Brigitte Breton
Deux ans après la mort de la jeune Athéna Gervais, des acteurs en santé publique attendent toujours que le gouvernement du Québec prenne des moyens pour prévenir les intoxications à l’alcool.
Deux ans après la mort de la jeune Athéna Gervais, des acteurs en santé publique attendent toujours que le gouvernement du Québec prenne des moyens pour prévenir les intoxications à l’alcool.

Le gouvernement Legault plus tolérant à l’alcool qu’au pot

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault tolère plus l’alcool que le cannabis. Il s’est empressé de relever de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis, et ce malgré les avis contraires d’experts en santé publique. Par contre, deux ans après la mort de la jeune Athéna Gervais, des acteurs en santé publique attendent toujours qu’il prenne des moyens pour prévenir les intoxications à l’alcool.

L’an dernier, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a répété pendant des semaines que le cannabis ce n’est pas «banal».

L’alcool n’est pas non plus un produit banal et sans risque.

Et pourtant, le gouvernement s’accommode assez bien dans ce cas de la réglementation existante. 

Les caquistes ont été prompts à hausser l’âge légal pour consommer du cannabis. Qu’importe que des experts en santé publique fassent valoir les effets négatifs d’une telle approche qui garde les jeunes à la merci du marché noir.

Les intervenants en santé publique seront-ils cette fois mieux écoutés pour la révision du règlement sur la promotion, la publicité et les programmes éducatifs en matière de boissons alcooliques? L’Association pour la santé publique du Québec a jugé nécessaire mardi d’interpeller le gouvernement pour qu’il accélère la révision de ce règlement lancée sous le gouvernement libéral.

Le 26 février 2018, Athéna Gervais, âgée de 14 ans, est morte dans un ruisseau, près de son école, après avoir consommé en peu de temps des boissons sucrées alcoolisées. L’équivalent de 12 verres de vin. 

À la fin de l’été 2018, la Régie des alcools, des courses et des jeux a formé un comité consultatif pour voir comment la réglementation pourrait être modernisée pour répondre aux enjeux de protection des mineurs et de consommation responsable. 

Les travaux ont débuté en décembre 2018, mais aucun avis n’a encore été transmis à la ministre de la Sécurité publique. Il le sera incessamment, nous indique la porte-parole de la Régie, Joyce Tremblay. 

Le temps qu’un règlement soit rédigé, qu’il soit publié dans la Gazette officielle du Québec et que des consultations soient menées, près d’une autre année s’écoulera, déplore pour sa part Marianne Dessureault, chargée de dossiers à l’Association pour la santé publique du Québec.

Pendant cette autre année, des centaines de mineurs continueront d’être hospitalisés pour intoxication. Il y en aurait 14 par jour, selon l’Association. Celle-ci constate que les mineurs sont exposés aux publicités d’alcool dans les abribus, dans le métro et dans les vitrines de dépanneurs situés près des écoles. Qui plus est, que la publicité est intensive, criarde et tape-à-l’œil et que la consommation d’alcool est banalisée.

Il ne suffit pas d’avoir retiré des tablettes le type de produits consommés par Athéna Gervais pour dire que le problème est réglé.

Selon la porte-parole de la Régie, la population sera agréablement surprise de l’avis que soumettra le comité consultatif à la ministre de la Sécurité publique. 

Cela reste à voir. 

L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) a quitté en avril 2019 le comité consultatif ainsi que les sous-comités de travail de la Régie.

Si la porte-parole de la Régie indique qu’il reste bien d’autres joueurs autour de la table (l’Association pour la santé publique du Québec, Éduc’Alcool, l’industrie des boissons alcoolisées, la Société des alcools du Québec, le Secrétariat à la condition féminine, les ministères des Finances, de l’Économie et de l’Innovation), et que l’INSPQ s’est retiré du comité pour préserver son indépendance, la porte-parole de l’INSPQ, Nathalie Labonté, fournit une autre réponse. 

Elle explique pour sa part que «les experts de l’INSPQ se sont retirés devant les difficultés d’arrimage entre les motivations des organismes à mission sociale ou de santé et celles de l’industrie de l’alcool». Les experts de l’INSPQ se disent néanmoins disponibles pour jouer un rôle-conseil auprès de la Régie.

Il faudra voir si la ministre de la Sécurité publique et son gouvernement souhaiteront un éclairage scientifique et en tiendront compte pour prendre une décision dans l’intérêt de la population et de la santé publique.