Huguette Jutras et son amie devaient s’envoler vers le Maroc pour deux semaines. Mais la propagation du coronavirus les fait hésiter. Si elles annulent leur voyage, elles ne pourront pas être remboursées.

Crier dans le désert

CHRONIQUE / Quel dilemme tout de même.

Huguette Jutras, de Gatineau, et une amie d’Orléans ont défrayé les coûts d’un voyage de deux semaines au Maroc, en octobre dernier. Toutes deux septuagénaires et grandes voyageuses, elles rêvaient de visiter l’Afrique pour une première fois. « On avait même à notre itinéraire une excursion dans le désert à dos de chameau », lance Mme Jutras sur le même ton qu’un enfant raconterait sa prochaine visite à Disney World.

Les choses ont cependant changé depuis octobre dernier. Un certain virus a fait son apparition en Chine au tournant de l’année. Depuis, plus de 110 000 personnes en ont été atteintes et près de 3 900 en sont décédées. Le coronavirus a été recensé dans 100 pays et territoires, et la propagation se poursuit sur la planète à un rythme alarmant. Les personnes âgées sont les plus à risque, répète-t-on. Les personnes âgées comme Huguette Jutras et son amie.

Inquiètes devant la situation, les deux dames ont décidé d’annuler leur voyage au Maroc dont le départ est prévu vendredi. Et ce, même si on ne signale que deux cas de personnes atteintes du coronavirus dans ce pays africain et que le gouvernement canadien n’a pas émis d’interdiction de visiter le Maroc.

« Mon amie a un passé de problèmes respiratoires, affirme Mme Jutras. Elle a fait une pneumonie d’un retour de voyage, il y a deux ans. Donc on a commencé à s’interroger. On s’est dit qu’on est plus à risque puisqu’on a plus de 70 ans. Et le charme de ce voyage au Maroc, c’est qu’on allait visiter des endroits où il y a des rassemblements, comme des marchés publics.

«Aussi, au Maroc, ils n’ont pas les mêmes infrastructures médicales qu’ici, leur système de santé est beaucoup plus précaire. Je crois qu’on ne compte que trois hôpitaux dans tout le pays. Alors mon amie et moi avons l’intention d’annuler notre voyage», ajoute-t-elle.

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Le hic, c’est qu’elles ne peuvent pas l’annuler. En fait, oui, elles le peuvent. Mais les 5 000 $ qu’elles ont chacune déboursés en octobre dernier ne seront pas remboursés.

«Les agences de voyages ne peuvent pas annuler parce qu’elles sont soumises aux avis que le gouvernement canadien émet», dit Mme Jutras. Un porte-parole de l’agence de voyages choisie par les deux dames, Incursion Voyages, à Gatineau, a confirmé cette information.

«Il n’y a aucun avis du gouvernement. Incursion n’annulera pas le départ du 13 mars pour le Maroc. Elles [Mme Jutras et son amie] ne nous ont pas avisés qu’elles désirent annuler. Et si elles désirent annuler, elles pourront annuler leur départ, mais il n’y a aucun remboursement parce que nous sommes à une semaine du départ», a déclaré le coprésident d’Incursion Voyages, Dan Chetrit.

Les deux dames quitteront-elles tout de même vendredi ? Prendront-elles le risque, si risque il y a ?

«C’est certain que mon amie ne viendra pas, laisse tomber Mme Jutras. Elle ne me l’a pas encore annoncé, mais je crois que ce serait dangereux pour elle. Et je la comprends. Ses enfants ne veulent pas qu’elle parte. Disons qu’elle a beaucoup de pression pour rester. Et je ne pense pas y aller seule. Ça me coûterait encore plus cher puisque je serais en occupation simple, alors qu’on a payé pour une occupation double. Et je ne pense pas que je ferais un très beau voyage, la crainte serait toujours présente. Je commence à me faire à l’idée que je vais perdre mes 5 000 $», souffle-t-elle.

Mme Jutras a écrit à son député fédéral, Steve MacKinnon, pour lui expliquer son dilemme. Mais elle n’a reçu qu’un simple avis de réception de la part de l’élu.

«J’aimerais que le gouvernement s’occupe des cas comme le mien et de plusieurs autres voyageurs au pays, dit-elle. Actuellement, le gouvernement aide plus les gens en quarantaine que les gens qui veulent prévenir la propagation. Mon amie et moi, comme tous les gens d’âge avancé au pays qui voudraient annuler un voyage payé des mois d’avance, sommes coincées.»