Brigitte Breton

Préposé à 13$ l’heure, c’est pas assez  

CHRONIQUE / Cherchez l’erreur. En ce temps de pandémie, le salaire horaire d’employés d’épicerie, de Walmart, de Dollarama, de Couche-Tard ou d’usines de transformation de viande est augmenté temporairement, mais aucune hausse n’est prévue pour les quelque 10 000 préposés aux bénéficiaires qui touchent 13 $ ou 14 $ l’heure dans les ressources intermédiaires d’hébergement de personnes vulnérables, âgées ou en perte d’autonomie.

«Qui va prendre le risque de se contaminer ou de contaminer sa famille pour 13 $ l’heure», demande Johanne Pratte, directrice générale de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ). «On perd du monde et on est incapable d’embaucher. Il faut pouvoir bonifier les salaires de nos préposés».

Le premier ministre François Legault l’a répété lundi lors de sa conférence de presse de 13h. Son gouvernement veut améliorer le salaire des préposés aux bénéficiaires. 

Le hic est qu’il n’est pas assuré que tous les préposés pourront en profiter.

Québec vient en effet de débloquer 73 millions $ pour aider les ressources intermédiaires d’hébergement d’aînés ou de personnes vulnérables à faire face à la crise sanitaire lié au coronavirus.

Cette somme pourra servir pour payer de l’équipement de protection et de désinfection, pour défrayer des heures supplémentaires de travail, pour embaucher du personnel additionnel, mais non pour augmenter les salaires des préposés qui gagnent déjà beaucoup moins que ceux qui travaillent dans les hôpitaux ou les CHSLD (centre d’hébergement et de soins de longue durée), explique Mme Pratte en entrevue téléphonique.

Le communiqué de presse de la ministre Marguerite Blais indique en effet que les montants dégagés permettront aux ressources d’hébergement «de composer avec leurs enjeux de ressources humaines (heures supplémentaires et embauche de personnel additionnel) ». 

La directrice générale se réjouit que Québec réponde à l’appel à l’aide lancé par son association il y a deux semaines. Elle soutient toutefois que les propriétaires ne pourront retenir et attirer plus de personnel s’ils sont incapables d’offrir plus de 13$ l’heure. 

Ce n’est pas la première fois que l’ARIHQ interpelle le gouvernement du Québec. Lorsque les libéraux étaient aux commandes, elle avait également fait part de ses difficultés de recrutement et de rétention de main-d’oeuvre. 

Dans les CHSLD, les préposés aux bénéficiaires touchent à leur arrivée près de 21 $ l’heure. «Si l’écart se creuse davantage, ça va devenir indécent», dit Johanne Pratte. Elle précise que le personnel est à 80 % féminin. 

Les ressources, dites intermédiaires, sont nécessaires pour accueillir des personnes âgées ou en perte d’autonomie qui ne peuvent demeurer à domicile ou dans des résidences privées pour aînés, mais dont l’état de santé ne requiert pas encore une place dans un CHSLD. 

Elles sont financées à 100 % par l’État et Mme Pratte assure que ses membres sont ouverts à une reddition de comptes. Quelque 16 000 personnes vivent présentement dans des ressources intermédiaires.

L’ARIHQ souligne que le réseau de la santé compte sur ses services en temps de crise pour dégager des lits d’hôpitaux qui serviront à accueillir des malades atteints du coronavirus. 

Les ressources intermédiaires doivent donc avoir le personnel pour prendre soin des personnes qui devront être hébergées.

Or, pour un individu à faible revenu, il est plus avantageux de ne rien faire et de se tourner vers le programme d’aide d’Ottawa de 2000$ par mois, plutôt que de laver, nourrir ou changer les culottes d’incontinence de personnes âgées ou lourdement handicapées hébergées dans une ressource intermédiaire.

Le premier ministre Legault a indiqué lundi que son ministre des Finances concocte actuellement un programme qui assurera que les personnes qui travaillent dans les services essentiels gagneront au moins 2000 $ par mois. Cela s’impose.

Interrogé sur les négociations dans le secteur public, François Legault a aussi affirmé qu’il «va falloir que notre monde reste à long terme dans le réseau de la santé».

La même logique devrait s’appliquer dans les ressources intermédiaires d’hébergement.

Les personnes âgées et non autonomes qui vivent dans ce type de résidences méritent aussi d’avoir auprès d’eux du personnel qualifié qui ne change pas constamment.