Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
La pelouse déserte offrait une scène plutôt inhabituelle pour un 1er juillet sur la colline du parlement, mercredi.
La pelouse déserte offrait une scène plutôt inhabituelle pour un 1er juillet sur la colline du parlement, mercredi.

Quand le troupeau ne passe plus

CHRONIQUE / Suivre le troupeau. C’est un peu ça, la fête du Canada à Ottawa.

Ados et jeunes adultes, mes amis et moi nous rendions sur la colline du Parlement et dans le marché By le 1er juillet. On marchait en rond toute la journée en suivant la foule, à midi on allait écouter les discours insipides des dignitaires sur la colline et regarder le spectacle d’artistes souvent méconnus aux chansons rarement entendues, puis on redescendait dans le marché By à la recherche d’une table de patio où nous pourrions nous arrêter prendre un rafraîchissement, lire une bière. Sauf que les chances de trouver une table libre sur une terrasse du marché, un 1er juillet, étaient aussi faibles que de gagner le gros lot à la Lotto Max.

Alors on reprenait notre place dans le troupeau et nous marchions en rond jusqu’au spectacle en soirée d’artistes souvent méconnus aux chansons rarement entendues, qui était suivi des feux d’artifice traditionnels.

Ces feux valaient le déplacement. Le gouvernement canadien ne lésinait pas sur ses pétards. C’était le show de la journée. Le gros show. Le «wow!» pour vous faire dire: «on reviendra l’an prochain!». Un peu comme un golfeur – voire un «laboureux de fin de semaine» – qui cale un birdie au 18e trou. Le gars remettra une carte de 124. Il aura joué comme un pied de céleri toute la journée et il posera plus souvent les pieds dans le sable que sur de la pelouse, mais au 19e trou, son préféré, il ne parlera que de son birdie au 18e. Ce coup roulé de 25 pieds qu’il a miraculeusement réussi et qui le fera revenir labourer les fosses de sable dimanche prochain.

C’est un peu ça, les feux d’artifice du 1er juillet à Ottawa. C’est un peu ça la fête du Canada dans la capitale nationale. C’est de suivre le troupeau. C’est d’être parmi la foule, l’immense foule. C’est de faire partie de la gang. C’est de dire qu’on y était nous aussi à cette journée pour célébrer le «plusse beau pays du monde».

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Mais il n’y a pas eu foule à Ottawa hier. Ni de spectacle. Ni de pétards sur la colline. Un virus s’est invité à la fête et un peu tout le monde s’est dit: «si lui y va, moi j’y vais pas !». Alors le «p’tit mosus» de virus a eu la colline à lui tout seul. Queues de castor à volonté.

Et nous, fiers Canadiens à la recherche perpétuelle d’une table de patio pour prendre un rafraîchissement, avons sagement choisi de rester chez nous.

Heureusement que Patrimoine canadien avait pensé à nous. Ne reculant devant rien, même pas devant un virus malcommode, le gouvernement canadien nous a offert en ligne sa «Trousse de célébration de la fête du Canada».

Dans cette trousse, Patrimoine canadien nous a donnés tous les outils virtuels pour nous amuser à la maison en ce 1er juillet, à l’abri du virus «casseux de party».

Dans le cadre des festivités du 1er juillet, les Canadiens étaient invités à créer leurs armoiries.

Exemples des activités interactives et virtuelles: on a pu assembler et colorier des morceaux de casse-tête, ce que nous n’aurions jamais fait en troupeau sur la colline. On a pu utiliser une «trousse de mouvements» fournie par Danse CNA afin de créer notre propre danse de la fête du Canada. (Vous auriez dû voir la mienne. John Travolta peut aller se rhabiller.) On a pu colorier un drapeau canadien, gracieuseté du Musée des beaux-arts du Canada. Le Bureau du secrétaire du gouverneur général nous a fourni le matériel pour créer nos propres armoiries. Et on nous a même proposé des milliers de fichiers sonores pour nous aider à apprendre à parler «rapidement et facilement» l’inuktitut, la langue parlée par les Inuits.

Et ça ne s’arrête pas là. C’est une folle journée en ligne à la maison que nous a proposée Patrimoine canadien, hier. Des heures de plaisir. Après les casse-tête, la création de notre propre danse et de nos armoiries, le drapeau à colorier et l’inuktitut à apprendre, on nous a enseigné l’art de monter une tente, de construire une capsule temporelle, de nous entraîner comme un athlète d’Équipe Canada et de cuisiner un «super burger doublement cochon» de Ricardo et un «chili spatial» de l’astronaute canadien David Saint-Jacques. Tout ça dans le confort de notre foyer.

Pour fêter le 153e anniversaire du Canada, Ricardo a créé une recette de «super burger doublement cochon».

Toute une journée, les amis. À l’instar de mon chili spatial, j’étais brûlé.

Mais savez-vous, je pense que je vais retourner sur la colline l’an prochain si la pandémie n’est plus qu’un mauvais cauchemar. Elle était trop épuisante, cette trousse de Patrimoine canadien. Je préfère marcher en rond toute la journée et admirer les pétards en soirée. Je veux revoir le monde. Je veux revoir la gang.

Je veux regagner le troupeau. Ou comme on dirait en inuktitut: pisugusuktugut.