Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
Le verdict de l'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur les circonstances ayant mené à la mort d'une petite fille à Granby en avril 2019 est tombé mardi.
Le verdict de l'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse sur les circonstances ayant mené à la mort d'une petite fille à Granby en avril 2019 est tombé mardi.

«Combien d’enfants devrons-nous encore pleurer?»

CHRONIQUE / «Des manquements à toutes les étapes du processus clinique et légal». Toutes. Voilà le verdict de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) qui a enquêté sur la mort de la fillette de Granby en avril 2019.

Un fiasco total.

La CDPDJ a annoncé mardi que son enquête était terminée, que son rapport final a été remis à certains ministres, mais elle n’a rendu publics que son constat et une série de recommandations qui, et c’est écrit dans le communiqué, ont déjà été faites avant et depuis des années. 

«Combien d’enfants devrons-nous encore pleurer, combien d’enfants allons-nous laisser être victimes de maltraitance, victimes de notre tendance à banaliser l’inacceptable? Quand notre système de protection, au-delà des mots, prendra-t-il le parti des enfants et de leurs droits?» demande Suzanne Arpin, vice-présidente de la CDPDJ.

Oui, on banalise l’inacceptable.

Et en même temps, la Commission ne rend publiques que ses recommandations, le rapport est confidentiel, on ne peut donc pas savoir quels sont ces «manquements à toutes les étapes du processus clinique et légal». Et surtout qui en est responsable, on ne sait jamais qui est responsable.

Il y a des gens qui prennent les décisions qui mènent à un fiasco.

Dans sa première recommandation, la CDPDJ réclame que «le point de vue de l’enfant doit être entendu et pris en compte. Cela implique que l’enfant soit rencontré régulièrement, qu’il soit vu physiquement et qu’il puisse s’exprimer librement et confidentiellement auprès des personnes qui interviennent auprès de lui.»

Ça semble aller de soi et pourtant, non. 

Il arrive trop souvent que les enfants ne soient pas rencontrés entre autres par les avocats qui les représentent, qui parlent en leur nom. 

On décide pour eux.

Le reste des recommandations a des allures de déjà-vu, on plaide pour un meilleur recrutement et une meilleure rétention du personnel. «Les enfants ne devraient pas être victimes des bris de services et des changements répétés d’intervenantes et d’intervenants, déplore Mme Arpin. Les enfants méritent d’être connus par les personnes qui doivent les protéger et établir avec celles-ci une relation d’aide qui soit de qualité.»

J’ai vu des situations où une même intervenante au dossier depuis des années a fait de petits miracles.

Même de grands.

J’ai aussi vu les ravages de la chaise musicale.

Mais le constat le plus accablant que fait la commission est qu’elle répète la même chose depuis des lunes et que rien ne change. «Depuis des années, la Commission met en lumière, les lacunes du système de protection de la jeunesse. Les personnes qui interviennent auprès des enfants les plus vulnérables du Québec manquent de formation, de support et de supervision.»

Plus accablant encore, c’est que la Commission est le seul au Québec organisme qui, en théorie, peut enquêter sur un dossier précis et remettre la DPJ à l’ordre. Dans les faits, rares sont les situations où elle est intervenue, où la Direction de la protection de la jeunesse a dû corriger le tir. 

Et pourtant, le CDPDJ n’en finit plus de dénoncer les dysfonctionnements et les lacunes du système.

Le ministre délégué à la Jeunesse, Lionel Carmant, a réagi par un simple communiqué de presse. «Je prends bien acte des recommandations fournies par la Commission et j’entends m’assurer de leur mise en œuvre, car il faut absolument éviter que cette situation ne se reproduise. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu ces conclusions pour agir rapidement à la suite de cette terrible tragédie, notamment en réduisant les listes d’attente et en embauchant de nouvelles ressources.»

Il n’y a pas que les listes.

Le pire, c’est que les solutions sont connues, aider les familles pour vrai, faire intervenir la DPJ en cas d’exception.

Comme ça aurait dû être le cas à Granby.

Dans son communiqué de mardi, la Commission rappelle qu’elle a déposé un imposant rapport en février dernier sur les impacts de la réforme de 2015, je suis allée le consulter, les problèmes sont les mêmes qu’avant, mais en pire. Idem pour son mémoire présenté devant la commission spéciale sur les droits de la jeunesse présidée par Régine Laurent, qui doit déposer son rapport final à l’automne.

Le  rapport de la commission spéciale refera fort probablement les mêmes constats, avec d’autres mots.

Et encore.

Et nous pleurerons d’autres enfants.