Dans <em>La chasse</em>, Al Pacino est à la tête d’une escouade à la recherche d’anciens nazis vivant clandestinement à New York. Il prendra sous son aile Jonah (Logan Lerman).

Chasseurs de nazis

CHRONIQUE / Le sujet de La chasse, version française de Hunters, est pour le moins audacieux et risqué : une escouade de chasseurs de nazis à New York, en 1977. La présence d’Al Pacino, sa première dans une série télévisée, donne de la crédibilité à l’ensemble, dont le ton est aussi décalé que violent. Quand une scène de camps de concentration côtoie une chorégraphie sur Staying Alive, vous voyez le genre? Bonjour la controverse. 

La chasse a d’ailleurs fait polémique dès sa mise en ligne il y a deux semaines sur Amazon Prime Video. Le Mémorial d’Auschwitz a dénoncé une scène d’échiquier humain, où des dirigeants nazis utilisent des prisonniers comme pièces du jeu, qui n’a rien à voir avec la réalité. Or, la série n’est pas un documentaire mais une fiction, qui joue avec la réalité. Si C’est comme ça que je t’aime, qui se déroule à la même époque, a des airs de bande dessinée, La chasse y entre de plain-pied.

Jonah Heidelbaum (Logan Lerman), un adolescent juif de New York, s’improvise revendeur de drogues pour subvenir tant bien que mal aux besoins du foyer, qu’il partage avec sa grand-mère. Un genre de Peter Parker, dont l’existence va radicalement changer le jour où sa grand-mère est assassinée dans leur logement devant ses yeux. Lors de ses recherches pour retrouver le meurtrier, tout un pan de la vie de son aïeule, qu’il était loin de soupçonner, s’ouvre à lui.

Entrent en scène les «chasseurs», escouade de sept vengeurs tous issus d’une minorité, qui se sont donné pour mission de débusquer d’anciens nazis qui vivent clandestinement à New York et, ultimement, de les éliminer. À leur tête, le richissime Meyer Offerman (Al Pacino), rescapé d’Auschwitz, qui prend sous son aile le petit-fils de son amie Ruth, et qui dissimule un côté sombre malgré son apparente bonté. Ne serait-ce que pour voir Pacino dans une série télé, ça vaut le détour. Parmi cette escouade bigarrée, une nonne sournoise, d’une cruauté sans nom, qui ne blaire pas le jeune Jonah, et qui le lui fera savoir.

La chasse ne fait pas dans la dentelle et collectionne les victimes. Plusieurs scènes sont d’une extrême violence, toujours un pied dans l’humour absurde. La première donne le ton de manière brutale; vous ferez d’ailleurs un parallèle étonnant avec la scène d’ouverture de C’est comme ça que je t’aime. À l’inverse des «chasseurs» subsiste un clan nazi ultra sophistiqué dont un des membres (Greg Austin) donne froid dans le dos, tant par son flegme, son regard que par ses gestes, d’une incroyable atrocité.

Comme j’ai besoin de m’attacher à des personnages pour apprécier une série, je m’en suis remis à l’agent du FBI Millie Morris (Jerrika Hinton), qui enquête sur le meurtre sordide d’une vieille dame, ancienne scientifique de la NASA. Parce qu’un meurtre est un meurtre, qu’il vienne des bons comme des méchants. On se prend bien sûr d’affection pour Jonah, anti-héros qui ne souhaite qu’honorer la mémoire de sa grand-mère et poursuivre sa mission.

Mais peut-on vraiment trouver à rire avec l’Holocauste, même si on la dénonce? Le créateur David Weil, qui s’est inspiré de sa propre grand-mère rescapée des camps de concentration, et le maître de l’horreur et producteur Jordan Peele (Get Out) en ont fait le pari. «Ce n’est pas un assassinat, c’est une mitsva», dit Offerman pour justifier ses crimes antinazis. À vous de juger si la fin justifie les moyens.

Pas mystifié par Mirage 

La nouvelle série Mirage, qui met en vedette Marie-Josée Croze, offre des prises de vue splendides sur Abou Dabi et le Maroc, entre autres. Réalisée par le Québécois Louis Choquette (Les honorables) et disponible sur Crave dès demain, cette coproduction de six épisodes dégouline de budgets faramineux. Un atout en soi, qui n’assure pas pour autant la meilleure histoire.

Claire Köhler a refait sa vie, 15 ans après la terrible disparition de son mari dans un tsunami. Mère d’un adolescent et remariée à Lukas, elle s’installe avec eux à Abou Dabi, et croit apercevoir son ancien époux, convaincue qu’il est toujours en vie. S’ensuit une course pour le retrouver, au prix de risques insensés. Dans le rôle principal, Marie-Josée Croze manque de chaleur pour qu’on s’intéresse réellement à sa quête. Encore qu’il faille saisir toutes ses répliques, parfois susurrées. En pénurie de personnages attachants, on se lasse assez rapidement de cette histoire décousue, à travers une surenchère d’images de cartes postales. Bref, ne perdez pas votre temps, on a bel et bien affaire à un mirage.