La ville de Barcelone a été le théâtre de vives manifestations, la semaine dernière, à la suite de la condamnation de dirigeants indépendantistes catalans.

Catalogne: l’échec de l’Assemblée nationale

CHRONIQUE / L’Assemblée nationale a lamentablement échoué à s’exprimer sur la Catalogne cette semaine.

Les libéraux ont repoussé une résolution parlementaire de Québec solidaire, laquelle avait l’appui non seulement du Parti québécois, mais du gouvernement caquiste. Elle faisait suite aux condamnations récentes infligées à des leaders indépendantistes catalans. Elle n’a pu être présentée, et encore moins adoptée, car l’unanimité était requise.

Un élément avant d’aller plus loin : on peut bien dire que ces résolutions ne valent pas plus que le papier sur lequel elles sont rédigées. Mais il faut savoir que plusieurs sont adoptées chaque fois que les parlementaires de l’Assemblée nationale siègent. L’institution elle-même y attache une certaine importance. Partons au moins de là.

En toute logique, les quatre groupes parlementaires représentés à l’Assemblée nationale auraient pu s’entendre sur le libellé d’une motion sur la Catalogne. Même si c’était à l’arraché, ils y étaient parvenus en octobre 2017. Ils s’étaient entendus sur un compromis, qui n’édulcorait en rien le fond du propos. Le libéral Philippe Couillard avait mis de l’eau dans son vin. Le péquiste Jean-François Lisée aussi.

Cette résolution de 2017 dénonçait «l’attitude autoritariste du gouvernement espagnol qui a mené à des gestes de violence à l’occasion du référendum sur l’indépendance de la Catalogne». Elle appelait aussi à un «dialogue politique et démocratique entre la Catalogne et l’Espagne afin de résoudre pacifiquement et de façon consensuelle les différends».

La résolution rejetée cette semaine par les libéraux se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale déplore l’intimidation institutionnelle et la violence des gestes posés envers des élus et des membres de la société civile de la Catalogne; qu’elle prenne acte des lourdes peines d’emprisonnement récemment infligées à des politiciens catalans élus légitimement et démocratiquement; qu’elle réitère son appel à la négociation afin de trouver une solution politique, démocratique et pacifique au conflit actuel; que l’Assemblée nationale appelle également au respect des droits et libertés fondamentales de l’ensemble des citoyens et des citoyennes de la Catalogne et de l’Espagne.»

Une proposition

Passons sur le fait que des libéraux plus «nationalistes» que d’autres au sein du caucus libéral aient pu regretter cette fin de non-recevoir de leur propre groupe parlementaire. Ce refus n’a d’ailleurs pas vraiment été expliqué. Certains auraient désapprouvé l’expression «prendre acte», semble-t-il. Ça ne peut pas être ça. C’est impossible. Prendre acte signifie seulement «constater». Ce n’est pas très engageant.

Je soupçonne plutôt l’expression «intimidation institutionnelle» d’être à l’origine du refus libéral, puisque des libéraux et bien d’autres peuvent y voir une dénonciation directe d’une décision d’un tribunal, de la Cour suprême espagnole en l’occurrence.

Il me semble que si un compromis a pu être trouvé en 2017, un second peut encore être obtenu aujourd’hui. La phrase du libellé contenant les mots «intimidation institutionnelle» pourrait par exemple être modifiée de la façon suivante sans nuire au message de fond : «Que l’Assemblée nationale déplore l’intimidation et la violence des gestes posés envers des élus et des membres de la société civile de la Catalogne», des mots auxquels on pourrait ajouter ceux-ci : «et dénonce toutes les violences d’où qu’elles viennent».

Personnellement, j’y lirais que la judiciarisation d’un problème politique en Espagne a conduit à une ignominie. J’y lirais aussi et surtout qu’un tel procès n’aurait jamais dû se tenir, ainsi que le fait qu’il n’y aura d’autre issue à cette crise politique qu’un règlement politique — puisque le reste du libellé demeurerait inchangé. Mais j’y lirais aussi la dénonciation de toutes les violences, y compris celles que le président de la Generalitat de Catalunya, Quim Torra, n’a malheureusement dénoncées que du bout des lèvres ces derniers jours.

Il me semble qu’une résolution parlementaire rédigée ainsi pourrait recueillir l’appui unanime des quatre partis et qu’elle n’omettrait pas l’essentiel, puisqu’elle dénoncerait les condamnations et rappellerait que seul un règlement politique permettrait de sortir de la crise.

Repères

Même si le gouvernement catalan est indépendantiste, la société catalane est profondément divisée sur son avenir. Tous les Catalans ne sont pas indépendantistes.

Il faudra malheureusement attendre la fin de la campagne électorale en cours à l’échelle de l’Espagne pour que des tentatives de dialogue aient lieu entre Barcelone et Madrid. Pour l’heure, cette campagne raidit les positions.

Les socialistes du premier ministre sortant, Pedro Sanchez, seraient de loin les mieux placés pour engager le nécessaire dialogue avec le gouvernement catalan.