde en la regardant se disait : « mais comment fait-elle pour trouver cette force intérieure ?». Elle rayonnait de beauté, d’intelligence, de confiance en elle. Elle était exceptionnelle. Alors j’ai pensé à mon dîner des héroïnes et je me suis dit : c’est Sabryna. De la voir témoigner sur un plateau, de voir sa certitude, sa force de caractère et la beauté qu’elle dégage, c’est tout ça qui m’a conduite à me dire : c’est elle mon héroïne.

C’est un peu le but de ce dîner, a ajouté Mme Rispal. C’est de réfléchir un peu à c’est quoi une héroïne moderne d’aujourd’hui. Ce n’est pas nécessairement quelqu’un qui fait les gros titres. Mais c’est quelqu’un qui est remarquable parce qu’elle nous inspire. »

L’ambassadrice Kareen Rispal (droite) a choisi Sabryna Mongeon pour prendre place à sa table, à ses côtés.

« C’est tout un honneur »

Sabryna Mongeon a immédiatement accepté l’invitation de l’Ambassade de France. Mais elle affirme humblement qu’elle ne se voit toujours pas comme une héroïne.

« J’ai été invitée à Paris en octobre dernier à l’émission Ça commence aujourd’hui (sur la chaîne France 2), a-t-elle dit. Par la suite, j’a reçu beaucoup de messages de la part des Français. Je pense que mon passage à cette émission a eu un impact. Mais je ne m’attendais pas à recevoir une invitation de l’ambassade de France (au Canada). J’étais à Cuba lorsqu’on m’a appelée et j’ai tout de suite accepté. C’est tout un honneur d’être l’invitée d’une ambassadrice. Ce n’est certainement pas quelque chose que j’aurais refusé. »

Dans une entrevue exclusive accordée au Droit en septembre dernier, Sabryna Mongeon affirmait qu’elle ne se voyait pas comme une héroïne, que les vrais héros étaient tous les gens qui l’ont encouragée et appuyée dans son épreuve. « C’est grâce à eux si je suis bien et heureuse aujourd’hui », ajoutait-elle.

« J’ai encore beaucoup de misère avec ce mot (héroïne), a dit Sabryna, mercredi. Pour moi, je suis une personne comme tout le monde. Je suis passée à travers quelque chose de difficile mais je ne pense pas que ça fait de moi une héroïne. Mais chaque personne le voit différemment. Et je comprends. Je suis à l’aise avec ça. »

Sabryna Mongeon a été amputée de ses bras et de ses jambes à la suite d’un accident de voiture survenu dans la nuit de Noël 2017, à Luskville, dans le Pontiac. Lorsque l’auto qu’elle conduisait a heurté un poteau d’électricité, elle est descendue du véhicule, elle a été électrocutée et elle est demeurée inconsciente pendant plus de quatre heures dans la neige et par un froid glacial avant qu’un passant l’aperçoive et lui porte secours. Ses blessures ont demandé plus de sept mois d’hospitalisation et de réadaptation.

Grâce à une campagne de sociofinancement et à la générosité des gens, sa famille a amassé près de 200 000 $ qui ont permis à Sabryna de s’acheter une maison adaptée à ses besoins. « J’habite dans ma maison depuis quelques mois, a-t-elle dit, ça va super bien et tout est merveilleux. »

Astérix est une femme

Ce « dîner des héroïnes » tenu mercredi soir à l’ambassade de France se voulait aussi un lancement pour l’exposition Héroïnes : la représentation féminine en bande dessinée qui ouvre vendredi — Journée de la femme — à l’Alliance française d’Ottawa.

« Dans la bande dessinée, presque tous les héros sont des hommes, explique Mme Rispal. Donc, c’est une exposition amusante qui détourne un peu l’image traditionnelle et qui féminise les héros. C’est la première mère fois que cette exposition circule en Amérique du Nord », ajoute l’ambassadrice de France au Canada.

Dans le cadre de cette exposition, Lyon BD et le scénariste JC Deveney ont invité une vingtaine d’auteurs à imaginer et à réaliser la représentation féminine d’un héros de BD de leur choix.

L’exposition débute vendredi et se tiendra jusqu’au 27 avril.