Brigitte Breton
Des études indiquent que la prévalence des troubles anxieux chez les jeunes Québécois de 6 à 11 ans se situe entre 3,2 et 17,5 %, et qu’entre 0,9 % et 4,1 % présentent des symptômes dépressifs.
Des études indiquent que la prévalence des troubles anxieux chez les jeunes Québécois de 6 à 11 ans se situe entre 3,2 et 17,5 %, et qu’entre 0,9 % et 4,1 % présentent des symptômes dépressifs.

Prévenir la détresse des écoliers

CHRONIQUE / Trop d’enfants ne vont pas bien au Québec, selon le Conseil supérieur de l’éducation. Lorsqu’elle voit le nombre d’enfants de moins de 17 ans prenant des antidépresseurs ou des médicaments pour le traitement du TDAH ainsi que la facture annuelle de plus de 33 millions$ qui s’y rattache, la présidente Maryse Lassonde estime qu’il est temps de se doter d’un mécanisme de prévention et de développer les compétences sociales et émotionnelles des jeunes et du personnel.

«Il y a un malaise», indique en entrevue téléphonique Mme Lassonde, neuropsychologue et professeur émérite. Son organisme présente aujourd’hui, mardi, un nouvel avis : «Le bien-être de l’enfant à l’école : faisons nos devoirs».

Certes, la majorité des enfants se portent bien. Des études indiquent toutefois que la prévalence des troubles anxieux chez les jeunes Québécois de 6 à 11 ans se situe entre 3,2 et 17,5 %, et qu’entre 0,9 % et 4,1 % présentent des symptômes dépressifs. 

La présidente trouve incroyable le nombre d’heures que des enfants de 4 à 12 ans passent dans l’autobus, au service de garde, à l’école ou à d’autres activités hors de la maison, ainsi que le nombre de personnes avec qui ils doivent interagir dans une même journée. Le Conseil signale que bon nombre d’enfants ont bien peu de moments où ils sont entièrement libres.

Mme Lassonde est persuadée que des adultes ne le supporteraient pas. 

Des enfants ne le supportent pas d’ailleurs et témoignent de détresse et d’anxiété à l’école. 

Or, si on souhaite amener un enfant à développer son plein potentiel et à assurer sa réussite éducative, il faut, selon Mme Lassonde, voir au bien-être et à la santé mentale de celui-ci.

Apprendre à lire, à compter, à écrire est plus aisé si certaines conditions sont réunies. Si un enfant manque de confiance en lui, s’il a peur, s’il est anxieux, s’il a peu d’estime de lui, s’il est incapable de reconnaître et de gérer ses émotions, ou de faire face à des situations difficiles, s’il est envahi par une anxiété de performance, s’il se juge toujours incompétent, ses apprentissages risquent d’en souffrir.

Tout ça s’enseigne et s’apprend aussi.  

Encore faut-il que le personnel des écoles, y compris celui des services de garde, soit formé aussi en cette matière. C’est une des recommandations du Conseil . 

Mme Lassonde souligne que les expériences menées ailleurs dans le monde anglophone peuvent guider le Québec.

L’avis est bien sûr adressé au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, mais le Conseil interpelle aussi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux ainsi que le ministre de la Famille. 

La triade Roberge-Carmant-Lacombe aurait réagi positivement, rapporte la présidente.

Après avoir consacré deux ans à parcourir la littérature et à interroger experts, parents, enfants et personnel scolaire, le Conseil en appelle à une plus grande collaboration et concertation entre les différents réseaux. «Il doit y avoir des ponts. L’enfant doit pouvoir obtenir de l’aide psychosociale au moment opportun où qu’il soit».

Il n’est pas normal, selon Mme Lassonde, que chaque école ne soit pas en contact direct avec le réseau de la santé lorsqu’un enfant ne va pas bien. 

À l’instar de certains médecins, le Conseil a jugé nécessaire de réfléchir sur la médicalisation des difficultés des enfants. Il constate que «la prise de médicaments est souvent perçue comme la première solution alors que la prévention constitue un élément clé de l’intervention».

Le Conseil préconise aussi plus de concertation et de collaboration entre les membres de l’équipe-école. La porte de la classe doit s’ouvrir au psychologue et le psy doit sortir de son bureau, illustre Mme Lassonde.

La formation et la stabilité du personnel sont aussi à privilégier pour établir des liens de confiance avec les écoliers, assurer leur bien-être et une continuité éducative.

Une règle élémentaire difficile à suivre lorsque les écoles et les services de garde éprouvent du mal à recruter du personnel.  

Le bien-être des enfants à l’école passe aussi par le bien-être du personnel scolaire, note également le Conseil supérieur de l’éducation dans son avis. Le stress et les émotions sont contagieux.