Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Ces gens «anti-masque» qui croient avoir la solution miracle en traversant simplement le pont disent ni plus ni moins: «plutôt que de risquer de contaminer les gens d’Ottawa en ne portant pas de masque, j’irai plutôt risquer de contaminer les Gatinois».
Ces gens «anti-masque» qui croient avoir la solution miracle en traversant simplement le pont disent ni plus ni moins: «plutôt que de risquer de contaminer les gens d’Ottawa en ne portant pas de masque, j’irai plutôt risquer de contaminer les Gatinois».

Le masque ou le pont?

CHRONIQUE / Les opinions sur le port du masque obligatoire à Ottawa sont partagées, c’est le moins qu’on puisse dire.

Le 15 juillet prochain, les élus d’Ottawa adopteront un règlement municipal qui rendra obligatoire le port d’un couvre-visage dans les lieux publics intérieurs de la grande région de la capitale. Épiceries, cliniques, pharmacies, dépanneurs, banques, centres commerciaux, restaurants… alouette. Si vous voulez entrer, vous devrez être masqués.

Et d’ici le 15 juillet, Santé publique Ottawa exige le port du masque dans ces mêmes lieux publics intérieurs. Ce n’est pas encore un règlement municipal, mais c’est tout comme. Et ceci ne fait pas l’affaire de tous…

Plusieurs lecteurs et lectrices ont commenté cette histoire sur la page Facebook du Droit.

« Petit à petit, nos droits constitutionnels disparaissent, a écrit Luc. Pourquoi porter un masque qui ne nous protège pas? Contrôle de masse dictatorial », a-t-il ajouté.

Johanne a enchaîné en écrivant: «Tellement dictatorial. On ne m’imposera pas une muselière». Et Anne a ajouté une couche en commentant: «Nous voilà maintenant en Arabie saoudite. Adieu la liberté».

D’autres commentaires du même genre ont suivi.

Par contre, plusieurs ont félicité la Ville d’Ottawa pour cette mesure. Surtout ceux qui en étaient venus à craindre les lieux publics intérieurs. Comme Andrée, qui a écrit que «plusieurs ne voulaient plus aller dans les commerces car les gens ne respectaient pas la distanciation physique et ne portaient pas de masque».

Et comme Anne, qui se dit «enfin soulagée» de pouvoir retourner dans les commerces «car nous n’aurons plus à nous soucier de ceux qui ne respectent pas la distanciation physique, et il y en a beaucoup!».

On referme les ponts?

Puis il y a les autres qui ne voient aucun inconvénient à ce nouveau règlement municipal d’Ottawa puisqu’ils n’auront qu’à… traverser le pont.

« J’irai magasiner à Hull», a écrit une lectrice. Et un autre lecteur d’ajouter: «les gens n’ont qu’à traverser les ponts pour aller dépenser et se prélasser chez nos voisins où ces mesures n’existent pas».

Quel bel exemple de solidarité, d’altruisme et de civisme de leur part. Le but premier du port du masque est de protéger les autres. Or, ces gens «anti-masque» qui croient avoir la solution miracle en traversant simplement le pont disent ni plus ni moins: «plutôt que de risquer de contaminer les gens d’Ottawa en ne portant pas de masque, j’irai plutôt risquer de contaminer les Gatinois. Plutôt que d’encourager les commerces d’Ottawa, j’irai dépenser dans les commerces de l’autre côté de la rivière, là où je n’aurai pas à me couvrir le visage.»

Et comme responsabilité sociale, on repassera…

Je me demande ce qu’en pensent les Gatinois.

Verra-t-on de plus en plus de plaques de l’Ontario dans les terrains de stationnement des commerces québécois?

La Ville de Gatineau devra-t-elle demander à Québec de refermer les ponts entre Ottawa et l’Outaouais? Elle aurait de bonnes raisons de le faire. Trente-trois personnes de l’Outaouais ont succombé à la COVID-19 depuis le début de la pandémie. Ce nombre s’élève à 263 du côté d’Ottawa. Et voici que certains Ottaviens voudraient maintenant fréquenter les commerces de Gatineau, là où le port du masque n’est pas obligatoire dans les lieux publics intérieurs?

La Ville Gatineau referma-t-elle les ponts? Ou obligera-t-elle à son tour ses citoyens à se masquer dans les lieux publics intérieurs?

Ça reste à voir. Mais il ne faudrait pas «partir en peur», comme on dit. Parce que c’est facile, dans un élan de colère, de crier: «je vais traverser le pont!». Mais j’ai l’impression que ces gens réaliseront bien assez vite que c’est plus facile de se couvrir le visage pour aller à l’épicerie ou à la pharmacie du coin que de trouver ces mêmes commerces gatinois à proximité d’un pont.

Mais bon… Si vous êtes un «anti-masque» invétéré et si rouler des kilomètres de plus pour faire vos achats ne vous dérange pas, allez-y. Et si vous faire dévisager par les clients gatinois qui portent le masque sans qu’on ne les oblige à le faire ne vous dérange pas non plus, allez-y de l’autre côté du pont. Allez voir l’accueil qu’on vous réservera.

Il ne sera peut-être pas très chaleureux, cet accueil. Pas très amical non plus. Vous risquez même de vous sentir bien seul sans masque.

Mais au moins, vous serez libre…