Selon la revue «L’Actualité», c’est le village de Cantley qui obtient le meilleur score en Outaouais pour la qualité de vie.

Là où il fait bon vivre

CHRONIQUE / J’aurais peut-être dû choisir Cantley…

Il y a une vingtaine d’années, ma conjointe et moi avons décidé de vivre l’aventure de la campagne. De s’établir loin de la ville, au grand air frais, en pleine nature et vivre au rythme des saisons.

Nous ne sommes pas allés très loin. On a choisi le village de Saint-Pierre-de-Wakefield, à Val-des-Monts, à une quarantaine de kilomètres de Gatineau. Et nous y sommes restés cinq ans. Cinq merveilleuses années.

J’avoue que j’étais plutôt appréhensif lorsque nous avons quitté pour la campagne. Je suis un « gars de ville » élevé sur du béton. Je ne connaissais rien de la vie là-bas. Mais je m’y suis vite habitué. Et l’entraide, l’amitié et la solidarité qui régnaient entre les villageois de ce coin de pays étaient étonnantes, voire renversantes. Je n’avais jamais rien vu de tel.

Ma voiture en panne sur le bord de la route ; tout le monde s’arrêtait pour m’aider. Il était tombé 30 cm de neige pendant la nuit ; le voisin se pointait le nez à l’aube à bord de sa déneigeuse. Le printemps se faisait attendre et le bois de chauffage se faisait rare : un voisin était toujours là pour nous dépanner. Et ainsi de suite. Une belle chaleur humaine.

Mais tout n’était pas rose. Rouler 80 km par jour sur une étroite route sinueuse pour se rendre et revenir du boulot, ce n’est pas toujours jojo, surtout en pleine tempête de neige, ou pire, en pleine tempête de verglas. Quatre-vingts kilomètres pour trouver la clinique médicale la plus près, ça peut devenir long lorsqu’on ne se sent pas bien. Jouer au taxi pour aller chercher fiston à son école secondaire de Gatineau parce qu’il a raté l’autobus scolaire, ça peut tester votre patience. Les pannes de courant trop fréquentes, l’internet à « lente vitesse », les animaux sauvages qui vous font clairement comprendre que vous empiétez sur leur territoire, votre chien qui décide de s’en prendre à un porc-épic, ou pire, une mouffette, vite chez le vétérinaire… qui se trouve à 80 km aller-retour. Rien d’amusant tout ça.

Mais l’entraide et la chaleur humaine compensaient pour tout. Il faisait bon vivre là-bas.

Enfin, je croyais qu’il faisait bon vivre à Val-des-Monts. Mais voilà que la revue L’Actualité publie son palmarès des 103 villes (de plus de 10 000 habitants) où il fait bon vivre au Québec, et je constate que Val-des-Monts se classe au 97e rang. Ouch.

En Outaouais, c’est le village de Cantley – voisin de Val-des-Monts – qui obtient le meilleur score avec une 27e position sur 103. Gatineau dans tout ça : 66e.

« Notre palmarès des villes québécoises où il fait bon vivre […] constitue un outil de réflexion pour les citoyens, puisqu’il mesure la performance d’une centaine de municipalités dans neuf secteurs, dont la croissance démographique, la vitalité économique et l’accès à la propriété », peut-on lire dans L’Actualité. Puis on ajoute : « des calculs qui, bien sûr, ne rendent pas justice aux critères subjectifs définissant la qualité de vie, comme l’attachement viscéral à son coin de pays. »

C’est un peu ça le problème avec ces palmarès. On oublie trop souvent le facteur humain. Ou les « critères subjectifs » comme on l’écrit. Durant mes années à Val-des-Monts, je m’en fichais un peu de la croissance démographique de ce village, de sa vitalité économique et de l’accès à la propriété. Ce n’est pas nécessairement ce qui rend les gens heureux. Ce n’est pas ce qui rend un endroit où il fait bon vivre.

Et je vous le dis, chers amis de Val-des-Monts, votre village ne mérite pas cette 97e position. Dans ma tête, vous êtes dans le top-5.

Mais aurais-je dû choisir Cantley… ?

En passant, si vous habitez l’Outaouais et que vous êtes originaire de Blainville, à votre place, je rentrerais à la maison. Car selon L’Actualité, votre patelin est numéro un au Québec. Chapeau pour votre croissance démographique et votre vitalité économique.

Ici, à Gatineau et à Val-des-Monts, malgré nos positons dans ce palmarès, il fait juste bon vivre.

Juste ça.