François Leagult et Marguerite Blais

Comme dans la pub

CHRONIQUE / Il n’y a pas si longtemps, les fédéralistes sollicitaient le vote des personnes âgées en leur faisant peur, en accusant les souverainistes de mettre leurs pensions en danger. Cette année, le PQ n’étant pas une grande menace, on les courtise autrement. François Legault a lancé le bal, vendredi, avec son «projet d’une génération», les «maisons des aînés».

De prime abord, j’applaudis au projet de la CAQ. C’est vrai qu’il y a des efforts considérables à mettre pour améliorer le sort réservé aux aînés. Mais j’ai sursauté en voyant la vidéo du parti sur le sujet. Ça ressemblait à la publicité des entreprises privées: un décor agréable, des gens en santé, de belles unités de logement. Il ne manquait plus que la piscine, le bain-tourbillon et les commentaires enthousiastes de la jeune fille qui va prendre le repas avec grand-maman. Une grand-mère «tellement occupée parce qu’il y a plein de belles activités dans son milieu de vie…»

Je ne doute pas de la sincérité de Marguerite Blais et de François Paradis qui accompagnaient François Legault lors de cette annonce. Mme Blais, en particulier, a vraiment pris son mandat au sérieux lorsqu’elle avait la responsabilité de ce dossier sous les libéraux. Je trouve également que l’appellation «maison des aînés» est plus conviviale que l’acronyme déprimant des CHSLD. Pour bien des gens, ces centres d’hébergement de soins de longue durée sont devenus des synonymes de mouroirs, un endroit où la société moderne envoie ses vieux en attendant la fin.

Mais attention! Le changement de nom ou d’acronyme n’a aucun effet sur la réalité immédiate: avant de convertir les CHSLD actuels en ces maisons modernes pour les aînés que nous propose la publicité de la CAQ, il faudra des décennies. Et en attendant, c’est ailleurs que le prochain gouvernement devra consacrer ses efforts: les soins à domicile et en résidences ne sont qu’un exemple. Le manque de personnel constitue encore un obstacle à l’octroi de deux bains par semaine dans les CHSLD, et la CAQ veut diminuer l’immigration…

Le parti se donne 20 ans pour climatiser toutes les résidences pour aînés. Vingt ans, c’est 2038. Avec un peu de chance, je serai encore vivant. Heureusement que j’ai déjà mon climatiseur…

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«Lâche pas Manon», c’est ce que j’ai eu le goût de dire à Manon Massé en apprenant que l’environnement serait au cœur de la campagne solidaire. J’ai côtoyé Mme Massé à Paris à l’occasion du Sommet sur les changements climatiques. J’y ai constaté à quel point elle avait fait ses devoirs et connaissait ses dossiers. Philippe Couillard aussi était là, tout comme François Legault. Ils sauront tous deux parler d’environnement. Mais les enjeux plus «immédiats» comme les familles, les aînés, la santé et l’éducation prendront vite la vedette. Or s’il est un enjeu tout aussi immédiat et qui devrait nous concerner après l’incroyable canicule de cet été, c’est bien celui des changements climatiques. 

Manon Massé sera au débat des chefs. C’est une plateforme idéale pour soulever cette question. Avec la victoire d’un Doug Ford en Ontario et les politiques de Donald Trump aux États-Unis, il est tentant de baisser les bras et de dire qu’on ne peut plus rien faire. Or c’est exactement le contraire: il faudra y travailler encore plus fort. Lâche pas Manon!