Un épisode d’épuisement professionnel a poussé une technologue en imagerie médicale à changer de carrière.

«Le système de santé m’a rendue malade»

CHRONIQUE / Roxanne, 35 ans, était technologue en imagerie médicale spécialisée en angiographie. Employée du Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) depuis plus de 11 ans, elle était l’une des sept technologues dans ce domaine en Outaouais.

Son lieu de travail principal était l’Hôpital de Hull, là où se trouve la seule salle d’angiographie en Outaouais pour desservir les six hôpitaux de la région (Hull, Gatineau, Wakefield, Buckingham, Shawville et Maniwaki).

Ils étaient donc sept technologues spécialisés en la matière, mais l’un d’entre eux était en congé de maladie prolongé, et deux autres ont obtenu des postes de coordonnateurs dans d’autres départements et ne peuvent presque jamais se libérer pour assister les médecins dans la salle d’angiographie.

Il en restait donc quatre. Mais lorsqu’un autre technologue a quitté la région pendant quelques mois, il n’en restait plus que trois pour « faire la garde ».

Ça veut dire quoi, « faire la garde » ? Roxanne explique.

« Il y a trois quarts de travail dans notre domaine, dit-elle. De 7 h 30 à 15 h 30, de 8 h à 16 h et de 9 h à 17 h, du lundi au vendredi. Le technologue qui a le quart de travail de 9 à 17 h est de garde. Et lorsque t’es de garde, tu termines ta journée quand le médecin termine la sienne. S’il te reste 10 patients à 17 h, tu sais que tu ne termineras pas avant 21 h ou 22 h. Et tu dois faire ce temps supplémentaire de deux à trois soirs par semaine. T’es de garde une semaine sur trois, une semaine sur deux lorsqu’un collègue est en vacances. Durant mes semaines de garde, je rentrais à la maison après l’heure du dodo de mes deux enfants (âgés de sept et cinq ans) et ceux-ci demandaient chaque soir à leur père si maman venait souper ce soir. Mon conjoint appelait ma semaine de garde “la semaine à papa” ou “sa semaine monoparentale”. »

« La personne de garde l’est aussi les fins de semaine, poursuit-elle. L’hôpital nous appelle lorsqu’il y a des cas à traiter. Et c’était très rare qu’il n’y en avait pas. En fait, quand on ne m’appelait pas le week-end, je croyais que mon téléphone était en panne. Ce n’était pas normal qu’on ne m’appelle pas pour entrer et faire de trois à quatre heures de travail le samedi ou le dimanche, parfois les deux. »

Roxanne n’en pouvait plus. Sauf que les termes burn out et « épuisement professionnel » n’existaient pas dans son livre. Ça n’arrivait qu’aux autres. Mais lorsqu’elle a constaté qu’elle avait des sautes d’humeur inexplicables, qu’elle était de plus en plus agressive envers ses collègues et les médecins, qu’elle n’avait plus une once de patience en elle et que les crises d’anxiété devenaient de plus en plus fréquentes, elle a consulté.

« J’ai été voir mon médecin, je voulais juste une petite pilule magique pour normaliser mon humeur, dit-elle. Elle m’a répondu : “Les pilules ne régleront rien. T’es en épuisement professionnel. Si tu n’arrêtes pas de travailler pendant un mois, tu seras encore plus à terre la prochaine fois que tu viendras me voir.” Je me disais que je ne pouvais pas faire ça à mon équipe. Mais finalement, je me suis dit qu’un petit mois ne ferait pas tort. Il y a quatre mois de ça. Je ne suis jamais retournée à l’hôpital et je ne retournerai jamais travailler dans le système de santé. Il est malade et il m’a rendue malade. J’ai trouvé un autre emploi dans un tout autre domaine et j’ai décidé de changer ma vie au complet. J’ai réalisé que ma famille est la chose la plus importante dans ma vie et que je veux être là pour mes enfants. »

« Mon travail à l’hôpital était une passion, ajoute-t-elle. J’adorais ce que je faisais. J’avais la satisfaction d’aider les patients et les gens étaient reconnaissants. Mais la passion disparaît quand t’es épuisé. Et aujourd’hui, maman soupe avec ses enfants tous les soirs.

— Y a-t-il une solution à ce problème ?

— Ça prendrait plus de technologues, répond Roxanne. Ça prendrait aussi plus qu’une seule salle d’angiographie pour tout le grand Outaouais. Peut-être qu’une garde à deux serait aussi une solution. La garde serait moins lourde à deux. Mais ils n’ont pas le personnel pour ça. Et si t’as deux technologues de garde, ça veut dire que la garde est aux deux semaines. Ce n’est guère mieux. J’ai vu une publicité récemment par laquelle on cherche 10 technologues au CISSSO. Ils essaient d’embaucher, ils veulent résoudre le problème, mais les gens ont plus tendance à rester dans leur poste. Et la formation pour devenir technologue se donne à Montréal et Québec. Or, si les gens de ces deux villes et des alentours font leur formation chez eux, ils resteront là. Ils ne viendront pas ici en Outaouais. Je pense qu’il n’y a pas de solution magique. »