Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, n’élude pas le dossier des stages rémunérés dans les établissements de santé. En janvier, il disait être conscient «que des iniquités peuvent être perçues à l’heure actuelle en ce qui a trait à l’encadrement et à la compensation des stages au Québec».

Un stage, une paye?

CHRONIQUE / La grève de 35 000 stagiaires déterminés à mettre fin au «bénévolat» des étudiants pose deux questions délicates et potentiellement coûteuses pour le gouvernement de François Legault et son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

À titre d’employeur, le gouvernement est-il prêt à payer dorénavant les étudiantes — le féminin l’emporte ici sur le masculin — qui réalisent gratuitement du travail dans le cadre de stages dans ses écoles et ses établissements de santé? Il rémunère déjà des stages dans la fonction publique, notamment ceux en comptabilité, mais non les stages des infirmières dans les hôpitaux. 

Québec est-il disposé, dans le cadre de son programme d’aide financière aux études, à bonifier les bourses des jeunes qui peuvent difficilement ajouter un job à leurs études et à leur stage pour payer leur loyer et l’épicerie? 

Le gouvernement caquiste hérite de ce dossier qui n’est pas propre au Québec et que l’ancienne ministre libérale de l’Enseignement supérieur, Hélène David, voyait comme un débat social, comme un sujet à l’ordre du jour des prochaines années. 

Le ministre Roberge n’élude pas le sujet. En janvier, il disait être conscient «que des iniquités peuvent être perçues à l’heure actuelle en ce qui a trait à l’encadrement et à la compensation des stages au Québec». Il a présenté un plan de match et la grève de cette semaine ne l’incite pas à changer de cap.

Janvier : collecte de données pour dresser l’état de situation sur les stages au Québec.

Février : analyse des données et rencontres avec des regroupements étudiants et des dirigeants d’établissements.

Mars : Consultation des partenaires du marché du travail et des ministères.

Avril : Présentation des scénarios possibles. 

Un rythme jugé trop lent par un mouvement de coalitions régionales pour la rémunération des stages qui réclame depuis trois ans «le plein salaire et des conditions de travail convenables» pour l’ensemble des étudiants en situation de stage, et ce, à tous les ordres d’enseignement.

C’est bien que des étudiants indiquent au gouvernement qu’ils sont déterminés à obtenir de meilleures conditions de stage. 

Étant donné les enjeux budgétaires pour le gouvernement, il est cependant fort souhaitable que le ministre connaisse très bien l’état de la situation afin de pouvoir proposer des solutions réalistes et pérennes.

Si M. Roberge arrive en avril avec des propositions insatisfaisantes, s’il n’essaie que de gagner du temps et ne voit que les intérêts du gouvernement-employeur et pas ceux des stagiaires, il sera temps pour ces derniers d’augmenter la pression d’un cran. 

«C’est facile de dire : “On va rémunérer tous les stages.” Qu’est-ce qu’un stage? Qu’est-ce que c’est la proportion d’autorité que tu as dans le geste de poser un stage? Qu’est-ce que c’est un stage d’observation? Un stage d’intervention?» demandait en mai dernier l’ancienne ministre Hélène David pour illustrer la complexité du dossier. 

Lors d’une rencontre des partenaires de l’éducation supérieure perturbée par des manifestants, Hélène David notait également que le grand enjeu, la question importante soulevée par les étudiants est celle du travail fait dans le secteur public, par les femmes dans le secteur de la santé, des services sociaux, en éducation, en comparaison avec les métiers traditionnellement masculins, traditionnellement payants.

Une paye ou une bourse

Lorsqu’il avait été chargé en 2016 d’examiner la question de la rémunération des doctorants en psychologie, l’ancien président de l’Ordre des psychologues, Luc Granger, avait soulevé d’autres enjeux. 

Il relevait que considérer un étudiant comme un employé rendait sa syndicalisation possible. M. Granger craignait aussi que les besoins de l’employeur passent avant les besoins de formation. Il avait donc recommandé à Québec de verser une bourse plutôt qu’une paye aux doctorants en psychologie.

La ministre David et le gouvernement Couillard ont opté pour cette voie et promis des bourses de 25 000 $ par année aux étudiants qui réaliseraient leur internat dans le secteur public ou parapublic.

Malheureusement, toutes les ficelles n’étaient pas attachées. Ils manquent de fonds pour honorer toutes les demandes et des délais courent dans le versement de celles obtenues. Les étudiants en psychologie réclament un meilleur traitement depuis plus de 10 ans.

Le gouvernement Legault ne doit pas mener les étudiants d’autres disciplines vers le même cul-de-sac. Il doit prendre le temps de faire les choses correctement. S’il privilégie une compensation plutôt qu’un salaire, elle doit être réelle.

Dans une recherche menée pour deux associations étudiantes, Les stages et les stagiaires du réseau universitaire québécois. Portraits, enjeux et réalités, Charles Carrier-Plante et Cécile Retg, soulèvent par ailleurs la question des crédits d’impôt accordés aux entreprises qui accueillent des stagiaires et qui les rémunèrent. 

Si Québec a des fonds pour aider le secteur privé à recruter et à accueillir des stagiaires, il doit en prévoir aussi pour attirer des recrues dans le secteur public.