Depuis 13 ans, des dizaines de personnes comme Jérôme, qui ont toutes sortes de limitations, peuvent avoir un boulot et même décrocher des diplômes en travaillant à Coup de pouce.

Ce n’était pas impossible

— Jérôme, veux-tu faire des cordes? — Sérieux?

Lucie s’est approchée de lui avec un paquet de cordes jaunes, des autocollants et une espèce de patente bricolée avec deux petits boutons de porte, assemblée avec du gros ruban adhésif rouge. Elle a posé la patente devant Jérôme, il a placé une corde autour des boutons et glissé un autocollant en dessous.

Ah oui, un détail, Jérôme a juste un bras qui fonctionne.

Ah oui, autres détails, il est en fauteuil roulant, un accident d’auto quand il avait 19 ans. Il est resté 10 mois et demi dans le coma, un an à François-Charon, en est sorti avec un paralysie partielle, a dû tout réapprendre de zéro. Il a retrouvé la capacité de communiquer et l’usage de son bras droit. 

Et de sa tête. 

À 30 ans, il habite en CHSLD.

Et, deux fois par semaine, il travaille chez Coup de pouce, qui fait de la sous-traitance manufacturière, une vraie compagnie qui fait de vraies affaires avec de vrais clients. Les cordes sur lesquelles il pose des autocollants sont faites pour la compagnie Maax, précisément pour les bains tourbillons. 

Jerôme est l’expert des cordes, il en a fait des milliers, tellement qu’il a eu envie de faire autre chose. On l’a donc affecté à une nouvelle tâche, avec un outil de travail adapté pour lui, c’est pour ça qu’il a été surpris quand Lucie lui a demandé de refaire des cordes.

Quand il est là, Jérôme se change les idées, il voit du monde. Il ne se sent pas seulement utile, il est utile.

Né dans la tête d’Hélène Picard au début des années 2000, Coup de pouce a ouvert ses portes en février 2005 dans le parc industriel de Sainte-Marie-de-Beauce. C’est une entreprise privée. «Quand je présentais le projet, on me disait que c’était impossible de faire les deux missions en même temps. On me disait qu’il fallait choisir entre le social et le commercial.»

Ce n’était pas impossible.

Né dans la tête d’Hélène Picard au début des années 2000, Coup de pouce a ouvert ses portes en février 2005 dans le parc industriel de Sainte-Marie-de-Beauce.

Depuis 13 ans, donc, des personnes comme Jérôme, qui ont toutes sortes de limitations, peuvent avoir un boulot. Plus encore, elles peuvent aussi décrocher des diplômes en travaillant, parce que tout le travail est pensé et conçu pour leur permettre d’acquérir des compétences.

En partenariat avec la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin et du CISSS (Centre intégré de santé et de services sociaux), Coup de pouce peut compter sur des intervenants qui aident chaque personne à développer son potentiel, quel qu’il soit. «Ce qu’on veut, c’est qu’ils sortent d’ici avec un métier, qu’ils puissent faire reconnaître leurs compétences et intégrer un milieu de travail.»

Comme n’importe qui.

Prenez Berlinda, qui me montre comment on fabrique des antennes de grue, de petits fils métalliques dans une gaine de caoutchouc, soudés à un bout et recouverts à l’autre extrémité de trois couches de peinture. «Regarde, on soude, on sable... Au début, j’avais de la misère, je braillais tout le temps, mais j’ai continué. J’ai eu mes deux diplômes et maintenant, c’est moi qui coache les autres.»

Elle est devenue une employée permanente de Coup de pouce.

Jérôme, lui, est stagiaire.

Sandra aussi, elle a commencé aux antennes de grues, est maintenant préposée à la préparation des commandes pour une quincaillerie, ce qui demande une grande concentration. Elle a complété deux diplômes, dont un en métier semi-spécialisé. «Elle a la liste de ce qu’il faut, elle va les chercher et elle met tout ça ensemble. Elle ne pouvait pas faire ça quand elle est arrivée ici et, aujourd’hui, elle est autonome.»

Aucun compromis n’est fait sur la qualité des produits qui sortent, des «frigos de dépanneurs» aux boîtes de tuiles de plafond suspendu. «Le contrôle de qualité est un élément majeur, c’est là-dessus qu’on se démarque.»

Et le plaisir, palpable, de tout ce beau monde.

Chacun a son horaire de travail, avec sa photo et ce qu’on attend de lui sur un grand tableau. Pictogrammes en prime, pour que tout le monde comprenne. Il y a 35 jeunes — et moins jeunes — qui sont en «cheminement», avec 18 employés «réguliers», qui font entre autres des tâches plus dangereuses, comme la coupe. 

Et Lucie, madame système D, qui adapte chaque station de travail. «Quand j’ai fabriqué l’outil pour les cordes de Jérôme, je me suis vraiment mise à sa place. Je me suis assise et j’ai pris juste un bras.»

En 13 ans, des dizaines de personnes sont passées par Coup de pouce et en sont ressorties avec la capacité de trouver une job.

Depuis juillet, un deuxième Coup de pouce a ouvert à Lac-Mégantic.

«On répond à un méchant vide de services, constate Hélène. Si on ne fait rien pour ces jeunes-là à 21 ans, ils n’ont rien, absolument rien. C’est pour ça que j’ai développé ça, avec une approche basée sur les goûts et les intérêts de chacun. On veut donner du sens à l’apprentissage. On les met dans le concret. Juste de voir partir la remorque avec ce qu’ils ont fait dedans, c’est une fierté.»