Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Les clients francophones ont de plus en plus de difficultés à se faire servir dans leur langue aux kiosques du marché By, selon ce que rapportait <em>Le Droit</em> mardi.
Les clients francophones ont de plus en plus de difficultés à se faire servir dans leur langue aux kiosques du marché By, selon ce que rapportait <em>Le Droit</em> mardi.

«I went to the market»

CHRONIQUE / «Services en français: combat de tous les instants dans le marché By», titrait-on dans notre édition d’hier.

On apprenait dans ce texte que les clients francophones du marché By ont de plus en plus de difficultés à se faire servir dans leur langue aux kiosques des maraîchers, des vendeurs de fleurs, de souvenirs et de «gugusses» de toutes sortes.

J’ai lu ce texte et je me suis dit que les temps ont bien changé. Il n’y a pas si longtemps, la grande majorité des maraîchers venaient de l’Est ontarien, de Vars, d’Embrun, de Bourget et de ces beaux coins-là. Tous de fiers Franco-Ontariens, gens de la terre de génération en génération.

Les Cléroux, les Giroux, les Parisien et tous les autres… tous des agriculteurs qui venaient vendre les produits de leurs fermes dans le marché. Vous vouliez acheter «local», c’était la place. Il n’y avait pas plus « local » que ça.

Puis les revendeurs sont tranquillement apparus dans le marché By et ont pris de plus en plus de place, de plus en plus de kiosques. Eux achètent leurs produits chez un grossiste - des produits de l’extérieur de la région d’Ottawa, du Sud de l’Ontario surtout - et ils viennent les revendre dans le marché en disant aux clients que ce sont des produits «locaux de l’Ontario». Mais ces produits sont souvent les mêmes qu’on retrouve dans les épiceries et les magasins à grande surface d’Ottawa et de Gatineau. Alors, pourquoi aller acheter ses légumes et ses fruits dans le marché et payer pour une place de stationnement lorsque le magasin du coin vend exactement la même chose ?

Les agriculteurs franco-ontariens ont finalement eu leur voyage de cette compétition inégale et ils ont graduellement quitté le marché. Les Parisien, par exemple, vendaient leurs produits dans le marché By - leurs fleurs surtout - depuis 149 ans (!). Ils ont quitté en 2018 et ils ne sont jamais revenus.

Et maintenant, on apprend qu’il est difficile, presque impossible, d’être servi en français à ces kiosques.

Je me demande pourquoi…

Les clients francophones ont de plus en plus de difficultés à se faire servir dans leur langue aux kiosques du marché By, selon ce que rapportait <em>Le Droit</em> mardi.

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Ces (re)vendeurs du marché By, à l’instar de toute autre entreprise privée d’Ottawa, ne sont pas obligés d’offrir un service bilingue. Et la Ville d’Ottawa n’a pas le pouvoir de leur imposer.

C’est libre à eux. Et semble-t-il que plusieurs d’entre eux s’en fichent pas mal de la clientèle francophone à en juger par l’affichage et les employés unilingues anglophones.

Zach Taylor, le directeur général de Marchés d’Ottawa, l’organisme qui gère les marchés By et Parkdale de la capitale fédérale, a indiqué au Droit qu’il n’y a pas de politique qui oblige les commerçants qui louent des espaces extérieurs pour vendre leurs produits à servir leur clientèle dans les deux langues officielles.

«Mais nous indiquons aux commerçants que nous avons certaines attentes pour le service en français et qu’un niveau d’effort approprié doit être là», a-t-il ajouté.

Heu… vos «attentes» sont ignorées, M. Taylor. Le «niveau d’effort approprié» dont vous parlez n’est pas là. Mais pas du tout. Ça ne marche pas.

Ne pourriez-vous pas insister pour que ces commerçants offrent un service bilingue ? Ne pourriez-vous pas les obliger à servir les clients dans la langue de leur choix, un peu comme le fait la Commission de la capitale nationale envers ceux qui louent ses espaces commerciaux dans le marché By ? N’y a-t-il pas moyen de moyenner ?

Il semble que non. Mais Zach Taylor a une solution à ce problème. Voici ce qu’il a déclaré au Droit mardi:

«Si vous n’arrivez pas à être servi en français, n’hésitez pas à faire appel à nos employés. Ils peuvent venir vous donner un coup de main avec la traduction».

Non mais… rit-il de nous ? Devrait-on vraiment faire cet effort supplémentaire afin d’être servi en français dans une ville qui se dit bilingue et qui est la capitale d’un pays officiellement bilingue ?

«Bonjour Monsieur. J’aimerais un casseau de tomates et deux poireaux s’il vous plaît.

—What ?

—Des tomates et des poireaux.

—I don’t speak French.»

C’est à ce point, selon M. Taylor, que le client francophone devrait quitter ce kiosque pour aller trouver les bureaux de Marchés d’Ottawa, y entrer et demander si un employé bilingue de l’endroit pourrait le raccompagner au kiosque en question afin de lui donner «un coup de main avec la traduction» des mots «tomate» et «poireau». C’est comme ça qu’on devrait procéder ?

Misère…

Je pense que je vais aller à l’épicerie du coin. Moins de trouble. Moins cher. Mêmes légumes.