Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Non, pas facile le confinement. Et j’ai remarqué que certaines personnes ont besoin de parler. De parler de tout et de rien. Juste parler. À n’importe qui. Alors ils m’écrivent. Et c’est bien correct.
Non, pas facile le confinement. Et j’ai remarqué que certaines personnes ont besoin de parler. De parler de tout et de rien. Juste parler. À n’importe qui. Alors ils m’écrivent. Et c’est bien correct.

Des nouvelles de Gros-Lard

CHRONIQUE / Le confinement a été long et difficile pour plusieurs. Et si les experts disent vrai, la prochaine période de confinement, à l’automne, risque de l’être tout autant, sinon pire.

Y croyez-vous à cette deuxième vague ? Pensez-vous que la «bibitte» reviendra avec plus de vigueur lorsque les arbres changeront de couleurs, que les temps froids reviendront et que la Ligue nationale de hockey annoncera enfin, fin novembre, que la saison 2019-2020 est annulée ?

Moi, si. Je n’ai rien d’un expert. Surtout rien d’un épidémiologiste. Mais à ce que je sache, cette «bibitte» est loin d’être morte. Et je crois que tant et aussi longtemps qu’un vaccin pour l’enrayer ne sera pas développé et distribué à l’échelle planétaire, elle s’invitera et entrera chez nous sans même sonner. Elle pourrait même y passer l’hiver. « Bonjour tout le monde !», comme dirait l’autre. «C’est moi ! Le Corona ! Me revoilà ! Rangez vos décorations de Noël, je suis le seul qui viendra fêter avec vous cette année ! Ressortez plutôt le Purell, lavez vos masques et… swinguez votre compagnie !».

Non, pas facile le confinement. Et j’ai remarqué que certaines personnes ont besoin de parler. De parler de tout et de rien. Juste parler. À n’importe qui.

Alors ils m’écrivent. Et c’est bien correct. J’aime bien recevoir vos courriels et de vos nouvelles. Gênez-vous pas. Mais j’espère que vous comprendrez que, parfois, je n’ai pas vraiment le temps de vous répondre. Ou plutôt que je ne sais tout simplement pas QUOI vous répondre.

Prenez par exemple ce courriel reçu il y a trois semaines et signé: Gros-Lard. Sans blague. Le gars se surnomme lui-même «Gros-Lard». Voici ce qu’il avait à me raconter:

«Ce matin, en ce lundi 8 juin, j’attendais avec fébrilité l’occasion d’aller déposer mes canettes de bière. J’en avais 510 ! Oui, vous avez bien lu, 510 canettes à 5 cents la canette. J’étais tellement fier de pouvoir m’en débarrasser, sachant que cette beuverie avait débuté en même temps que la COVID-19.

«J’ai calculé la moyenne de bières que je prends par jour depuis cette galère. Si je calcule 510 canettes de Molson Canadian du 16 mars au 8 juin, cela donne 84 jours. Donc ma moyenne est de six bières par jour. La seule différence, c’est que je peux maintenant prendre mon temps pour les boire, ce que je ne faisais pas auparavant. La vitesse était de mise à cause du stress du travail. Mais maintenant, avec cette pandémie, je bois plus lentement. Plus lentement, mais je bois encore.

«Un gars qui aime sa bière, mais différemment.

—Gros-Lard.»

Alors ? Je réponds quoi à ce courriel de Monsieur Gros-Lard ? Qu’il devrait «slaquer» sur la bière ? Qu’il devrait changer de marque et boire «local» ? Ou devrais-je lui suggérer gentiment de consommer un peu moins durant la prochaine vague parce que «la modération a bien meilleur goût» ?

Enfin, voici ma réponse: «Cher Monsieur Gros-Lard. Si boire six bières par jour peut vous aider à passer à travers une pandémie avec le sourire aux lèvres et le coeur joyeux, prenez-en donc une à ma santé.

—Denis».

*****

Autre exemple. Dans une récente chronique, je parlais de la victoire électorale du premier ministre conservateur de l’Ontario, Doug Ford, au printemps 2018, et j’ai écrit les mots: «le bulldozer conservateur avec Doug Ford au volant».

Un lecteur de Notre-Dame-de-la-Salette a cru bon m’écrire pour me corriger. Son courriel:

«Je sais que je peux paraître difficile et baveux, mais un bulldozer, ça n’a pas de volant. Ça se conduit avec deux leviers qu’on pousse et tire pour faire avancer et tourner. Salutations.»

(Misère… Je commence à comprendre Gros-Lard).

Merci pour cette précision, cher lecteur. Soyez rassuré qu’il n’y avait rien de «baveux» dans votre courriel. Mais sachez que j’utilisais le mot «volant» au sens figuré. Je ne croyais jamais devoir le préciser, mais voici: Doug Ford n’a pas fait campagne à bord d’un bulldozer.

La prochaine fois, cher ami de Notre-Dame-de-la-Salette, plutôt que de me transmettre un courriel, lancez-moi donc des tomates des Serres Jomélico de votre village.

Elles sont tellement bonnes.