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Mylène Moisan
Le Soleil
Mylène Moisan
<em>Le Soleil</em> du 21 mars 1921
<em>Le Soleil</em> du 21 mars 1921

Cent ans jour pour jour

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CHRONIQUE / On dit que l’histoire se répète, je suis allée voir ça. Dimanche, je me suis offert un voyage dans le temps dans le confort de mon foyer, sur le bout de la table de la cuisine.

Le Soleil, 21 mars 1921.

Je n’ai pas trouvé le journal dans le fond d’un grenier, plutôt sur le site de la Banque d’archives nationales du Québec, où on retrouve plusieurs journaux qu’on a numérisés et rendus disponibles par quelques clics de souris. J’aime bien aller relire les vieilles gazettes pour voir comment ça se passait avant, parce qu’on n’a pas inventé la roue ni le bouton à quatre trous. 

Ni le débat sur l’heure avancée. Le Cardinal Bégin venait d’écrire au conseil de ville de Québec que «les offices religieux dans le diocèse seront maintenus à l’heure solaire» quoiqu’en pensent les échevins. Le lendemain, en une, le débat était lancé sous la rubrique «questions actuelles», devait-on ou non changer l’heure?

La question s’est posée encore cette année.

On lisait en manchette ce jour-là, «la rumeur persiste au sujet des élections» fédérales, le premier ministre Arthur Meighen était aux prises avec un déficit qui prenait de dangereuses proportions. «Les finances nationales sont dans un tel désarroi, aggravé par le déficit sans cesse croissant de l’administration des chemins de fer.»

La même rumeur souffle ces jours-ci sur la colline à Ottawa.

Les finances sont grevées par la pandémie.

Le 21 mars 1921, on se demandait «Lapointe était-il sain d’esprit?» L’homme avait assassiné son épouse et la mère de cette femme, une «violente querelle» qui avait mal viré. Édouard Lapointe a été reconnu coupable du double meurtre, le tribunal a estimé qu’il savait ce qu’il faisait.

On en est à six féminicides depuis un mois. Encore lundi, une tentative de meurtre à Limoilou. 

La place des femmes est en page 9, sur 12, la rubrique «causerie féminine» vient après les résultats de la ligue de quilles et des tournois de cartes, on joue au Charlemagne.  

On ose quand même débattre de «qu’est-ce que l’homme?» et la question est loin de faire l’unanimité. 

Les lettres publiées datent du 8 mars, qui n’était pas encore officiellement au Québec la journée des droits des femmes.

La rubrique «causerie féminine» du <em>Soleil</em> du 21 mars 1921

Pour Lili Rita, l’homme est fort, point. «À mon sens de petite fille rêveuse, l’homme est l’être de force par excellence chez qui notre faiblesse doit trouver un appui, celui dont l’intelligence doit guider; je ne veux pas nous rabaisser, mais Dieu, nous ayant donné à chacun des devoirs distincts, a, par conséquent, dirigé nos intelligences de côtés différents; il est celui qui doit conduire la barque de la vie par sa force virile, comme, par notre tendresse, nous relevons son courage abattu lorsqu’il lui est arrivé de choir sur le chemin.»

La femme le relève.

Yseult, elle, en a jasé avec Jeanne. «L’homme, me disait-elle est un être bien faible qui se croit très fort. Il ne saurait résister longtemps à l’épreuve, il se décourage tôt et se livre au désespoir. Il lui faut un soutien, un appui dans la lutte, et cet appui, c’est la femme, cet être tout de faiblesse que parfois il méprise, mais que tôt ou tard il admire!... Son âme est un tissu de qualités plus ou moins brillantes dont l’éclat est terni par une multitude de défauts qui le trahissent à son insu… Son cœur n’est que passion, ses lèvres trop souvent ne murmurent que des paroles vaines, des aveux mensongers.»

Sur sa relation avec les femmes : «L’homme, être charnel doué d’une ambition et d’un orgueil qui sont sa force, devient généralement un je ne sais quoi sans défense en présence de la femme rêvée. […] L’homme est égoïste de nature. C’est ce qui souvent le rend jaloux voulant s’accaparer tous les regards, les sourires et, voyant que d’autres s’en emparent, il se dira un jour désabusé. […] Lorsqu’il subit une déception, il en ressent un chagrin inconsolable, mais la raison chez lui toujours en éveil, cache ses larmes aux yeux extérieurs, une blessure d’amour pour l’homme comme pour la femme, ne cicatrise que très difficilement.»

Encore Yseult? Non. 

Ce sont les mots d’un homme, Robert de Colombière.

Tous s’entendent sur une chose, la femme est faible, même quand elle doit soutenir l’homme. C’est ce qui revient aussi des publicités qui sont partout dans le journal, comme celle des Robol, ces «pilules rouges pour femmes pâles et faibles».

Un petit verre de vino avec ça? «La Jeune Mère en convalescence, même si elle est physiquement bien douée, devrait, après les fatigues de la maternité, ajouter à son régime un bon tonique reconstituant, qui renforcira son organisme épuisé et lui permettra de reconquérir sa vigueur, sa santé. La femme puisera dans le VIN ST-MICHEL une vitalité nouvelle, un sang riche et régénérateur, elle écartera, par l’usage de ce tonique sans pareil, toutes les maladies et les faiblesses qui menacent, à cette époque, les femmes qui présument trop de leurs forces.» 

La table était mise pour le vindredi.

Au Canada, les femmes avaient le droit de voter depuis trois ans à peine, il leur faudrait encore 20 ans pour le faire au Québec. Et huit ans avant que la Cour Suprême statue que les femmes sont incluses dans la définition du mot «personne» au sens de la loi. 

Dans Le Soleil du 21 mars 1921, dans les petites annonces, il y a la rubrique «hommes recherchés», on en recrute pour différents boulots.

Plus loin, «servantes recherchées».

Ah oui, il y avait un tramway à Québec. «Malgré la mauvaise température que nous avons depuis quelques jours, les tramways ont continué de circuler jusqu’à la rue de l’Église.»