Brigitte Breton
Six femmes ont perdu la vie au cours des trois derniers mois au Québec. Elles sont mortes non pas d’un cancer fulgurant, d’un accident de la route ou d’un incendie, mais bien parce qu’un ancien «chum» ou un conjoint violent les ont tuées.
Six femmes ont perdu la vie au cours des trois derniers mois au Québec. Elles sont mortes non pas d’un cancer fulgurant, d’un accident de la route ou d’un incendie, mais bien parce qu’un ancien «chum» ou un conjoint violent les ont tuées.

Violence conjugale: l’heure de vérité

CHRONIQUE / «Combien pour nos femmes et nos enfants violentés?» La question lancée par la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes est on ne peut plus claire. Avec la présentation du prochain budget Girard, c’est en effet l’heure de vérité pour le gouvernement Legault.

C’est une chose de se dire attristé, indigné et bouleversé chaque fois qu’une femme et des enfants sont victimes de violence conjugale et sont assassinés.

C’en est une autre de prévoir un financement public adéquat et récurrent aux organismes qui peuvent prévenir et éviter de tels drames. 

Le Québec a eu malheureusement l’occasion de s’émouvoir trop de fois ces dernières semaines. 

Six femmes ont perdu la vie au cours des trois derniers mois au Québec. 

Ces femmes sont mortes non pas d’un cancer fulgurant, d’un accident de la route ou d’un incendie, mais bien parce qu’un ancien «chum» ou un conjoint violent les a tuées. 

La ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a indiqué la semaine dernière qu’il y avait un «momentum» actuellement au Québec pour agir en matière de violence conjugale. «Il y a un contexte qui fait en sorte que tout le monde veut travailler dans la même direction avec un objectif commun», rapportait Le Devoir.

Tous les ministres et tous les organismes visés par cette problématique auront beau parler d’une seule voix et partager un plan d’action bien défini, si le financement n’est pas au rendez-vous, les personnes victimes de violence risquent encore d’écoper. Des femmes et des enfants devront rester avec une personne qui les maltraite et craindre le pire, faute d’avoir un endroit où se réfugier, se loger, se réorganiser. 

La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a reconnu cet automne que les maisons d’hébergement avaient souffert d’un sous-financement. Elle a promis de «réparer ça».

Des rénovations d’envergure et durables ou du rafistolage?

Dans le cadre des consultations prébudgétaires, le ministre des Finances, Éric Girard, a reçu ces dernières semaines une foule de demandes et d’idées sur l’utilisation des fonds publics et des précieux surplus budgétaires. La liste est longue et variée.

Le gouvernement Legault répète pour sa part que l’éducation, l’économie et la santé sont au cœur de ses priorités. Il promet également des moyens pour lutter contre les changements climatiques.

Quelle somme va-t-il consentir pour prévenir la violence et pour aider les personnes qui en sont victimes? 

Le premier ministre, prompt à se porter à la rescousse des gens qui «souffrent» économiquement d’un blocus ferroviaire, va-t-il être aussi sensible à ceux qui doivent subir la violence physique et psychologique et qui craignent pour leur vie? 

Dans le mémoire présenté au ministre des Finances, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes rappelle que le budget de la Santé et des Services sociaux est de plus de 40 milliards $ mais que l’enveloppe consacrée aux maisons d’hébergement ne dépasse pas 100 millions $ par année.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale signale de son côté dans son mémoire que les maisons d’aide et d’hébergement doivent faire face à une pénurie de main-d’œuvre, notamment parce que la paye versée dans le réseau de la santé et des services sociaux est plus élevée et que le personnel ne craint pas pour sa sécurité.

Près de 50 % des intervenantes permanentes et sur appel auraient laissé leur emploi au cours des deux dernières années, selon une étude citée par le Regroupement.

À cœur d’homme, un réseau d’aide aux hommes pour une société sans violence, a aussi fait des représentations auprès du ministre Girard pour obtenir des fonds supplémentaires.

Cette trentaine d’organismes voudrait aussi réduire ses listes d’attente, offrir de meilleurs services, notamment pour les pères violents, développer des cellules de crise, et mieux rejoindre la clientèle immigrante. 

À cœur d’homme rappelle au ministre que «l’aide aux personnes auteures de violences conjugales et familiales attire peu de sympathie auprès de la population, réduisant du même coup les possibilités que nos organismes puissent recevoir du financement d’organisations privées ou de particuliers». En d’autres mots, le gouvernement doit aussi venir en aide aux hommes. 

Quelle suite sera donnée à ces appels à l’aide? La réponse dans le budget du 10 mars.