Quelques morceaux d'argent pur. L'argent colloïdal est fait de minuscules particules en suspension dans l'eau.

De la poudre de perlinpimpin en phase liquide

SCIENCE AU QUOTIDIEN / J’ai entendu dire que l’argent colloïdal était employé il y a quelques années, comme antibiotique et pouvait guérir quelques maladies. Mythe ou réalité?» demande Yolande Plamondon, de Pont-Rouge.

De manière générale, on sait que l’argent et certains de ses composés ont des propriétés antiseptiques, et il semble y avoir effectivement eu un usage historique en médecine, avant l’invention des antibiotiques. Par exemple, quand un bébé naissait d’une mère qui avait la gonorrhée, on versait quelques d’une solution d’argent dans les yeux de l’enfant afin d’empêcher la bactérie ne le rende aveugle. Il semble aussi que des jarres d’argent aient pu être utilisées dans certaines cultures anciennes comme moyen de désinfecter l’eau — par ceux qui en avaient les moyens, en tout cas. Mais notons que l’argent a été remplacé, depuis, par des méthodes plus efficaces.

Maintenant, ce sont là des remarques générales, et l’«argent colloïdal» est un cas particulier. Très particulier, en fait. L’adjectif colloïdal réfère au fait que l’argent, qui n’est pas soluble dans l’eau, se trouve en particules si fines qu’elles demeurent en suspension dans l’eau — ou alors que l’argent se présente sous une forme ionique qui est soluble, cela varie d’un fabricant à l’autre. À la limite, on pourrait penser que ces mixtures pourraient servir à désinfecter des blessures, un peu comme le peroxyde d’hydrogène. Mais les quelques études qui ont testé son efficacité n’ont pas donné des résultats très convaincants, et les fabricants d’argent colloïdal ne proposent pas que de l’appliquer sur la peau.

De toute manière, sur les sites de fabricants et de «santé naturelle», on ne parle généralement pas d’application «topiques» (sur la peau). On recommande carrément d’en boire. À tous les jours.

Et c’est ici qu’on quitte la «réalité» pour entrer dans la «mythologie», pour reprendre les termes de Mme Plamondon. Les fabricants prétendent généralement que l’argent colloïdal renforce le système immunitaire. C’est un grand classique dans la santé naturel, d’ailleurs, mais c’est du grand n’importe quoi : aucun aliment ou nutriment n’est connu pour avoir cet effet. Les sites de ventes avancent aussi une longue liste d’autres «bienfaits», assez disparates d’ailleurs : accélérer la guérison des plaies (faux), supplément alimentaire (faux), et ainsi de suite.

Si vous voulez le savoir, ma favorite se trouve sur le site du fabricant québécois Mirax, qui prétend (entre bien d’autres choses) que «l’argent colloïdal aide également à transformer les coups de soleil en un joli bronzage». Le site de Mirax précise aussi que les propriétés de son eau sont «rehaussées […] en la soumettant à de la musique holistique contenant la fréquence de guérison Solfeggio de 432 Hz». Ça ne s’invente pas…

Or toutes ces prétentions reposent sur du vent. Voyez plutôt ce qu’en disent quelques-unes des autorités scientifiques en la matière.

Santé Canada : «À l’heure actuelle, il n’existe pas de données scientifiques prouvant que l’argent colloïdal peut servir au traitement d’une maladie ou d’un trouble chez l’humain.»

Mayo Clinic : «L’argent colloïdal n’est considéré sécuritaire ou efficace pour aucun des bienfaits que les fabricants suggèrent.»

Institut américain de recherche sur les médecines alternatives : «Il n’existe pas d’études de bonne qualité sur les bénéfices qu’il y aurait à prendre de l’argent colloïdal, mais nous avons de bonnes preuves de ses risques.»

En faut-il davantage? C’est simple : l’argent colloïdal, ça ne fonctionne pas. Ça ne guérit aucune maladie, ça n’est pas un nutriment, l’argent ne joue aucun rôle connu dans le corps humain et l’organisme ne fait rien d’autre que l’éliminer. Ça n’est rien de plus qu’un placebo auquel on a fait jouer de la musique (je n’en reviens toujours pas, de celle-là) et qu’on doit, selon le site de Mirax et d’autres fabricants, laisser sous sa langue 30 secondes avant de l’avaler. Allez savoir pourquoi.

Comme l’indiquent les citations ci-haut, non seulement l’argent colloïdal n’apporte aucun bénéfice, mais il vient avec un risque avéré : l’argyrisme. Longtemps une maladie de mineurs et de joailliers, l’argyrisme est une coloration bleutée que la peau prend chez ceux qui sont trop en contact avec l’argent. Et, léger détail, cette coloration est permanente…

Entendons-nous, il faut prendre pas mal d’argent colloïdal, qui vient généralement à des concentrations de 5 à 10 parties par million. Mais on peut se rendre jusque là avec ces produits. L’an dernier, le Bulletin d’information toxicologique de l’Institut de santé publique du Québec a décrit un tel cas : «Une dame de 36 ans, sans antécédent médical, consulte parce que sa peau prend progressivement une teinte bleutée. […] Elle consomme depuis environ 3 à 5 ans une solution d’argent qu’elle s’est procurée dans un magasin de produits de santé naturels. Elle ingère quotidiennement 10 ml de ce produit, ce qui correspondrait aux recommandations indiquées sur le contenant.» Des analyses ont par la suite révélé qu’elle avait, dans le sang, plusieurs dizaines de fois plus d’argent que la normale. Alors l'argyrisme est un risque bien réel.

Enfin, mentionnons que les méthodes de fabrication et les produits finaux varient beaucoup d’une marque à l’autre, a trouvé une étude récente.

Autres sources :

- Kim R. Rogers et al., «Characterization of engineered nanoparticles in commercially available spray disinfectant products advertised to contain colloidal silver». Science of the Total Environment, 2018, https://bit.ly/2whcnxU

- Felipe Solsona et Juan Pablo Mendez, Water Disinfection, OMS, 2003, https://bit.ly/2MFq6sx