À l’école de Marie-Claude Fortin, le personnel du service de garde est actif durant la récréation.

La récré pas seulement pour les profs

CHRONIQUE / Imposer deux récréations de 20 minutes aux écoles primaires sans ajouter un sou de plus paraît impossible. La facture pourrait toutefois être réduite en demandant au personnel des services de garde scolaire, plutôt que seulement aux enseignants, de surveiller et d’animer les récréations. Une formule qui permettrait de faire d’une pierre deux coups.

L’Association québécoise de la garde scolaire a soumis récemment un avis au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, dans lequel elle lui recommande «d’avoir l’audace» de confier l’animation et la surveillance des récréations au personnel de la garde scolaire.

Des écoles manquent d’enseignants, le fait est connu.

Mais, problème moins étalé, des écoles peinent aussi à recruter et à retenir le personnel de leur service de garde, signale la présidente et directrice générale de l’association, Diane Miron. Tâches partielles, horaires brisés et trop peu d’heures de travail rebutent la main-d’œuvre.

Mme Miron constate que des milieux revoient à la baisse les critères d’embauche pour combler leurs besoins. D’autres songeraient même à diminuer le nombre d’enfants admis au service de garde faute de personnel. 

Ce service est pourtant indispensable pour la majorité des parents d’enfants au primaire. Certains écoliers fréquentent leur service de garde scolaire jusqu’à 25 heures par semaine (le matin, le midi et après la journée de classe). Ils y passent quasiment le même nombre d’heures qu’en classe. 

Avec l’arrivée des maternelles 4 ans, avec la présence de nombreux enfants en difficulté, Mme Miron estime que le temps n’est pas à réduire les exigences d’embauche, bien au contraire.

En confiant la surveillance et l’animation des récréations au personnel des services de garde, la présidente croit qu’il serait possible d’assurer plus d’heures de travail au personnel des services de garde des écoles et de limiter leur précarité. 

Oui, les techniciennes et les éducatrices y gagneraient, mais pas seulement elles. «Les écoles ont besoin de bras pour soutenir et soulager les enseignants», soutient Mme Miron qui souhaiterait une collaboration plus grande entre les services de garde et les services éducatifs.

Son association a fait valoir les avantages au ministre : offrir des récrés de qualité, protéger la tâche des enseignants, bonifier les conditions de travail du personnel éducateur et par la même occasion, faciliter le recrutement et la rétention de celui-ci. Il y a aussi un avantage financier à recourir à du personnel éducateur plutôt qu’à des enseignants.

Lorsqu’il a annoncé que deux récréations de 20 minutes devenaient obligatoires, Jean-François Roberge a indiqué que leur implantation pouvait se faire à coût nul. 

Le Conseil supérieur de l’éducation et la Fédération des commissions scolaires du Québec n’arrivent pas du tout au même calcul.

Le Conseil estime que l’ajout de temps de récréation ne pourra se faire à coût nul dans tous les milieux. Il souligne que des coûts supplémentaires sont à prévoir à certains endroits pour l’ajout de ressources non enseignantes pour assurer la surveillance, ainsi que  pour la révision des contrats avec les transporteurs.

Le Conseil verrait d’un mauvais œil que le temps que les enseignants doivent consacrer à la récupération et à l’encadrement des élèves soit diminué pour ajouter des minutes de surveillance à leur tâche. 

La Fédération des commissions scolaires évalue à 20 millions $ la somme additionnelle nécessaire pour mettre en place les deux récréations. On est loin du coût nul.

Sortir de la boîte

Si les acteurs ne s’entendent pas sur le montant de la facture, tous sont d’accord sur l’importance et les bienfaits des récréations. 

Il faut donc se montrer imaginatif et s’inspirer de ce qui s’expérimente déjà dans certaines écoles. 

«Il faut sortir de la boîte», selon Marie-Claude Fortin, technicienne et responsable du service de garde à l’école Harfang-des-Neiges, à Stoneham, et instigatrice du projet «Des récréations de qualité». Grâce à une aide financière de la Fondation McConnell, son projet est en cours à Stoneham, mais aussi à l’école Montagnac, à Lac-Beauport, et au Trivent, à Sainte-Brigitte-de-Laval.

«On peut utiliser le personnel des écoles à bon escient pour maximiser le temps de récréation des élèves, diversifier les activités offertes, diminuer le ratio surveillant-enfants, limiter les conflits et l’intimidation dans la cour d’école», nous explique la responsable. 

Ainsi, à son école, la récréation n’est pas qu’une affaire de cour d’école et d’enseignants qui surveillent. 

L’enfant peut toujours décider d’aller jouer au ballon dehors sous la surveillance d’un prof, mais il peut aussi choisir de passer la récréation au gymnase, à la bibliothèque, au local Lego ou à faire du yoga avec des éducatrices et des éducateurs du service de garde.

La période de détente de 20 minutes se décline de différentes façons. Les enfants ne s’en plaignent pas et le personnel non plus. «On veut y aller aux récrés», plaide Mme Fortin.