L’église Saint-René-Goupil, à Gatineau

La petite fille qui habitait l’église

CHRONIQUE / En apprenant la fermeture prochaine de l’église Saint-René-Goupil, à Gatineau, Catherine Charron a revécu son enfance et revu dans ses souvenirs des moments inoubliables qu’ils l’ont marquée pour la vie.

Cette église était son deuxième chez-soi. Si bien qu’à l’école primaire, elle était connue comme « la petite fille qui habitait dans l’église ».

Sa grand-mère, Irène Rollin, a travaillé et vécu pratiquement toute sa vie au presbytère de l’église Saint-René-Goupil. Et Catherine passait plus de temps chez elle qu’à la maison.

« Grand-maman s’occupait du ménage et du lavage dans le presbytère, raconte-t-elle. Elle avait son appartement là et elle était aussi gérante du comptoir Saint-Vincent-de-Paul qui se trouvait dans le garage sur le terrain de l’église. Elle était très dévouée.

Catherine Charron

«Le matin, ma mère me laissait chez ma grand-mère au presbytère. Je partais ensuite pour l’école qui se trouvait pas loin de là. Je revenais chez ma grand-mère pour le lunch, puis j’y retournais après l’école jusqu’à ce que ma mère vienne me chercher vers l’heure du souper. J’ai fait ça de la maternelle jusqu’à ce que je débute le secondaire. Et si j’étais malade ou en congé durant mon primaire, c’est chez ma grand-mère que je passais la journée. Pour m’amuser, j’allais dans l’église qui n’était pas ouverte le jour et je cherchais des pièces de cinq ou de dix sous au sol pour pouvoir m’allumer un lampion», ajoute-t-elle en riant.

«J’ai passé tellement d’heures de ma vie dans cette église. Si je n’étais pas en haut dans l’appartement de ma grand-mère où j’avais ma chambre et mon lit, j’étais en bas au comptoir Saint-Vincent-de-Paul où j’aidais grand-maman. J’ai appris à cuisiner là. J’ai appris à faire du pain. Cette église était ma deuxième maison. Plus que ça, elle était mon terrain de jeu.»

Catherine Charron, 37 ans, connaît l’église Saint-René-Goupil comme le fond de sa poche. L’appartement du curé, l’endroit où l’eau bénite était conservée, les bureaux, les passages secrets…

«Si j’étais millionnaire, je l’achèterais, lance-t-elle. Non pas pour y habiter. Mais j’aimerais la convertir en un endroit pour la communauté, un peu comme on a fait avec l’ancienne église de Hull qui est devenue la Maison Mathieu-Froment-Savoie. Mais je n’ai malheureusement pas cet argent. J’espère juste qu’on y construira quelque chose pour aider les gens. Ma grand-mère en serait fière.

«Enfant, je me trouvais privilégiée d’habiter là. Je trouvais ça cool. Déjà que je me trouvais différente des autres, c’était juste normal pour moi de vivre là. Par contre, à l’école, je n’avais pas le droit de sacrer ou rien comme ça et je devais être sage comme une image puisque j’étais — comme mes collègues de classe et les paroissiens m’appelaient — la petite fille qui habitait dans l’église. Mais à ce jour, je suis fière de connaître par cœur tous les mots qu’on doit prononcer durant la messe», laisse-t-elle tomber dans un éclat de rire.

Catherine Charron n’est plus pratiquante. Elle s’est toutefois assurée de faire baptiser son fils, Arnaud, dans cette église, comme elle a été baptisée dans ce lieu à sa naissance.

«Je ne vais plus souvent à l’église, dit-elle, mais quand j’y vais, je me sens bien. Ça me fait du bien. Et les valeurs que j’ai aujourd’hui, comme le partage, l’entraide et l’empathie, tout ça vient de ma grand-mère et de mon enfance passée avec elle.

«Tous mes souvenirs de cette église sont beaux. C’était… comment dirais-je ? C’était doux.»