Le ministre Lamontagne a fort mal évalué la situation et les réactions. Soit par inexpérience ministérielle, soit par excès de confiance.

L’erreur du grand «boss»

CHRONIQUE / Et vous, vous y croyez ou non au mea-culpa du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne? Vous croyez qu’il a utilisé les mauvais mots lorsqu’il a affirmé la semaine dernière qu’il avait «personnellement autorisé» le congédiement de l’agronome et lanceur d’alerte Louis Robert? Moi non.

Je crois que le ministre du tout nouveau gouvernement a voulu indiquer aux fonctionnaires que c’est lui «le boss» et qu’il l’a fait d’une bien piètre façon. Il tente de réparer les dégâts.

André Lamontagne a voulu signaler qu’il ne tolérerait pas que des subalternes viennent critiquer ou contester sur la place publique les façons de faire de «son» ministère.

Ceux qui le feront s’exposent à un congédiement, ou du moins à passer un bien mauvais quart d’heure, s’ils manquent de loyauté. 

Le ministre a fort mal évalué la situation et les réactions. Soit par inexpérience ministérielle, soit par excès de confiance.

Il a gaffé. Il a mis le pied sur un terrain où un ministre ne doit pas aller. Il a fait ce qui ressemble beaucoup à de l’ingérence politique. Pire, il a donné l’impression de pencher vers le lobby dénoncé. 

M. Lamontagne a soutenu lundi que dans le feu de l’action, il a été rattrapé par son passé d’entrepreneur. Il est allé au bâton pour ses employés. Ceux qui ont congédié l’agronome bavard.

L’employé Louis Robert ne méritait pas que le ministre du MAPAQ se présente au bâton pour lui? 

Des citoyens peuvent certes apprécier que des élus mettent les fonctionnaires syndiqués au pas et ne se laissent pas diriger pas la machine administrative.

Par ailleurs, bien des citoyens se méfient et ont horreur que des lobbys viennent dicter quoi faire au gouvernement et que celui-ci passe en second le bien commun. 

Si un agronome d’expérience et respecté sonne l’alarme pour dire que les choses ne tournent pas rond au Centre de recherche sur les grains (CÉROM) parce que des intérêts privés s’ingèrent dans la recherche publique sur les pesticides, le public sera enclin à l’écouter et à ne pas trop apprécier qu’il soit congédié parce qu’il a osé en parler aux médias après l’avoir fait à l’interne.

Les intérêts et la santé de la population passent avant les intérêts des Producteurs de grains du Québec. 

Lorsqu’un ministre dit avoir personnellement autorisé le congédiement d’un agronome lanceur d’alerte, c’est un bien mauvais signal qu’il envoie à la population. 

Message d’autant plus étonnant que le premier ministre François Legault et certains de ses ministres aiment répéter qu’ils ne sont pas au service des groupes de pression.

En décembre dernier, Jean-François Roberge, le ministre de l’Éducation, a même avancé qu’il souhaitait qu’une disposition soit introduite dans les conventions collectives pour garantir la liberté de parole des enseignants qui dénoncent dans les médias des problèmes vécus dans le réseau scolaire. 

André Lamontagne a beau reconnaître son erreur une semaine plus tard et demander à la Protectrice du citoyen de faire enquête sur le congédiement de Louis Robert, le ministre vient de semer un doute sur la distance que le gouvernement caquiste observe entre lui et les groupes de pression. 

Les caquistes doivent espérer que la faute avouée du ministre Lamontagne sera à demi pardonnée. 

Beaucoup d’humilité est en effet nécessaire pour faire ce que le ministre a réalisé lundi. Il approuvait le congédiement de Louis Robert la semaine dernière, et il tient maintenant à ce que toute la lumière soit faite dans le dossier. 

Elle doit l’être deux fois plutôt qu’une.

Le ministre interpelle la Protectrice du citoyen mais le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec a aussi un rôle important à jouer dans cette affaire.

Elle est très récente la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics (mai 2017). Les syndicats doivent assurer leurs membres qu’ils défendront farouchement ceux qui s’en prévalent et qui font face à des représailles.

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