L’acceptabilité sociale d’un projet comme le tramway n’est possible que lorsqu’on prend le temps d’entendre les objections et questions des citoyens et d’expliquer les choix qu’on fait.

C’était bien parti. Pourquoi changer?

CHRONIQUE / Dans les premières semaines suivant l’annonce, la Ville de Québec et le Réseau de transport de la Capitale (RTC) ont répondu avec célérité aux questions sur le projet de tramway et de transport structurant.

Pléniers, breffages de presse, consultations publiques. Les réponses étaient claires et aussi précises que l’état d’avancement du projet permettait de l’être. 

C’était bien parti. Pourquoi ne pas continuer?

On sait ce qui est arrivé avec le défunt projet de Service rapide par bus (SRB). La négligence (ou le refus) de l’administration Labeaume à expliquer son projet a laissé le champ libre aux opposants et a fini par conduire à sa perte.

L’acceptabilité sociale d’un projet n’est possible que lorsqu’on prend le temps d’entendre les objections et questions des citoyens et d’expliquer les choix qu’on fait.

Ça ne veut pas dire qu’à la fin, tout le monde sera d’accord, mais les citoyens sauront qu’on les a écoutés et pourquoi on n’a pas donné suite à leurs griefs. Cela a le mérite de désamorcer beaucoup de frustrations. 

La Ville de Québec a tout intérêt, il me semble, à continuer à expliquer ses choix comme elle avait commencé à le faire. 

Ça n’a pas été le cas cette semaine lorsque je l’ai relancée sur un problème abordé par des citoyens lors des audiences publiques et au conseil municipal. 

Ces citoyens s’inquiètent du passage du tramway sous la ligne d’Hydro-Québec, près du boulevard Pie-XII dans Sainte-Foy. 

Leur préoccupation est facile à comprendre et légitime. 

Le tramway passera dans leur cour et dans les jardins que plusieurs ont aménagés sous la ligne d’Hydro avec la permission (et un bail) de la société d’État.

Bruit, vibrations, grondements, crissements, perte d’espace et d’intimité, perte de valeur des propriétés, etc. 

J’aurais sans doute ces mêmes préoccupations à leur place et on ne peut pas blâmer les citoyens de vouloir protéger leur qualité de vie. On parle d’une cinquantaine de maisons dont la cour donne sur la ligne d’Hydro.

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Voici à première vue et au sens littéral du terme un parfait exemple du phénomène du «pas dans ma cour». Des citoyens qui se disent favorables au tramway, mais à condition qu’il passe ailleurs. 

Pourquoi pas sur le boulevard Pie-XII où ce serait moins dérangeant que dans leur cour, demandent-ils? 

Ou pourquoi ne pas garder le tramway sur Quatre-Bourgeois jusqu’à l’édifice de Revenu Québec et revenir ensuite par le boulevard du Versant-Nord pour rejoindre ensuite le tracé prévu vers le terminus Le Gendre à Cap-Rouge? 

Dans ce dernier scénario, le tracé se trouverait prolongé de 1,5 km, mais permettrait de rejoindre directement les 3275 employés de Revenu Québec. 

Personne n’est dupe. Ce n’est pas l’intérêt public, mais l’intérêt particulier qui pousse ces citoyens à demander une meilleure desserte pour l’édifice du Revenu.

Mais l’intérêt public justifie que cette suggestion soit regardée. Surtout que le projet de transport structurant se fait une fierté de relier les grands «générateurs de déplacements» à Québec.

Dans les faits, il est bien possible que la Ville et le RTC aient déjà regardé cette hypothèse. «Pour chaque partie du parcours, plusieurs scénarios ont été examinés», assure le porte-parole de la Ville, M. David O’Brien. 

Je ne dis pas que le tracé retenu est un mauvais choix. Peut-être le scénario de l’emprise d’Hydro-Québec est-il «optimal», comme le soutient la ville.

Ses réponses m’ont cependant laissé sur mon appétit. Des explications générales voulant que les tracés sur l’ensemble du réseau aient été faits selon plusieurs critères : «faisabilité technique; insertion dans le milieu bâti; géométrie de tracé adaptée en fonction d’un tramway; limitation des besoins d’acquisition (terrains, bâtisses); temps de parcours (les plus courts possible); coût des travaux».

C’est bien, mais encore? Ne pourrait-on pas être un peu plus précis et spécifique? Expliquer pourquoi les scénarios par Pie-XII ou par du Versant-Nord ne sont pas les meilleurs et ont été écartés.

Peut-être le boulevard Pie-XII est-il trop étroit pour y faire passer un tramway sans expropriations. Si c’est le cas, pourquoi ne pas le dire?

Probable qu’un tracé par Quatre-Bourgeois/du Versant-Nord ajoute au temps de parcours et au coût du projet. On parle de 1,5 kilomètre supplémentaire et peut-être une station de plus. 

Si c’est l’argument, pourquoi ne pas le dire et préciser combien de minutes et combien de millions de dollars supplémentaires? Cinq minutes? 75 millions $? Combien? 

En donnant ces informations, le public pourrait en juger et se rallier peut-être à la position de la Ville.

Ou au contraire, la contester de plus belle et peut-être «forcer» un amendement au projet s’il s’avérait qu’il est possible de le rendre meilleur en servant plus de clients et en évitant des inconvénients à des citoyens.

Dans tous les cas, on gagnerait à davantage de transparence. 

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La Ville dit avoir prévu des rencontres avec les citoyens concernés pour leur présenter le tracé et discuter d’ajustements pour atténuer d’éventuels impacts indésirables. Dans la mesure dit-elle où c’est «possible de le faire tout en respectant les critères mentionnés ci-haut».

Tant mieux si c’est possible, mais il y a intérêt à ne pas faire traîner les choses. On sait ce qui arrive à tout ce qui traîne. 

Pour ce qui est de la crainte des citoyens que leur propriété perde de la valeur à cause du tramway qui passerait dans leur cour, c’est encore tôt pour savoir. L’expérience suggère que la proximité d’une ligne de transport public tend plutôt à faire augmenter la valeur des propriétés, mais trop de proximité peut aussi avoir l’effet contraire.

La Ville de Québec est actuellement en discussion avec Hydro-Québec pour s’assurer de la compatibilité technique d’une ligne de tramway électrique sous une ligne de haute tension.

Une porte-parole d’Hydro, Geneviève Gourde, a expliqué à ma collègue Annie Morin qu’il reste aussi «beaucoup de vérifications légales à faire», car ce n’est «pas un cas de figure habituel».

Il y a dans le corridor du tramway une cinquantaine de baux avec des propriétaires voisins et ces baux ne viennent pas tous à échéance en même temps. Hydro ignore encore si elle veut ou peut y mettre fin au profit d’un tiers (Ville/RTC).

Le tracé final n’étant pas déterminé, il est aussi difficile de savoir combien de baux seraient réellement affectés par le passage du tramway. S’il faut casser des baux, il y aura sans doute des dommages à payer. De la même façon qu’il y aura des dommages ou des coûts d’acquisitions si on décidait de passer ailleurs.

Voilà qui suggère que le scénario «optimal», retenu par l’équipe du RTC et de la Ville, n’est pas pour autant un scénario parfait. D’où l’intérêt d’en discuter ouvertement plutôt que de commencer à jouer à la cachette.