Brigit Viens est bénévole à l’Hôpital d’Ottawa et s’occupe du transport de moelle osseuse ou de cellule souche pour des patients en attente d’une greffe.

Comme dans «Mission impossible»

CHRONIQUE / Comme dans « Mission impossible », Brigit Viens se fait assigner des missions à l’autre bout du monde. Elle doit ramener de l’étranger un précieux paquet réfrigéré en moins de 72 heures. Passé ce délai, la fragile cargaison sera perdue à jamais.

En fait, Brigit Viens est une coursière d’un genre un peu spéciale. Quand l’hôpital d’Ottawa trouve un donneur compatible pour un de ses patients en attente d’une greffe de moelle osseuse ou de cellule souche, c’est à des bénévoles comme elle qu’on fait appel.

Sa mission (si toutefois elle l’accepte, pour reprendre le générique de Mission impossible) consiste à aller chercher le précieux liquide organique dans un hôpital quelque part en Europe ou en Amérique du Nord. Un voyage tous frais payés — qui n’a rien d’une expédition touristique.

Car il faut faire vite. Les cellules souches ou la moelle osseuse, selon le cas, sont transportées dans une glacière réfrigérée. « L’idée, c’est de ramener la cargaison dans un délai de 48 à 72 heures », explique Brigit Viens qui fait ce travail depuis l’automne dernier.

Un vol retardé, un taxi coincé dans le trafic, voire un douanier trop tatillon peut tout faire déraper. « Tu ne dois jamais perdre de vue l’importance de ta mission, insiste Brigit Viens. Une vie en dépend. S’il faut passer en avant d’une file d’attente ou courir pour attraper un vol, on le fait sans hésiter ! »

Pour diminuer au maximum les risques de gâcher la cargaison, chaque voyage est planifié dans le moindre détail. « L’hôpital d’Ottawa organise vraiment tout pour toi. On te fournit un cartable avec tous les renseignements : vols, hôtel, contacts, numéros d’urgence. Aucun détail n’est négligé. »

Sa toute première expédition l’a menée dans un obscur centre de recherches à San Antonio au Texas. « Même le chauffeur de taxi n’arrivait pas à identifier l’endroit », dit-elle. Une infirmière l’attendait. Elle lui a remis un petit sachet de sang. Il contenait des cellules souches compatibles avec un patient gravement atteint de cancer à Ottawa. Avec précaution, Brigit Viens a entreposé le petit sachet dans la glacière rouge qui ne la quitte jamais lors d’une mission. « C’est mon compagnon de voyage, pas question de la perdre de vue une seule minute ! » Sitôt arrivée, sitôt repartie de San Antonio. À Ottawa, le patient subit en ce moment même un traitement agressif de chimio afin de le préparer à la transfusion des cellules souches.


« Tu ne dois jamais perdre de vue l’importance de ta mission. Une vie en dépend. »
Brigit Viens

Les choses se corsent lors d’une escale au New Jersey. Le douanier est méfiant. Malgré les documents officiels que lui tend Brigit, il insiste pour ouvrir la glacière afin d’en vérifier le contenu. « Je lui ai dit de faire le plus vite possible. Mais il l’a pris de haut, et m’a averti qu’il prendrait tout le temps qu’il faudrait ». Craignant pour le contenu réfrigéré, Brigit exige de voir un superviseur. Par bonheur, celui-ci rabroue l’arrogant douanier. « Il m’a même félicitée pour mes efforts en me laissant passer. »

Moins de 48 heures après son départ, Brigit Viens était de retour à l’hôpital d’Ottawa. Épuisée par son voyage, mais heureuse. Les cellules souches contribueront peut-être à sauver la vie du patient. « Quand tu remets ton sachet, tu as vraiment le sentiment du devoir accompli. C’est tellement valorisant ! Tu as l’impression de faire une réelle différence dans la vie de quelqu’un », dit-elle.

L’Hôpital d’Ottawa coordonne entre 100 et 110 transports de cellules souches ou de moelle osseuse par année. C’est toutefois la fondation Bruce Denniston qui vérifie les antécédents des coursiers et leur offre une formation. Brigit Viens ne regrette pas d’avoir soumis sa candidature, à la suggestion d’un collègue de travail. « Il m’a dit tu as la santé, la débrouillardise et l’indépendance pour faire ce job-là. » D’ailleurs, elle attend avec impatience le signal d’une autre mission impossible, à l’autre bout du monde…