L’ancien gardien de but du Canadien de Montréal, Steve Penney, a perdu sa bague de la coupe Stanley à Gatineau, en 2006.

La bague perdue de Steve Penney

CHRONIQUE / En 2006, il y a 13 ans, l’ancien gardien de but des Canadiens de Montréal, Steve Penney, a perdu sa bague de la coupe Stanley à Gatineau.

Lui et Bernard Duguay, de chez Duguay Sports, dirigeaient à l’époque une école de gardiens de but à l’aréna Robert-Guertin. Un soir, alors que Steve Penney se trouvait sur la glace du « vieux Bob », quelqu’un est entré dans le vestiaire et lui a subtilisé sa précieuse et inestimable bague, symbole de l’avant-dernière conquête de la coupe Stanley du Canadien, en 1986.

Il y a deux semaines, Steve Penney l’a retrouvée. Intacte. Aussi glorieuse que l’équipe de Montréal des belles années.

On y reviendra…

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Steve Penney, 58 ans, a commencé sa carrière avec le Canadien à la fin de la saison 1983-1984. Contre toute attente, ce jeune gardien que pratiquement personne ne connaissait a brillé en séries éliminatoires, menant son équipe à la finale de conférence.

« J’ai eu de grosses séries cette année-là, se souvient-il. On avait battu Boston et les Nordiques de Québec avant de perdre contre les Islanders. L’année suivante, je suis devenu le gardien numéro un de l’équipe. J’ai terminé 3e pour la moyenne de buts alloués dans la ligue. J’avais aussi fini 3e pour la recrue de l’année. Mais malheureusement, cette année-là (1985), on s’est fait battre par les Nordiques en sept matches dès la première série. »

Ce n’était que partie remise pour le Canadien. La saison 1985-86 allait s’avérer l’une des plus mémorables de son histoire. Mais malheureusement pour Steve Penney, un autre gardien allait lui voler la vedette… et son filet. Un blanc-bec du nom de Patrick Roy…

« Deux semaines avant la fin de la saison régulière, reprend Steve Penney, l’instructeur Jean Perron est venu me voir le matin pour me dire : «Tu joues à Saint-Louis ce soir. Et en passant, c’est toi qui vas partir les séries. T’es le seul des trois gardiens (lui, Doug Soetaert et Patrick Roy) qui a de l’expérience en séries». Mais ce soir-là à Saint-Louis, j’ai été blessé, des ligaments déchirés, et c’est Patrick qui a commencé les séries. On connaît tous la suite. »

Roy a été phénoménal devant le filet et le Canadien de Montréal a remporté la 23e coupe Stanley de son histoire.

« J’étais évidemment déçu de ne pas pouvoir jouer, dit Steve Penney. Mais j’étais content de voir l’équipe avancer. Et quelque part, même si tu ne peux pas jouer, tu gagnes la coupe pareil. Et les gars ont été bien corrects avec moi. Ils m’ont dit : "tu nous as aidés à nous rendre là". Il y a toujours un cheminement avant d’arriver à une Coupe Stanley. Alors j’étais content, mais déçu de ne pas pouvoir contribuer activement en séries. »

Steve Penney, 58 ans, a commencé sa carrière avec le Canadien à la fin de la saison 1983-1984.

Comme tous ses coéquipiers, Steve Penney a reçu sa bague de la coupe Stanley. Une bague gravée de son numéro 23 qu’il a fièrement portée, jusqu’en 2006…

La bague

À son école de hockey pour gardiens de but, à Gatineau, Steve Penney portait parfois sa précieuse bague à la demande des jeunes et de leurs parents qui voulaient se faire prendre en photo avec lui. Mais Penney s’assurait toujours de remettre sa bague à son partenaire, Bernard Duguay, avant de sauter sur la glace.

« Mais ce soir-là, raconte-t-il, j’ai complètement oublié de la remettre à Bernard. Alors je l’ai machinalement laissée dans une poche de mon pantalon dans le vestiaire. Et c’est là que ça s’est passé. Je ne pense pas que la personne qui me l’a volée cherchait spécifiquement la bague puisque d’autres joueurs se sont fait voler de l’argent ce soir-là. Le voleur est entré dans le vestiaire, il a fait les poches des pantalons, et il est tombé sur le jack pot en piquant ma bague. J’ai paniqué un peu. Bernard aussi. La police est venue. J’ai été en maudit pendant quelques semaines. Mais le temps a passé et j’ai fini par me dire : "C’est arrivé, je ne peux rien y faire. Peut-être qu’elle réapparaîtra un jour".»

Ce jour est venu il y a deux semaines. Steve Penney se trouvait chez lui, dans la région de Québec, lorsqu’un étranger l’appelle.

«Il me demande si je suis Steve Penney le gardien de but. Je lui dis oui. Alors il me dit : "J’ai ta bague et j’aimerais te la remettre". Je lui ai répondu que j’étais bien content, mais qu’il n’était pas question que je paye un sou noir pour la ravoir. Il a répliqué : "Non, tu ne comprends pas. J’ai racheté ta bague pour te la remettre. Je ne veux rien en retour. Sauf que je ne veux pas d’enquête, pas de police, pas de problèmes". J’ai promis à la personne de qui je l’ai achetée que je ne dévoilerais pas son identité. Cette personne s’apprêtait à la vendre et Dieu sait où elle se serait retrouvée. "Moi, j’avais les moyens de l’acheter et je voulais faire une bonne action. Je suis Québécois, je sais ce que cette bague représente pour toi. Je veux simplement te la remettre".»

C’était marché conclut. Les deux hommes se sont donnés rendez-vous dans le terrain de stationnement d’un restaurant de Drummondville, et Steve Penney a enfin récupéré sa précieuse bague de la coupe Stanley disparue 13 ans plus tôt à Gatineau.

«Je l’ai remercié bien gros et je lui ai offert une bonne bouteille, dit Steve Penney. Ce gars-là était généreux, un bon samaritain et certes le partisan numéro un du Canadien !», conclut-il dans un éclat de rire.

À suivre

Que pense Steve Penney du hockey d’aujourd’hui comparé à celui de ses années avec le Canadien ? Et des salaires que les joueurs gagnent aujourd’hui ? Quel est le meilleur joueur qu’il a affronté ?

La suite dans notre édition de mardi.