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Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
La pandémie a révélé une panoplie de héros discrets, comme les infirmières qui sondent les gorges pour dépister la COVID-19.
La pandémie a révélé une panoplie de héros discrets, comme les infirmières qui sondent les gorges pour dépister la COVID-19.

Ces héros discrets

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CHRONIQUE / Le courriel qu’on ne voulait pas recevoir est tombé un mercredi soir, envoyé par la directrice de l’école et assorti d’une pièce jointe de la Direction de santé publique. «Cas de Covid dans la classe de votre enfant», disait le titre.

Depuis le début de l’année, on avait déjà reçu quelques courriels à propos de cas de COVID dans l’école primaire de nos deux filles, mais leurs classes avaient été épargnées jusque-là. Et voilà qu’à deux semaines de Noël, la classe de mon aînée était placée en quarantaine pour 14 jours. 

La Santé publique nous recommandait fortement d’aller lui faire passer le test. Jeudi matin, à la première heure, j’ai donc roulé jusqu’à la clinique de dépistage du Centre de foires pendant que ma fille mangeait ses toasts dans l’auto. À notre arrivée, youpi, pas de file d’attente. 

Dans le hangar converti en clinique, une infirmière a prélevé les sécrétions dans la gorge et les narines de ma fille avec tant de douceur qu’on aurait dit qu’elle lui faisait un soin du visage.

L’infirmière m’a raconté qu’elle était récemment retraitée, mais qu’elle avait levé la main pour donner un coup de main dans la clinique de dépistage au début de la pandémie. 

En attendant les résultats du test, le hamster n’a pas arrêté de tourner dans ma tête. J’ai imaginé une ribambelle de scénarios covidiens, du plus bénin au plus grave, de l’aménagement d’un appartement au sous-sol pour ma fille à une hospitalisation pour une complication liée à un problème de santé insoupçonné. 

En ruminant tout ça, je me suis senti écœuré. Écœuré de la pandémie, du télétravail dans le sous-sol, du masque à l’épicerie, des 5 à 7 virtuels, des restos fermés, des complotistes, des soupers entre amis interdits, de Noël annulé, de la courbe qui monte encore.

Deux jours après le test, j’ai reçu le résultat de ma fille par courriel : négatif. 

À ce moment-là, j’ai trouvé mon écœurantite un peu ridicule en considérant que j’avais été largement épargné par la pandémie — pas malade, encore une job, toute ma famille a échappé au virus. Et je me suis dit que dans le temps des Fêtes, au lieu de maugréer contre la deuxième vague, je ferai le plein de gratitude.

La gratitude consiste à reconnaître ce qu’il y a de bon dans nos vies et d’en identifier les bienfaiteurs. Ç’a l’air banal comme ça, mais la science a montré que c’est un puissant antidote contre le mal de vivre. 

Dans une étude, Martin Seligman, le père de la psychologie positive, a testé un simple exercice où les sujets écrivaient chaque jour, pendant une semaine, trois choses positives qui leur étaient arrivées et pourquoi elles s’étaient bien déroulées. L’étude de M. Seligman a montré que l’exercice était associé à un bonheur accru et une diminution des symptômes dépressifs pendant six mois.

Les trois choses positives peuvent être des pépites de joies (ma blonde m’a préparé un thé, je suis allé marcher avec un ami, le système de chauffage me tient au chaud pendant qu’on gèle dehors). Ça peut aussi être des changements heureux dans nos vies (j’ai eu une promotion, je me suis fait un chum ou une blonde, je me suis trouvé une maison). 

L’important, c’est de les écrire au même endroit et de penser à nos bienfaiteurs, à ceux qui nous ont permis de vivre ces petits et grands ravissements. 

En recevant le test négatif de ma fille, par exemple, je me suis senti reconnaissant envers tous ces héros discrets qui avaient veillé sur nous. Envers l’infirmière qui a repoussé sa retraite pour sonder la gorge de ma fille. Envers le technicien qui a analysé ses prélèvements. Envers la directrice qui nous a écrit à 20h39 un mercredi soir pour nous avertir d’un cas de COVID dans la classe. Envers l’enseignante qui s’est démenée pour préparer un horaire détaillé et tout le matériel nécessaire pour qu’on amorce l’école à la maison dès le lundi matin. 

«Vous êtes-vous déjà demandé combien de fois dans votre vie vous aviez réellement dit merci?» demande l’écrivaine Delphine de Vigan dans son roman Les gratitudes. Avec l’année qui s’achève dans la noirceur de la pandémie, c’est une question lumineuse, je trouve.