Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
L’initiative lancée par la Ville de Gatineau concernant les toilettes non genrées ne fait pas l'unanimité.
L’initiative lancée par la Ville de Gatineau concernant les toilettes non genrées ne fait pas l'unanimité.

Baisser le siège

CHRONIQUE / La nouvelle fait réagir, c’est le moins qu’on puisse dire.

Près d’une centaine d’internautes ont émis leur opinion sur le sujet sur la page Facebook du Droit. Et la majorité n’est pas d’accord avec l’initiative lancée par la Ville de Gatineau et rapportée par notre journaliste Mathieu Bélanger dans notre édition de lundi dernier.

Voici ce qu’on pouvait lire:

«Les toilettes ‘pour hommes’ et ‘pour femmes’ pourraient bientôt disparaître de certains lieux publics à Gatineau. Dans un effort d’inclusion sociale, la Ville cherche à emboîter le pas à la tendance des «toilettes non genrées» où hommes, femmes et enfants sont appelés à se côtoyer».

En d’autres mots, certaines salles de bain dans de nouvelles installations de la Ville ou dans des lieux municipaux récemment rénovés seraient «universelles», c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de dessins de petit bonhomme ou de petite madame collés sur la porte, mais juste une affiche indiquant: «TOILETTE».

Il n’en fallait pas plus pour soulever l’ire de certains lecteurs…

Stéphane, par exemple, a écrit que «ce n’est pas la meilleure idée. Les plaintes de harcèlement sexuel vont exploser!».

Benoit a enchaîné: «ce n’est pas une bonne idée. Si ma femme se fait harceler ou attaquer, je rendrai une visite aux responsables de cette initiative».

Et Lise d’en rajouter une couche en écrivant: «toute une belle place pour les violeurs».

D’autres lecteurs ont commenté dans le même sens. Ces toilettes non genrées deviendraient, selon eux, des lieux de prédilection pour prédateurs sexuels.

Je pense que certaines personnes n’ont pas très bien compris…

On ne parle pas ici des toilettes publiques comme on les connaît avec des cabines collées les unes sur les autres et des portes qui cachent le «principal» mais qui ne rejoignent ni le plancher, ni le plafond.

On parle plutôt de cabinets de toilette individuels, fermés du haut en bas et avec une porte qui se verrouille. Ou comme on l’appelle à la maison: la salle de bain. Un seul bol, un seul lavabo, une seule personne à la fois. Si la porte est verrouillée, faites comme à la maison. Cognez sans arrêt en criant: « as-tu bientôt fini!!? Ça fait une demi-heure que t’es là!!? Es-tu tombé dans le trou!!?».

Non, c’est une blague. Si la porte est verrouillée, vous attendez votre tour. En vous tordant d’envie, comme il se doit.

Une lectrice a commenté sur notre page Facebook: «Une toilette ‘mixte’ avec porte qui barre, OK. Mais c’est NON si on parle d’une salle avec plusieurs cabines».

Vous avez tout compris, madame. Ce serait exactement ça: «une toilette ‘mixte’ avec porte qui barre». Rien de plus. Rien de moins.

On ne réinvente pas la roue à Gatineau. Ces toilettes «non genrées» existent dans plusieurs pays. On en trouve aussi dans certaines casernes de pompiers et dans des restaurants de Gatineau et d’Ottawa, ainsi que dans certains bureaux de la fonction publique fédérale et dans plusieurs écoles et universités canadiennes et américaines, pour ne nommer que ces endroits. On en voit partout, bref.

Certaines salles de bain dans de nouvelles installations de la Ville de Gatineau ou dans des lieux municipaux récemment rénovés pourraient être «universelles».

Nos anciens bureaux dans le marché By avaient une toilette non genrée qui était partagée par les employés du Droit et les fonctionnaires de Services Canada dont les bureaux occupaient la moitié du plancher où se trouvaient nos locaux. Et jamais ai-je entendu parler d’un incident ou d’un crime de nature sexuelle commis dans cette salle de bain.

On parle d’une toilette, misère. D’une simple toilette partagée par hommes, femmes et enfants.

Si vous passez une soirée chez des amis et que vous devez visiter le «p’tit coin», allez-vous demander où se trouve la toilette pour hommes, ou la toilette pour femmes, ou encore la toilette pour personnes transgenres ? Bien sûr que non.

Enfin, Cécile a écrit ce qui suit sur notre page Facebook: «Pas d’accord, ça devrait être séparé. Question d’hygiène, d’abord, et pour plein d’autres raisons».

Je ne sais trop quelles sont les «autres raisons» que Cécile évoque. Mais pour l’hygiène, ça ne dépend que du civisme des utilisateurs et de leur gros bon sens. Bien sûr, la Ville de Gatineau devra s’assurer que les lieux soient propres en tout temps. Mais c’est surtout une simple question de savoir vivre.

Lire ici messieurs: «baisse le siège quand t’as fini!!».