L’UMQ a mis en évidence une difficulté qu’entraîne l’implantation de la maternelle 4 ans : la découverture des services de garde pour les enfants de 4 ans durant la période estivale.

L'été entre deux maternelles

CHRONIQUE / Que feront l’été prochain les enfants de 4 ans qui auront fréquenté la maternelle? Si les camps de jour des municipalités ne sont pas prêts à les accueillir, le congé scolaire estival risque d’être un casse-tête pour bien des parents et des grands-parents.

Les parents de jeunes enfants ont intérêt à s’assurer que Québec et les municipalités auront trouvé une façon de répondre adéquatement aux besoins des enfants qui ne sont plus inscrits à des services de garde parce qu’ils vont à l’école, mais qui sont jugés trop jeunes pour fréquenter les camps de jour des villes. 

Trois ministères travaillent sur le dossier de concert avec les municipalités : celui de la Famille, celui de l’Éducation, et celui des Affaires municipales. 

Un comité a été formé, deux rencontres ont déjà eu lieu et les travaux doivent se terminer cet automne, nous a-t-on précisé cette semaine au ministère de la Famille. 

À l’Union des municipalités du Québec (UMQ), un porte-parole nous indique pour sa part que les préoccupations soulevées par l’organisation en commission parlementaire, en juin, jouissent d’une bonne écoute.

Et pour cause.

L’UMQ a mis en évidence une difficulté qu’entraîne l’implantation de la maternelle 4 ans : la possible découverture des services de garde pour les enfants de 4 ans durant la période estivale. C’est, selon elle, l’angle mort du projet de loi 5 du gouvernement Legault sur les maternelles 4 ans.

La très grande majorité des municipalités accueillent les jeunes dans leur camp de jour à partir de 5 ans, voire 6 ans. 

Déjà, elles estiment avoir du mal à répondre à la demande et à absorber les frais de cette activité. Les coûts d’inscription assumés par les parents ne représenteraient que 50 % des frais de fonctionnement.

Les services de garde des écoles ferment à la fin des classes. Si des milliers d’enfants n’ont plus accès à des garderies ni à des centres de la petite enfance (CPE), qui veillera et animera les petits de 4-5 ans en entendant les vacances de papa et maman? 

Ce ne sont pas tous les parents qui jouissent de plusieurs semaines de vacances ou qui peuvent payer la facture d’un camp de jour privé qui accueille les tout-petits.

Est-il souhaitable que les très jeunes enfants aient accès aux camps de jour municipaux? Si la réponse est oui, alors appartient-il aux municipalités de prendre seules la charge financière de ce service? Ce sont les questions posées par l’UMQ qui note que le camp de jour est de plus en plus considéré par de nombreux parents comme un service de garde essentiel, et non comme un simple service de loisir.

Pour l’UMQ, la réponse à la dernière question est non. 

Elle rappelle dans son mémoire que les municipalités n’ont aucune obligation légale d’offrir des camps de jour durant l’été. Elle évalue à 26 millions $ la facture supplémentaire à payer par les villes si les camps de jour sont ouverts aux enfants de 4 ans.

L’organisation souligne aussi que les villes doivent de plus relever le défi de l’intégration des enfants ayant des handicaps physiques ou intellectuels, des troubles de comportement ou d’apprentissage. Les ratios enfants/accompagnateur doivent être abaissés dans ces cas. La formation des jeunes animateurs doit par ailleurs être revue à la hausse.

À la Ville de Québec, le coût du programme d’accompagnement particulier se chiffre à plus de 2 millions $ par année, rapporte l’UMQ.

Celle-ci prévoit des coûts supplémentaires à l’arrivée des enfants de 4 ans, moins autonomes. Dans ce cas aussi, la formation des animateurs — qu’il faudra dénicher dans un contexte de rareté de main-d’œuvre — devra être bonifiée et les ratios ajustés pour que le camp de jour soit enrichissant et sécuritaire pour les plus petits.

La disponibilité de locaux adaptés serait également un problème pour certaines villes, dont Laval et Montréal. 

Les municipalités exposent des enjeux réels.

Bien des gens ont intérêt à surveiller leur angle mort avant l’été prochain.

Le gouvernement Legault est convaincu des bienfaits de la maternelle pour les enfants de 4 ans. Il ne ménage aucun effort pour que tous les enfants de cet âge y aient accès partout au Québec, qu’ils vivent dans un milieu défavorisé ou non.

Son souci pour le bien-être et le développement des tout-petits doit aussi se manifester pour la période estivale qui précède leur entrée à la maternelle 5 ans.