Brigitte Breton
Le gouvernement Legault a intérêt à ce que tout fonctionne rondement dans les ministères, les établissements scolaires et de santé quand la vie reprendra son cours normal.
Le gouvernement Legault a intérêt à ce que tout fonctionne rondement dans les ministères, les établissements scolaires et de santé quand la vie reprendra son cours normal.

Travailler sans se rendre malade

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault peut donner l’impression de vouloir profiter de la crise du coronavirus en voulant signer rapidement une entente avec les syndicats représentant les 550 000 employés de la santé, de l’éducation et de la fonction publique. L’empressement de Québec peut aussi s’avérer une bonne affaire pour les syndiqués.

«Travailler à se rendre malade, c’est terminé», est le slogan choisi par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) et la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). 

«C’était vrai avant la COVID-19, c’est vrai pendant la crise sanitaire et ce sera vrai après», prévient Andrée Poirier, présidente de l’APTS.

Le coronavirus frappe la ronde de négociations engagée l’automne dernier dans le secteur public, la première pour le gouvernement de François Legault. Les stratégies établies au début du mois de chaque côté de la table de négociation ne tiennent plus.

Le cadre financier a complètement changé. Le renouvellement des conventions collectives qui viennent à échéance le 31 mars devait se dérouler à un moment où l’État avait d’importants surplus budgétaires dans ses coffres. 

La guerre à la COVID-19 et les efforts qui doivent et qui devront continuer d’être déployés pour soutenir les citoyens et les entreprises grugent la part que pouvaient espérer obtenir les salariés syndiqués. 

Le rapport de force qu’auraient pu bâtir les organisations syndicales est aussi amenuisé par la crise du coronavirus. 

Certes, dans l’immédiat, les syndicats d’employés du réseau de la santé ont le gros bout du bâton pour exiger de meilleures conditions de travail pour leurs membres sur la ligne de front pour lutter contre le coronavirus. C’est sûrement apprécié les remerciements du premier ministre dans le cadre de sa conférence de presse quotidienne, mais il faut plus pour maintenir le moral et l’intérêt des troupes.

On le voit d’ailleurs dans le secteur privé. Des entreprises, comme Olymel, Walmart, Dollarama ont haussé le salaire horaire de leurs employés jusqu’à nouvel ordre ou jusqu’en mai, afin de pouvoir compter sur leur personnel et répondre à la demande des consommateurs.

Dans le secteur public, les syndicats maintiennent depuis des mois qu’il est temps de bonifier le salaire ainsi que les conditions de travail de leurs membres. Après les années d’austérité libérale, l’appétit est grand. 

Avant l’état d’urgence sanitaire, l’État-employeur était aussi confronté à une rareté de main-d’oeuvre pour certains d’emplois. Il devait se faire plus attirant pour faire le plein de personnel, notamment de préposés aux bénéficiaires et d’enseignants. 

Les syndicats pouvaient donc espérer faire des gains importants, mais la donne vient de changer.

Qui verrait d’un bon œil après la sortie de crise nationale que les activités des hôpitaux, des CHSLD, des écoles ou d’autres services publics soient à nouveau perturbées par des moyens de pression ou une grève? 

Qui sera solidaire des revendications des infirmières, des enseignants, des travailleurs sociaux ou des fonctionnaires si le taux de chômage atteint 24%- et on ne sait pour combien de temps- dans le secteur privé?

Par ailleurs, le gouvernement Legault a aussi intérêt à ce que tout fonctionne rondement dans les ministères, les établissements scolaires et de santé quand la vie reprendra son cours normal. Il y aura du retard à récupérer. Le secteur public devra aussi continuer d’épauler le secteur privé et la population.

Même si M. Legault et son équipe font un travail efficace durant la présente crise, même si la cote de popularité du gouvernement caquiste demeure élevée, les attentes à l’égard des services publics ne seront pas moindres. La crise passée, les partis d’opposition et une partie de la population se montreront à nouveau critiques. 

Une source syndicale nous fait valoir qu’elle ne pense pas qu’à ses membres mais à tout le Québec dans les pourparlers avec le Conseil du trésor. «Il faudra repartir du bon pied et régénérer l’économie. Dans la santé, l’éducation et la fonction publique, tout le monde devra être en forme, efficace et valorisé. La présente crise nous a démontré l’importance d’un bon filet social».

Il y a des risques à négocier à vitesse grand V et en temps de crise? «Des négos s’étirent parfois sur plus d’une année et se règlent en une semaine».

Le président du Conseil du Trésor s’abstient de commenter les pourparlers. Sa porte-parole précise toutefois qu’il a établi un cadre de négociation et invité les parties syndicales à négocier de façon plus rapide. 

Pour sa part, Andrée Poirier n’a pas l’intention de négocier au rabais. 

Elle a la conviction que le rapport de force des travailleurs du secteur public, en majorité des femmes, n’est pas affaibli et que la présente crise prouve que leur contribution est importante et essentielle à la société québécoise. «Nous avons fait les frais de l’austérité, nous n’accepterons pas de faire les frais de la COVID-19».