Brigitte Breton
Comme une surfaceuse Zamboni, le budget du ministre des Finances Eric Girard permet d’aplanir tout ce qui pourrait faire trébucher le gouvernement Legault et ses ministres.
Comme une surfaceuse Zamboni, le budget du ministre des Finances Eric Girard permet d’aplanir tout ce qui pourrait faire trébucher le gouvernement Legault et ses ministres.

Un budget Zamboni

CHRONIQUE / Pragmatique le ministre des Finances, Eric Girard? Certainement. Après avoir lundi chaussé ses patins, il a présenté mardi un budget Zamboni qui permet d’aplanir — tant que faire se peut — tout ce qui pourrait faire trébucher le gouvernement Legault et ses ministres. Ça se prépare les séries de 2022.

Les caquistes s’activent d’abord en tentant de combler une faille abyssale en matière d’environnement. 

Ils n’avaient rien proposé sur ce thème — ou très peu — en campagne électorale et dans leur premier budget.

Les enfants du ministre Girard et le fils du président du Conseil du Trésor, Christian Dubé, leur avaient d’ailleurs reproché leur inaction en mars 2019. Charles-Olivier Dubé avait même rédigé et publié une lettre d’un millénial à un boomer dans laquelle il écrivait : «Tu as voté pour une coalition de l’avenir, pourtant tu ne réalises pas que notre navire a perdu le cap et va nous détruire.» 

Cette année, le gouvernement veut signifier que l’environnement fait partie de ses priorités. Le premier communiqué du ministère des Finances ne vante pas des investissements en santé, en économie ou en éducation, les priorités habituelles du gouvernement, mais «une somme record de 6,7 milliards $ sur six ans pour lutter contre les changements climatiques». 

De «l’écoblanchiment comptable», comme le déplore Manon Massé de Québec solidaire? C’est néanmoins un début. Avant même que soit connu le plan d’électrification et de lutte contre les changements climatiques du ministre Benoît Charette, le gouvernement peut déjà dire qu’il écoute les Québécois et leurs préoccupations en environnement qui se déclinent en différents tons de vert. 

Avec le décès de la fillette de Granby, les déboires de la DPJ de l’Estrie et la création de la Commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, le ministre Girard se devait de boucher les trous béants laissés par les gouvernements précédents, dans les services sociaux et la santé publique.

Québec ajoute 450 millions $ sur cinq ans. Le ministre Lionel Carmant devrait pouvoir évoluer plus aisément sur la patinoire.

D’autres ministres profiteront aussi du passage de la Zamboni Girard. Québec ajoute des sommes pour soutenir les femmes victimes de violence conjugale, pour offrir plus de services en santé mentale, pour bonifier les soins et les services aux personnes handicapées et à leurs parents, ainsi que les soins aux aînés. Il se montre aussi plus généreux pour les proches aidants. Une enveloppe de 200 millions $ sur cinq ans est aussi prévue pour améliorer le bien-être des communautés autochtones. 

Tous des dossiers qui ont embêté le gouvernement ces derniers mois et qui risqueraient de faire mal aux ministres profitent de l’attention du ministre des Finances.

Par ses choix budgétaires, le gouvernement veut aussi signifier qu’il prend les moyens pour créer de la richesse au Québec. Il investit afin que les entreprises augmentent leur productivité et leur compétitivité. 

Si tout le monde s’entend sur l’objectif, les moyens ne font pas l’unanimité. Le président de la Fédération des chambres de commerce du Québec trouve notamment que le gouvernement met beaucoup l’accent sur les équipements, et trop peu sur les humains, sur la main-d’œuvre.

Charles Milliard est loin d’être convaincu que le Québec peut réussir à satisfaire ses besoins de main-d’œuvre en misant davantage sur les travailleurs plus âgés et les personnes qui intègrent le marché du travail après en avoir été longtemps exclues. Il persiste à croire que le Québec doit accueillir davantage d’immigrants, mais aussi, miser davantage sur la formation continue. 

Malgré les investissements annoncés tant en santé, en éducation ou en économie, le problème de rareté de main-d’œuvre demeure. C’est vrai pour les entreprises privées, mais aussi pour les services publics.

Québec a beau investir pour ajouter ou rafraîchir les écoles, les hôpitaux ou les CHSLD, cela ne donne pas par magie du personnel pour éduquer ou pour soigner les enfants et les malades qui s’y trouvent. 

Québec annonce à nouveau l’ajout de professionnels dans les écoles et de classes spécialisées, notamment pour les enfants doués. 

Ces mesures pourront avoir une influence positive sur la réussite des élèves seulement si des enseignants et des professionnels sont au poste et auprès des enfants. Sinon, ce n’est qu’un beau chiffre dans un budget que le ministre décrit comme celui de la confiance en l’avenir.

Il n’y a rien dans le budget présenté mardi pour faire espérer de meilleures conditions de travail et des salaires bonifiés aux employés du secteur public, en négociation pour le renouvellement de leur convention collective. Ça n’augure rien de bon. 

Les syndicats représentant les salariés risquent de s’inviter sur la patinoire au cours des prochains mois. Avec l’incertitude qu’entraîne la propagation du coronavirus et le risque de ralentissement économique, les Québécois n’ont pas besoin en plus d’un conflit entre le gouvernement et ses employés.

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