La montée des verts dans les sondages ou lors d’élections à travers le pays ces derniers mois, l’arrivée d’un deuxième député du Parti vert aux Communes, Paul Manly (à gauche), peuvent également présager une avancée pour la formation d’Elizabeth May.

Une campagne verte?

CHRONIQUE / L’environnement sera la question de l’urne, l’enjeu incontournable aux prochaines élections fédérales. Une vague verte pourrait même déferler sur le Canada. Vraiment? Entre ce que disent les sondages et les politiciens en juin et ce que révélera le scrutin d’octobre, plusieurs nuances de vert existent.

L’urgence climatique et le signal d’alarme du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) commanderaient bien sûr que la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement soient au cœur de la prochaine campagne électorale à travers le Canada. 

Les sondages révèlent que ce dossier préoccupe grandement les Canadiens. 

Selon la firme Nanos, l’environnement est la préoccupation première de 21,8 % des répondants à un de ses sondages.

L’économie, le marché de l’emploi, la santé, l’éducation, l’immigration et la taxation figurent après ce thème dans la liste des Canadiens. 

La montée des verts dans les sondages ou lors d’élections à travers le pays ces derniers mois, l’arrivée d’un deuxième député du Parti vert aux Communes, Paul Manly, peuvent également présager une avancée pour la formation d’Elizabeth May. Au point de provoquer une vague verte, une «percée historique», comme le souhaite la cheffe? C’est à suivre. Il est difficile de prévoir quatre mois avant les élections générales sur quel élément reposera vraiment le choix des électeurs.

La firme Nanos note que c’est au Québec que la population exprime le plus grand intérêt pour les questions environnementales.

Cela fait quelque peu sourire. Les Québécois ont élu majoritairement l’automne dernier un parti, la Coalition avenir Québec, qui ne faisait pas une très grande place dans son programme à l’environnement et à la lutte aux changements climatiques. 

Ce n’était pas dans la liste de priorités de François Legault et de son équipe. Ce n’est qu’une fois à la tête du gouvernement que le chef caquiste a exprimé une «sincère préoccupation pour les défis environnementaux».

Il n’avait pas mis non plus sa recrue la plus solide à l’Environnement. Il faudra aussi patienter encore quelques mois pour connaître son futur plan d’électrification et de changements climatiques 2020-2030. 

Ce qui n’empêche pas le gouvernement Legault d’avoir une excellente cote de popularité malgré que le temps file et que les actions concrètes se font attendre.

«Nous sommes un gouvernement pragmatique et efficace. Avec l’aide du public, d’experts scientifiques et de représentants des milieux d’affaires, syndical et associatif, ainsi que d’un fort contingent de jeunes du Québec, nous allons élaborer un plan qui créera de la richesse tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre», soulignait mardi dernier le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette. 

Son gouvernement va-t-il réussir à rattraper le temps perdu? 

Il faut mettre certains bémols aux sondages mesurant l’importance qu’accorde l’électorat aux questions environnementales. Ou du moins, il est sage de connaître également les efforts que les citoyens-électeurs sont prêts à déployer pour que leur province et leur pays améliorent leur bilan en la matière.

Radio-Canada rapportait la semaine dernière les résultats d’un sondage commandé par CBC News auprès de Public Square Research montrant que la préoccupation pour les changements climatiques est marquée chez la majorité des répondants. Mais, la moitié d’entre eux ne seraient pas prêts à faire des sacrifices personnels ou financiers majeurs pour lutter contre eux. Ils ne dépenseraient pas plus de 100 $ par année en impôts dans ce combat.

Certes, les formations politiques ne peuvent pas passer à côté des enjeux environnementaux lors de la prochaine campagne électorale. Cependant, chacune dose jusqu’où elle peut aller pour ne pas faire fuir les électeurs mais bien en gagner le jour du scrutin. 

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, admet que les changements climatiques sont réels. Pour les limiter, il mise sur «des technologies vertes, pas des taxes». Ce message sera maintes fois répété d’ici le jour des élections.

De leur côté, les libéraux de Justin Trudeau qui défendent la taxe sur le carbone — détestée et contestée par plusieurs provinces — essaient de transmettre un message positif en disant qu’une partie de l’argent ainsi recueilli sera acheminée dans les écoles.

Et nous ne sommes qu’en juin. Et la campagne électorale n’est pas encore lancée.