Dès son jeune âge, Félix-Antoine Raymond, alias DJ Flix, avait «toujours un beat dans sa tête». C’est la musique qui «l’a sauvé».

De l’importance de regarder en avant

CHRONIQUE / Félix-Antoine Raymond n’était pas fait pour l’école, à moins que ce ne soit le contraire. Il était toujours un peu ailleurs.

«J’étais un grand lunatique.»

Étiqueté très tôt avec un trouble d’attention, «médicamenté à sept ans», il avait du mal à rester concentré. «J’étais attentif seulement quand j’aimais vraiment quelque chose. Sinon, j’étais dans mon imaginaire.»

Il aurait pu être cet enfant dans Page d’écriture, magnifique poème de Prévert.

Deux et deux quatre

Quatre et quatre huit

Huit et huit font seize…

Répétez! dit le maître.

Deux et deux quatre

Quatre et quatre huit

Huit et huit font seize…

Mais voilà l’oiseau-lyre

Qui passe dans le ciel

L’enfant le voit

L’enfant l’entend

L’enfant l’appelle :

Sauve-moi

Joue avec moi

Oiseau!

Mais bon, la prof le ramenait vite à la réalité, pas d’oiseau-lyre en vue. Il devait faire ce qu’il y a à faire, et arrêter de taper sur son pupitre.

«J’avais toujours un beat dans la tête.»

Et ses parents qui n’étaient jamais bien loin. «Une chance qu’ils me supportaient.» Il s’est fait «beaucoup intimider», jusqu’à devoir changer d’école. Il a dû refaire sa cinquième année de secondaire. «Je voyais beaucoup d’échecs dans ma vie». Il a lâché l’école, il a fini son secondaire aux cours aux adultes. 

«Ça a été une période difficile.»

Assez pour baisser les bras. «Je n’étais pas bien, je me voyais vraiment bas. J’ai demandé de l’aide...»

Juste à temps.

Il y avait toujours ce beat, là, dans sa tête. «Vers l’âge de 18 ans, avec ma gang de chums, on faisait des partys dans un garage à Saint-Augustin. On faisait de la musique.» C’est là que tout a changé, dans ce garage, quand il s’est mis à mixer, à jouer avec les sons. Quand il a pu faire entendre son beat.

C’est là que DJ Flix est né. «La musique m’a sauvé. Si je n’avais pas eu ça, je ne sais pas où je serais aujourd’hui...»

Ce qu’il sait, c’est qu’il vit de son beat, il revient tout juste d’un festival en Argentine où il a été invité comme DJ. Il a commencé à créer de la musique tout seul chez lui avec son ordinateur, a partagé ça sur les réseaux sociaux et ça a marché. «J’ai mis ça sur Soundcloud, qui est comme le Instagram de la musique. J’ai eu 10 écoutes, puis 100... Chaque écoute, c’est une personne.»

Il en a environ 40 000 par mois. «J’approche les 2 millions!»

Il passe de deux à cinq heures par jour à pitonner sur son ordi. «Je fais tous les instruments, c’est comme des petits cubes, je mets ça ensemble. C’est une forme d’écriture.» Il y a ses fans qui attendent ses chansons, qui sont même prêts à payer pour les entendre avant les autres.

Depuis deux ans, il se consacre totalement à son beat.

Il n’est plus médicamenté.

Il travaille avec son meilleur ami, Motus de son nom de DJ, avec qui il part parfois en tournée. Il est allé deux fois à Paris, une fois en Belgique, à Toronto, New York, Philadelphie, j’en passe. Il a même réussi à obtenir un visa américain d’un an qui lui permet d’aller travailler là-bas.

À 25 ans, il arrive à vivre de sa musique, et il a une foule de projets. Lui et Motus ont organisé un festival cet été à Thetford Mines, un peu dans l’esprit de Woodstock en Beauce, avec une cinquantaine de campeurs.

Ils ont aussi été invités par un groupe britannique à se joindre à eux. Monsters, les pionniers de la scène dubstep, du riddim dubstep pour être plus précis. Si j’ai bien compris. «Ils n’invitent jamais personne à jouer avec eux... Ils nous ont dit : “On vous veut dans l’équipe!” C’est fou raide...»

Tout ça parce qu’il n’a jamais lâché.

Il aurait pu.

En fait, au-delà de sa musique, c’est ce qu’il faut retenir de son histoire. «Il faut savoir que, quand ça va mal, ça ne dure pas. Avant, je voyais plus le négatif. C’est facile de se voir bas, de se sentir poche. Mais il faut voir positif. Et le positif, il faut le travailler. On est tous bons dans quelque chose, il faut juste trouver dans quoi.»

Lui l’a trouvé dans un garage.

Félix-Antoine n’a pas pris le chemin le plus facile, mais il y est arrivé. «L’important, c’est de faire les bons choix, de regarder en avant, malgré l’échec.»

Il lui arrive même parfois, quand il se produit en spectacle, de recroiser ceux qui l’ont intimidé. «Une fois, c’est moi qui jouais, il y a un gars qui est venu me dire qu’il m’avait fait la vie dure. Il a dit : “Je m’excuse.”»

Et Flix est remonté sur scène.