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Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Oui, le réseau de la santé est à cran comme jamais après un an et demi de pandémie. Oui, le Québec a fait le choix d’accorder des vacances pleinement méritées au personnel soignant cet été — quitte à imposer une pression supplémentaire sur les urgences des hôpitaux. N’empêche, ça n’a aucun bon sens qu’une personne souffrante soit forcée de s’improviser un lit de fortune sur le plancher d’une salle d’attente, comme le rapportait cette semaine Radio-Canada.
Oui, le réseau de la santé est à cran comme jamais après un an et demi de pandémie. Oui, le Québec a fait le choix d’accorder des vacances pleinement méritées au personnel soignant cet été — quitte à imposer une pression supplémentaire sur les urgences des hôpitaux. N’empêche, ça n’a aucun bon sens qu’une personne souffrante soit forcée de s’improviser un lit de fortune sur le plancher d’une salle d’attente, comme le rapportait cette semaine Radio-Canada.

Couchée par terre à l’urgence

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CHRONIQUE / Il faut que ça change.

Je parle de cette femme de Gatineau qui aurait été contrainte de passer plusieurs heures couchée par terre, à l’urgence de l’hôpital de Hull, pendant qu’elle se tordait de douleur, faute de civière disponible.

Oui, le réseau de la santé est à cran comme jamais après un an et demi de pandémie. Oui, le Québec a fait le choix d’accorder des vacances pleinement méritées au personnel soignant cet été — quitte à imposer une pression supplémentaire sur les urgences des hôpitaux.

N’empêche, ça n’a aucun bon sens qu’une personne souffrante soit forcée de s’improviser un lit de fortune sur le plancher d’une salle d’attente, comme le rapportait cette semaine Radio-Canada.

Pas au Québec, pas en 2021!

Les images d’Anne Pommainville, recroquevillée sur le sol dans des couvertures d’hôpital, la douleur lui vrillant les tripes, ont choqué le Québec. À juste titre. Personne ne voudrait voir un proche traité de cette manière dans un hôpital.

Et quand son conjoint, Jacques Richard, a entrepris de l’installer dans son camion, où il lui semblait qu’elle pourrait attendre plus confortablement son tour de voir un médecin, le personnel de l’hôpital l’aurait prévenu… qu’elle risquait de perdre sa priorité si lui ou sa conjointe n’était pas là au moment de l’appel.

Eh misère.

La souffrance de Mme Pommainville n’était pourtant pas feinte. Elle est morte deux jours plus tard, après une opération d’urgence. Elle avait le cancer, un cancer généralisé. Ce qu’elle ignorait, tout comme son mari, tout comme le reste de sa famille, m’a raconté sa nièce, Véronique Richard.

Anne Pommainville était le genre de femme à endurer son mal en silence. À souffrir sans se plaindre. Elle refusait d’aller consulter à l’urgence de peur d’y attraper la COVID. «Elle disait: je suis assez malade de même, s’il faut que j’attrape la Covid en plus…», raconte Véronique.

Alors elle souffrait chez elle.

Elle s’était bricolé un lit de fortune sur le canapé du salon. Quand la douleur la réveillait au milieu de la nuit, son conjoint l’entendait faire d’innombrables aller-retour entre le salon et le micro-ondes de la cuisine.

Quand une personne comme Anne Pommainville se présente à l’urgence, c’est parce qu’elle est vraiment à bout. Qu’on ne lui offre rien de mieux que de s’étendre par terre en attendant son tour dépasse l’entendement. Cette dame n’a pas été traitée avec la dignité qu’elle mérite.

Peut-être qu’il y a des nuances à faire dans la version des faits de la famille. Le Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais a déclenché une enquête interne. Même le ministre de la Santé, Christian Dubé, a demandé qu’on lui fasse rapport. J’espère qu’on rendra des comptes sur la place publique.

Tout le monde voudrait mieux comprendre ce qui s’est passé cette nuit-là. Ne serait-ce que pour se rassurer. Qu’on n’ait pas pu dénicher une civière, un lit quelque part me dépasse totalement. Personne ne mérite un tel traitement.

Véronique Richard refuse de blâmer le personnel soignant. Médecins et infirmières ont fait leur possible dans des circonstances difficiles, estime-t-elle. Elle espère seulement que les derniers moments de sa tante serviront à amorcer des changements en profondeur dans le réseau de la santé.

«Ce que je souhaite profondément, du fond du coeur, c’est qu’il y ait un grand virage. J’aimerais que tout ce qui a entouré le décès d’Anne, ces moments d’indignité totale, que ce soit d’être couchée par terre, que ce soit de faire la navette entre la salle d’attente et le camion, que ce soit d’avoir reçu par téléphone la nouvelle que son coeur avait lâché… j’espère que tout cela servira à faire changer radicalement les choses.

«Au moins, dit-elle, tout cela servirait à quelque chose. Elle n’aura pas été couchée par terre pour rien!»