Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Marcel D'Amour
Marcel D'Amour

Marcel D’Amour, le père

CHRONIQUE / Je n’avais jamais rencontré Marcel D’Amour. J’étais enfant à Vanier lorsqu’il était maire de Hull (de 1964 à 1972). Je ne le connaissais que par l’histoire de la Ville de Hull et par nos archives que j’avais consultées pour en savoir un peu plus sur lui avant de l’interviewer. J’ai lu sur son rôle clé dans la construction des édifices fédéraux dans le Vieux-Hull, sur le gâchis de «l’affaire Dasken», sur la mort dramatique de sa fille, Marie, et le décès accidentel de son autre fille, Louise, l’aînée de ses sept enfants.

Des amis hullois me disaient qu’il avait été un maire très controversé. Et «controversé» est un mot poli ici. D’autres affirmaient qu’il avait été un maire exceptionnel pour la Ville de Hull.

Mais ce jour-là, en février 2013, j’ai rencontré un homme avec l’âme en paix, un père de famille aimant, droit comme un chêne malgré ses 90 ans, pince-sans-rire et l’esprit toujours aussi vif qu’à ses 20 ans.

J’ai le souvenir d’une belle rencontre. D’une très belle rencontre.

J’ai le souvenir de son sourire espiègle lorsqu’il m’a parlé de la luxueuse résidence pour aînés du Manoir-des-Trembles qu’il habitait depuis cinq ans. Il aimait les activités organisées pour les résidents. Il allait au gymnase deux fois par semaine. Il n’allait jamais au cinéma du rez-de-chaussée, par contre, à cause de son problème d’ouïe. «Pépère s’en vient sourd !», avait -il lancé dans un éclat de rire. Il était toutefois un assidu des soirées dansantes.

Oui, à 90 ans, veuf depuis 23 ans, il aimait toujours aller danser. «Parce qu’on ne manque pas de femmes avec qui danser ici !, avait-il laissé tomber. Je dirais qu’il y a au moins sept femmes pour un homme», avait-il calculé.

Et toujours ce sourire espiègle et cette étincelle dans les yeux. Mais une étincelle qui s’est éteinte pour faire place à une profonde tristesse lorsqu’il s’est rappelé le départ de ses deux enfants. Cette tristesse dans ses yeux trahissait ses 90 ans.

«Perdre un enfant, c’est perdre un morceau de soi-même, avait-il dit en baissant la tête. Et quand t’en perds deux, je te dis que ça ébranle un homme.»

Louise, sa plus vieille, venait de déménager en Nouvelle-Écosse avec son mari. Elle aurait mal ajusté un appareil dans la maison et elle a été empoisonnée au monoxyde de carbone. Elle n’avait que 24 ans. «Quand son mari est rentré du boulot, il l’a trouvée morte», m’avait raconté M. D’Amour en s’essuyant les yeux.

Un autre drame allait secouer l’ancien maire de Hull jusqu’au plus profond de son âme.

En octobre 1987, sa fille Marie, 31 ans, était retrouvée morte dans sa résidence de Ripon, tuée froidement par deux balles à la tête. Ce n’est que 24 ans plus tard que ce crime a été résolu avec l’arrestation de Roger Lepage, de Chénéville, accusé du meurtre prémédité de Marie D’Amour.

«Quand la police est venue m’annoncer que cet homme avait été arrêté, j’ai pleuré pendant trois jours. Tout remontait à la surface », m’avait confié le père de famille qui, la semaine dernière, a été rejoindre Louise, Marie et son épouse de l’autre côté.

*****

Ce n’est pas un ancien maire que j’ai rencontré en ce jour de février 2013. Oui, bien sûr, on a parlé de ses bons coups et de ses moins bons coups en politique. Mais tout ça semblait bien loin derrière lui. Il avait servi sa communauté au meilleur de ses habilités et de ses connaissances et il allait laisser l’histoire le juger. Ce chapitre de sa vie était clos.

Il n’était plus maire. Il n’était plus haut fonctionnaire. Il n’était plus dans l’oeil du public. Il était un père, tout simplement. Un père et grand-père aimant qui ne vivait maintenant que pour ses enfants et ses petits-enfants.

«Il me reste cinq bons enfants qui me visitent régulièrement, avait-il dit fièrement en retrouvant le sourire. Et à Noël, je les reçois ici et c’est moi qui fais cuire la dinde. Eux apportent le reste, mais moi je fais la dinde. C’est la tradition.»

Marcel D’Amour est décédé à l’âge de 97 ans.

Mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.