La présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Maryse Lassonde, se défend de niveler par le bas en proposant d’évaluer différemment les élèves.

Mon enfant est meilleur que le tien

CHRONIQUE / Qu’est-ce qui compte pour un parent? Savoir quels sont les points forts et faibles de son enfant à l’école et comment celui-ci peut s’améliorer, ou savoir si son jeune est meilleur que celui du voisin et s’il pourra entrer un jour en médecine.

Ce n’est pas parce qu’il a été mis de côté par le ministre de l’Éducation quelques heures après son dépôt que le dernier rapport du Conseil supérieur de l’éducation, «Évaluer pour que ça compte vraiment», ne mérite pas que les acteurs du réseau et les parents réfléchissent une fois de plus à la façon dont les élèves sont évalués et à la façon dont cette évaluation est communiquée et reçue.

«Nous ne suggérons pas d’abandonner les bulletins et de mettre des images», précise la présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Maryse Lassonde. 

Elle se défend bien aussi de vouloir faire du nivellement par le bas. Au contraire, le Conseil est plutôt d’avis que si l’évaluation des apprentissages avait moins comme but de notifier, de classer, de sélectionner et de hiérarchiser, les écoles pourraient hisser plus d’enfants vers le haut.

Selon l’organisme, l’évaluation devrait servir à donner à chaque enfant une image juste de ses forces, de ses défis et des efforts qu’il doit déployer pour avancer.

Par conséquent, l’évaluation devrait servir à déterminer le soutien dont l’élève a besoin de la part de l’enseignant et de ses parents pour progresser dans ses apprentissages, passer à un autre niveau et atteindre la certification.

Un bulletin dans la forme que nous connaissons, qui indique où se situe un élève par rapport à la moyenne de la classe et affiche les notes obtenues en différentes matières, a-t-il autant de valeur que certains lui accordent? Informe-t-il si bien les parents sur les acquis et les capacités de leurs enfants?

«La note ne dit rien des forces et des faiblesses de la personne et ne renseigne pas sur ce qui peut être ou doit être fait pour la soutenir dans ses apprentissages», écrit le Conseil.

« [...] si la forme que prend la communication des résultats situe l’élève par rapport à une moyenne, elle donne peu d’information sur ce qui manque ou sur ce qui est réussi, si bien que le besoin légitime de savoir si son enfant progresse normalement est parfois confondu avec le désir de savoir s’il réussit mieux que les autres (que la moyenne). Ainsi, les notes et les bulletins tels que nous les connaissons créent précocement une hiérarchie à laquelle il est difficile d’échapper.»

Ce n’est pas parce qu’un modèle est utilisé depuis des décennies qu’il est nécessairement bon. La Colombie-Britannique et l’Ontario, qui inspire beaucoup le gouvernement Legault en matière d’éducation, ont osé réviser leur façon de faire.

À l’autre bout du pays, les tablettes électroniques sont utilisées pour assurer la communication entre l’enseignant et les parents et permettre un suivi plus serré de l’évolution de l’enfant dans ses apprentissages. La comparaison avec les autres élèves de la classe n’est plus jugée nécessaire. 

Certains diront que comparer les enfants prépare à la «vraie vie», que ce n’est pas bon d’élever des enfants dans la ouate. 

Mme Lassonde, neuropsychologue de formation, craint plutôt que la hiérarchisation et la course à la performance ne soient pas étrangères à l’anxiété et au stress de performance qu’éprouvent des jeunes dès l’école primaire. Certains prennent déjà des anxiolytiques. Son équipe prépare d’ailleurs un avis sur le bien-être des élèves du primaire.

Bollé et après? 

Au bout du compte, que rapporte l’exercice de comparaison? Le premier de classe, le «bollé» réussira-t-il mieux sa vie professionnelle et personnelle que celui qui arrivait douzième, voire dernier? 

À ce sujet aussi le Conseil propose une piste de réflexion. Il estime que l’évaluation qui créé une hiérarchie infléchit l’orientation professionnelle prématurément ou ferme des portes de façon définitive.

Ceux qui se trouvent au sommet subiraient une pression sociale pour se diriger vers les programmes élitistes contingentés, plutôt que de choisir leur orientation en fonction de leurs champs d’intérêt, observe le Conseil. 

La médecine, le droit ou le génie, plutôt que la plomberie ou une technique en mécanique. Mais après avoir obtenu le diplôme universitaire, certains se tournent vers la formation professionnelle parce qu’ils veulent gagner leur vie en faisant ce qu’ils aiment.Un grand détour.

Pour relativiser l’importance des notes, le Conseil rapporte aussi un exercice mené chez Google. 

L’entreprise a évalué l’efficacité de ses critères d’embauche en déterminant ce qui est la force principale de ses employés les plus performants. Leurs compétences en science, en technologie, en ingénierie et en mathématiques ne dominent pas. Celles-ci arrivent en huitième et dernière position. 

Leur force tient plutôt à leur esprit critique, à leurs qualités de meneur et de communicateur, à leurs capacités de comprendre les autres, de manifester de l’empathie, de soutenir leurs collègues et à leurs aptitudes à résoudre des problèmes et à traiter des idées complexes.

Intéressant, n’est-ce pas? Ça donne une autre lecture et une autre appréciation de l’évaluation et des bulletins.