Dans un Québec où une personne sur cinq aura plus de 65 ans en 2021, il presse d’organiser nos services publics et privés pour répondre aux besoins de cette population vieillissante dont une proportion de 60 % sera confrontée à une perte d’autonomie.

Les grands travaux de Mme Blais

CHRONIQUE / Il faut certes serrer la vis à certains propriétaires de résidences pour aînés peu soucieux de la grande vulnérabilité des personnes âgées. Le défi est d’y parvenir en évitant que des propriétaires boudent cette clientèle.

La ministre Marguerite Blais a commencé à hausser le ton la semaine dernière en annonçant qu’il est fini le temps où une résidence peut fermer ses portes et ne pas payer d’amende même si un préavis de six mois n’a pas été donné aux personnes âgées.

Depuis lundi, la mort tragique d’Hélène Rowley Hotte soulève d’autres questions sur les responsabilités des propriétaires des résidences privées pour aînés. 

Mme Blais et son gouvernement auront la difficile tâche de trouver un juste équilibre. 

Dans un Québec où une personne sur cinq aura plus de 65 ans en 2021, il presse d’organiser nos services publics et privés pour répondre aux besoins de cette population vieillissante dont une proportion de 60 % sera confrontée à une perte d’autonomie. 

C’est un leurre de penser que la transformation des centres d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) en maisons des aînés d’ici 2038, comme l’a proposé la Coalition avenir Québec en campagne électorale, va régler tous les problèmes et combler tous les besoins. 

Rappelons qu’environ 3 % des aînés se retrouvent dans les CHSLD. Tous reconnaissent que les services doivent être améliorés dans plusieurs de ces centres. La ministre Blais veut augmenter la cadence des inspections dans les CHSLD publics ou privés, ainsi qu’améliorer les conditions de travail et les salaires des préposés aux bénéficiaires pour que les centres puissent faire le plein de personnel.

Tout cela est fort bienvenu.

Mais que fera-t-elle pour les autres personnes âgées dont l’état de santé ne nécessite pas de vivre dans un CHSLD ou une future «maison des aînés»? 

Quelle alternative pour ces aînés et leurs proches?

Rester à leur domicile et y obtenir du soutien domestique et des soins? À quel prix? Comment se partagera la note entre l’État et l’aîné?

Casser maison et aller vivre dans une résidence privée pour aînés? À quel prix? Et encore là, qui paie quoi, quels soins devra fournir le réseau public de santé?

La question de la tarification devra également se poser dans les maisons des aînés. Quel tarif payera la personne qui y sera hébergée? Moins que si elle continuait de vivre dans une résidence privée de luxe?

Selon le rapport de 2017 de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, 17,9 % des Québécois de 75 ans et plus optent pour une résidence pour aînés comme domicile. Dans les autres provinces canadiennes, ce taux ne dépasse pas 9,1 %. 

L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) a remis en août dernier à la Direction du soutien à domicile du ministère de la Santé et des Services sociaux, un rapport sur la régulation des lieux d’habitation collectifs privés pour aînés.

Dans ce rapport, l’INESSS fait état d’une étude québécoise qui relève que le règlement sur la certification des résidences pour personnes âgées (RPA) a eu trois types d’effets.

«D’abord, la qualité et la sécurité des RPA ont augmenté. Cependant, cette amélioration ne tient pas uniquement au fait que les résidences aient amélioré la qualité de leurs services. De nombreuses petites RPA ont fermé ou changé de vocation, et certains propriétaires n’admettent plus de résidents présentant des problèmes cognitifs, de mobilité ou de comportement, et ce, afin d’éviter les investissements financiers requis pour satisfaire à certaines normes [protection incendie et normes du bâtiment, par exemple].»

L’INESSS parle d’effets délétères.

Oui, il faut assurer un environnement sécuritaire et de qualité pour les aînés. Personne ne souhaite qu’un proche décède dans un incendie parce que la résidence n’avait pas de gicleur, ou meurt gelé dehors parce qu’aucun surveillant n’a réalisé son absence.

Mais, il faut également veiller à conserver la diversité des lieux d’habitation collectifs, et ce, près des milieux de vie des personnes âgées que celles-ci vivent en ville ou à la campagne.

Les caquistes sont devant le même dilemme que les gouvernements précédents. Qu’est-ce qui est raisonnable et réaliste? Quelle facture assume l’État?