Le maire Jim Watson (droite), a laissé entendre lors d’un point de presse à l’hôtel de ville, mardi, que le O-Train sera inauguré en septembre.

Plus ça change…

CHRONIQUE / « Le train léger roulera en septembre », titrait-on à la page 3 de notre édition de mercredi.

Non, ce n’était pas une blague. C’est ce que le maire d’Ottawa, Jim Watson, a laissé entendre lors d’un point de presse à l’hôtel de ville, mardi. Le O-Train sera inauguré en septembre.

Et si vous croyez vraiment que cette prédiction du maire se réalisera, appelez-moi, j’ai un terrain marécageux en Floride à vous vendre « beau, bon, pas cher »…

Excusez le sarcasme. Mais avouez que ces délais dans la mise en marche du train léger commencent à être un véritable « running gag » dans la capitale fédérale.

Les clés devaient être d’abord remises à la municipalité le 24 mai 2018. Il y a plus d’un an. On a repoussé cette date au 2 novembre 2018. « Un léger délai, c’est normal », s’est-on dit. Mais lorsque le train s’est embourbé dans un tas de neige sur les rails et qu’il n’avançait plus, on a repoussé la date au 31 mars 2019. Semble-t-il qu’on n’avait pas prévu que de la neige tomberait sur Ottawa entre novembre et mars…

Puis finalement, le train léger allait enfin être lancé à la fin du mois de juin 2019. Dans moins de deux semaines. Mais voilà qu’on apprend que les portes des wagons se fermeraient mal et que les freins ne seraient pas à point. Et si vous filez à la vitesse que ce train filera, vous tenez à ce que les portes se ferment correctement et que les freins fonctionnent à la perfection.

Donc ce sera en septembre, dit-on. Qui vivra verra.

Tout ça vous surprend ? Moi, non. C’était prévisible. On ne chamboule pas tout un système de transport en commun au coût de 2,1 milliards de dollars et dans une ville d’un million d’habitants en criant ciseau. C’est compliqué, c’est plein d’imprévus et de pépins. Rappelez-vous le cratère qui s’est formé sur la rue Rideau en juin 2016 lorsqu’on creusait les tunnels pour ce train.

Mais un jour — Dieu sait quand — mais un jour, tout rentrera dans l’ordre et le train léger sera fonctionnel et utilisé à sa pleine capacité par des usagers bien satisfaits et bien contents.

Comme les usagers gatinois du Rapibus sont aujourd’hui (en général) bien satisfaits et bien contents de ce service.

Rappelez-vous cependant des débuts du Rapibus à l’automne 2013. Vous vous souvenez des pépins et des délais encourus lors de ce lancement ? Ils ont coûté le poste à l’ancien maire de Gatineau, Marc Bureau. Lorsque j’ai rencontré ce dernier il y a quelques années et que je lui ai demandé de commenter cet épisode cauchemardesque survenu à la fin de son deuxième mandat à la mairie, en pleine campagne électorale, M. Bureau a déclaré :

« C’est sûr que ça ne m’a pas aidé. On n’a parlé que de ça durant les derniers mois de la campagne électorale. Ça ne portait que là-dessus, le Rapibus. Et quand ça part sur une tangente, il n’y a rien qu’on puisse y faire ».

C’était en 2013. Maintenant, reculons 30 ans plus loin, en 1983. Cette année-là, la Ville d’Ottawa inaugurait son « Transitway », l’équivalent ottavien du Rapibus. Le bordel, les amis. La colère grondait dans la capitale.

Les usagers d’OC Transpo signalaient des délais allant de 10 minutes à une heure comparativement aux circuits qu’ils empruntaient auparavant.

Les chauffeurs se disaient confondus par les nouveaux circuits et devaient presque tous travailler des heures supplémentaires. Le syndicat des chauffeurs menaçait d’avoir recours à des moyens de pression.

Et l’ancien politicien municipal, Peter Clark, se promenait de tribune en tribune pour qualifier ce nouveau réseau d’un « désastre total ».

Aujourd’hui, le Transitway fête ses 36 ans et — tout usager d’OC Transpo vous le dira — c’est un système réglé au quart de tour.

Il s’en vient le train rapide à Ottawa. Il ne vient pas vite, mais il s’en vient. Et d’ici un an ou deux, on aura oublié tous ces délais et ces pépins et on sera bien content de monter à bord.

D’ici là, il faudra s’armer de patience en se disant que… p’tit train va loin.