Pour Florent, c’était important de remercier Nicolas pour la carte de Noël qu’il pris le temps de dessiner. «Je voulais lui dire de continuer à faire des gestes d’amour. Les jeunes qui font des gestes comme ça, je ne sais pas s’ils savent à quel point ils peuvent nous toucher.»

C’est encore Noël

CHRONIQUE / Une carte faite avec du carton mauve, un foyer sur le dessus et un souhait écrit en rouge : «Bonne année».

Signée «de Nicolas», neuf ans.

Une carte d’enfant qui ressemble à une carte d’enfant, à une différence près, et non la moindre, elle a abouti à l’Hôpital Laval la veille de Noël, entre les mains de Florent Trudelle, qui a dû y passer les Fêtes.

Une infirmière la lui a remise.

La carte, tombée entre ses mains un peu par hasard, lui a fait du bien. «Ça m’a vraiment touché. L’infirmière qui m’a remis la carte ne savait pas d’où elle venait. Je voulais savoir qui l’a fait, pour le remercier, je voulais savoir c’est qui Nicolas? J’ai trouvé ça vraiment gentil de sa part d’avoir pris le temps de faire ça.»

Il a quand même pu célébrer Noël avec sa conjointe et ses trois enfants, mais ce n’était pas le plan de départ de faire ça à l’hôpital.

Il a demandé à sa fille Annie de l’aider à retrouver Nicolas, elle a pensé tout de suite aux réseaux sociaux, capables du meilleur et du pire. Le 29 décembre, elle a partagé deux photos de ladite carte sur Facebook en expliquant que son père cherchait le petit garçon qui l’avait faite. Est arrivé ce qui devait arriver, le message a été partagé presque 2000 fois, a suscité 80 commentaires et pas plus tard que le lendemain, on avait trouvé l’école où Nicolas étudie.

Restait à trouver c’était lequel parmi les sept Nicolas qui fréquentent l’Externat-Saint-Jean-Berchmans.

Au retour des Fêtes, on a trouvé le bon Nicolas, sa mère est entrée en contact avec Annie. «Je voulais le rencontrer, m’a raconté Florent juste avant qu’il ne quitte l’hôpital. Je voulais le voir, je tenais à lui dire merci, lui dire qu’il m’a rendu heureux, que sa carte m’avait fait plaisir.» Plus encore. «Je voulais lui dire de continuer à faire des gestes d’amour. Les jeunes qui font des gestes comme ça, je ne sais pas s’ils savent à quel point ils peuvent nous toucher.»

Il a pu le lui dire, Nicolas est venu lui rendre visite à l’hôpital avec sa mère quelques jours plus tard. Il avait fait une autre carte pour l’occasion. Il a jasé une bonne demi-heure avec Florent, qui est vite devenu «Papie Groovie», du nom de plume de sa fille, Annie Groovie, créatrice des aventures de Léon.

Quand Nicolas est parti, ils se sont dit «au revoir».

Je suis allée rencontrer Nicolas à son école, l’instigatrice du projet des cartes de Noël était avec lui. Depuis six ans, Linda Doyon invite les élèves à fabriquer des cartes pour les personnes âgées qui sont seules. Elle les distribue avant Noël avec sa fille – elle avait 14 ans cette année – dans des hôpitaux et des résidences. «Le 24, il nous restait un paquet, une quarantaine, on a décidé d’aller à l’Hôpital Laval.»

Celle de Papie Groovie était du lot.

La carte de Nicolas faisait partie du lot distribué à l’Hôpital Laval par l’agente de pastorale Linda Doyon et sa fille de 14 ans.

L’an passé, l’agente de pastorale a remis 450 cartes, elle en avait 367 cette année, toutes fabriquées par les élèves de l’école. Nicolas en fabrique depuis la maternelle, il en avait fait quatre cette année. «C’est la première fois que quelqu’un cherche à retrouver un élève», confie Madame Linda.

Elle sait que les jeunes qui fréquentent l’école privée du chemin Saint-Louis ont plus de chance que d’autres, elle veut qu’ils le réalisent. «Je trouve ça vraiment important d’inculquer aux jeunes le sens du partage, de penser aux autres, aux personnes seules, à ceux qui n’ont pas leur chance.»

Nicolas se souvient quand il a vu sa carte sur Facebook. «J’étais très content de voir que c’était ma carte de Noël. Je ne m’attendais pas à ça, j’étais content d’avoir des nouvelles de la personne qui l’a reçue. J’ai su qu’il voulait me voir, j’ai accepté. Je ne l’imaginais pas comme ça, je l’imaginais avec pas de cheveux, mais il en a beaucoup!»

Et «une belle robe de chambre rouge».

«On a parlé de plein de choses, on a fait des blagues aussi. Il m’a dit que, quand il serait assez en forme, il viendrait me voir jouer au hockey.»

Nicolas joue depuis trois ans, au centre.

Et ça adonne bien, Nicolas ne côtoie pas beaucoup de personnes âgées. «La plupart de ma famille est au Saguenay», m’explique le charmant garçon, bien content d’avoir ce grand-papa dans sa vie. «J’aimerais bien garder contact avec lui», confirme Florent, qui a bien hâte de tenir sa promesse. «Il veut que j’aille le voir jouer au hockey. C’est un beau petit bonhomme, très sympathique.»

Comme quoi une simple carte, dessinée dans une classe de 4e année, peut faire le pont entre deux inconnus.

Entre deux générations. «Les cartes sont vraiment appréciées, ça crée un lien. Il y a des endroits où ils les mettent sur une corde à linge, d’autres où elles sont posées au-dessus du foyer ou dans le sapin», constate Madame Linda.

Avant de partir, j’ai demandé à Nicolas s’il allait refaire des cartes l’an prochain.

Vous auriez dû voir ses yeux.