Michel Lavoie, de la maison d’édition Vents d’Ouest, est décédé ce week-end à l’âge de 73 ans.

Merci pour tout Michel

CHRONIQUE / J’écris cette chronique le cœur en mille morceaux. Mon ami, Michel Lavoie, a rendu l’âme ce week-end à l’âge de 73 ans.

Je savais qu’il était malade. Très malade. Il me l’avait confié au-dessus d’un café l’an dernier.

Mais il ne voulait pas parler de sa maladie. Il ne voulait pas déranger qui que ce soit avec ça. C’était sa bataille, pas celle des autres. Puis de toute façon, il savait bien que personne n’y pouvait rien. Lorsque cette satanée maladie frappe, on peut bien être la personne la mieux entourée sur cette Terre et la plus comblée d’amour, en fin de compte, on se retrouve seul au monde dans ce combat injuste.

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Michel avait une autre lutte à mener. Une lutte qui, dans sa tête et dans son cœur, était cent fois plus importante que l’autre qu’il livrait contre la maladie.

Il avait une maison d’édition à sauver. « Sa » maison d’édition, Vents d’Ouest, là où il était directeur depuis 24 années. La seule maison d’édition agréée du grand Outaouais. Et Vents d’Ouest passait à travers des temps financièrement houleux en février 2019.

Selon lui, il était impensable et inconcevable que sa maison disparaisse du paysage littéraire de Gatineau. Elle avait trop à offrir. Trop d’auteurs à faire découvrir. Trop d’aventures dans lesquels nous transporter. Trop de mots pour nous faire rêver.

Cette maison d’édition était son legs. Son merveilleux legs.

Père de deux garçons et grand-père de deux petits-fils, auteur prolifique de 65 ouvrages et enseignant pendant 33 ans, dont les 15 dernières années comme prof à l’école secondaire Mont-Bleu, Michel Lavoie a pris la barre de la maison d’édition Vents d’Ouest en 1996. Depuis, cette maison a permis à plus de 150 jeunes d’être publiés, d’être auteurs, de voir leur nom gravé sur la couverture d’un livre. De réaliser leur rêve, bref.

« Ce n’est pas une faveur ou un cadeau que je leur fais, m’avait-il dit. Ces jeunes sont réellement bons. Alors on doit s’en occuper parce qu’ils sont la relève. »

Il avait raison. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous sommes rencontrés, Michel et moi, il y a une dizaine d’années. Gentiment, presque timidement, il m’avait demandé de rédiger la préface d’un recueil de nouvelles écrites par des adolescents auteurs en herbe.

Je lui ai dit « oui » tout de suite. D’abord pour encourager les jeunes. Si leur rêve est de devenir auteur, écrivain ou journaliste, ou s’ils sont simplement passionnés par l’écriture, ce n’est certainement pas moi qui les arrêterai. Bien au contraire. Allez-y, chers amis. Écrivez. Et écrivez encore.

Mais si j’ai immédiatement dit « oui » à Michel, c’est aussi parce que j’ai reconnu en lui un ami. Toute de suite. Comme ça. D’une simple poignée de main. Il avait une bonté dans ses yeux, dans son regard. Une écoute attentive. Une chaleur humaine dans sa voix et dans son sourire. Une vieille âme.

On dit que les paroles s’envolent, mais que les écrits restent. Tes écrits, Michel, c’est sûr qu’ils resteront et qu’ils seront lus et relus pour des générations à venir. Tout comme les écrits des dizaines et des dizaines de jeunes de l’Outaouais, nos auteurs de demain que t’as guidés, encouragés et publiés.

Et ta mémoire, mon ami, elle restera aussi. Pas écrite dans un livre. Pas imprimée sur papier. Mais bien gravée dans nos cœurs à tout jamais.

Salut mon vieux. On se reverra de l’autre côté.