Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Le secteur public, même avec la conversion de CHSLD privés en CHSLD publics, même avec la construction de maisons des aînés et l’ajout de fonds en soins à domicile, ne peut répondre seul aux besoins des personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses.
Le secteur public, même avec la conversion de CHSLD privés en CHSLD publics, même avec la construction de maisons des aînés et l’ajout de fonds en soins à domicile, ne peut répondre seul aux besoins des personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses.

Soins aux aînés: la pièce manquante

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. En plus d’augmenter la rémunération des préposés aux bénéficiaires du secteur public, il vient d’ajouter des fonds afin que les employés des entreprises d’économie sociale qui donnent des soins à domicile touchent 16$ l’heure. À quand un signal en ce sens pour le personnel des ressources intermédiaires d’hébergement et des résidences privées pour aînés?

Si 26 $ l’heure sont nécessaires pour attirer et retenir des préposés dans les CHSLD et les hôpitaux, si 14,25$ l’heure sont jugés trop peu pour convaincre des gens d’aller offrir des soins à domicile, on voit mal comment un salaire variant entre 13 $ et 15$ l’heure serait suffisant pour un travail similaire dans une ressource intermédiaire d’hébergement ou une résidence privée pour aînés. 

Le gouvernement doit s’assurer que les personnes âgées malades et moins autonomes qui ont besoin de soins et de services les reçoivent de personnel qualifié, expérimenté et stable, qu’importe où elles vivent. 

Si Québec a bonifié la rémunération du personnel en versant des primes durant la pandémie, qu’arrivera-t-il lorsque la crise sanitaire sera terminée? L’écart salarial dans les différents types d’établissements va réapparaître et se creuser davantage?

Si un individu reçoit à peine plus que le salaire minimum pour un travail exigeant auprès des personnes âgées, il y a de fortes chances qu’il tente de se dénicher un autre emploi dans un autre domaine ou dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) public. 

Or, le secteur public, même avec la conversion de CHSLD privés en CHSLD publics, même avec la construction de maisons des aînés et l’ajout de fonds en soins à domicile, ne peut répondre seul aux besoins des personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses. 

Il nous faut compter aussi sur le secteur privé pour l’hébergement et les soins de longue durée. Québec doit cependant mettre des conditions, ainsi que les fonds nécessaires dans certains cas, pour s’assurer de la santé et de la sécurité des milliers de personnes vulnérables hébergées.

Des syndicats, des partis politiques (PQ et Québec solidaire) et l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec réclament depuis des mois que Québec adopte un décret de convention collective pour fixer des conditions minimales de travail pour le personnel syndiqué et non syndiqué oeuvrant auprès des personnes aînées hébergées au public et au privé. 

Teamsters Canada a signalé lundi n’avoir pas encore reçu de signal en ce sens de la part du gouvernement. Le dossier n’avance pas non plus assez vite au goût du Syndicat québécois des employées et employés de services (SQEES-FTQ). 

Le dossier n’est pas clos  au ministère du Travail et de l’Emploi. Celui-ci a demandé récemment des précisions concernant les travailleurs autonomes et les agences de placement de personnel. 

L’attachée de presse du ministre Jean Boulet signale que différentes pistes sont explorées. «Le rehaussement des conditions de travail est important pour les salariés dévoués de ces secteurs. Il faut s’assurer d’analyser les différents véhicules à notre disposition pour le faire.»

Les deux syndicats se réjouissent de l’annonce sur les soins à domicile faite dimanche par les ministres Marguerite Blais et Christian Dubé. Ils espèrent cependant un dénouement positif pour les autres salariés qui méritent également un meilleur traitement salarial. 

L’association regroupant des ressources intermédiaires est toujours elle aussi dans l’attente. Elle soutient depuis des années que ses membres n’ont pas un financement suffisant pour verser des salaires similaires à ceux des CHSLD et des hôpitaux. Elle espère une offre monétaire de Québec au cours des prochaines semaines. «Cette attente contribue à fragiliser le réseau des RI qui se bat avec cette 2e vague», soutient la directrice, Johanne Pratte.

Le gouvernement, par le biais des CISSS et des CIUSSS, ne peut se tourner vers les ressources intermédiaires pour qu’elles accueillent des aînés, certains en attente d’une place dans un CHSLD, et ne pas se soucier de la qualité des soins et des services qu’elles offrent.

Par ailleurs, des entreprises font des affaires d’or avec l’hébergement des personnes âgées. En juin, en conférence de presse, le premier ministre François Legault avait admis qu’il y avait de petites résidences privées qui vont avoir besoin d’aide financière. Il affirmait par ailleurs que de grandes entreprises privées allaient devoir augmenter les salaires qu’elles paient à leurs employés.

La présidente du SQEES-FTQ, Sylvie Nelson, avait indiqué de son côté qu’elle envisageait mal que les taxes et les impôts des Québécois supportent les actionnaires des Chartwell de ce monde. Elle se disait toutefois d’accord pour que l’État soutienne de petites résidences qui permettent de maintenir des aînés dans leur quartier ou leur village. 

Le gouvernement Legault compte toujours déposer avant les Fêtes une politique d’hébergement et de soins de longue durée, a confirmé la semaine dernière le cabinet de la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais. 

Une telle politique ne peut exister sans mesures concrètes et pérennes pour attirer, former et retenir le personnel requis auprès des personnes âgées malades et en perte d’autonomie.