Selon un article paru récemment dans La Presse, le groupe alimentaire «produits laitiers» n’auraient plus la belle part dans le futur Guide alimentaire canadien.

La menace des pois chiches

CHRONIQUE / Ce qui est bon pour la santé de la population doit-il être nécessairement bon aussi pour l’économie du Québec et du Canada?

La dernière version du Guide alimentaire canadien n’est toujours pas connue que les Producteurs laitiers du Canada montent déjà aux barricades pour éviter que leurs produits soient détrônés par le tofu, les pois chiches, les noix ou l’eau.

L’excès de lobbyisme est indigeste. Qu’importe le produit en cause.

Lier de la sorte santé et économie est aussi agaçant.

Santé Canada doit se préoccuper de santé publique et non du nombre d’emplois et des parts de marché que peut gagner ou perdre un secteur d’activités. Le mandat de Santé Canada n’est pas économique. À d’autres ministères d’agir en la matière.

«La santé des Canadiens et celle d’un secteur canadien dynamique sont en jeu», écrivaient vendredi les Producteurs laitiers du Canada dans un communiqué.

Le groupe demande au premier ministre Justin Trudeau «d’ordonner» — rien de moins — à la ministre de la Santé de faire ses devoirs en tenant compte de toutes les données scientifiques disponibles avant la publication du nouveau Guide. 

Selon La Presse, le groupe alimentaire «produits laitiers» n’auraient plus la belle part dans le futur Guide. Les produits laitiers se retrouveraient dans les aliments protéinés où les légumineuses dominent.

Un changement que désapprouvent les producteurs qui font valoir que les produits laitiers et les autres aliments protéiques ne sont pas interchangeables. Attendons de voir le document final et sur quoi il s’appuie. 

Le groupe dit se soucier de la santé des Canadiens, mais la santé de l’industrie semble le préoccuper davantage. Déjà affectés par le contenu de nouveaux accords commerciaux, les producteurs craignent de subir un autre préjudice. 

Il faudrait être bien naïf pour croire que d’autres groupes ne font pas également pression pour tirer profit du futur Guide ou conserver leurs ventes. Les producteurs de viande bovine et de jus de fruits vont probablement aussi se faire entendre. 

M. et Mme Tout-le-Monde sont loin de remplir leur assiette en suivant le Guide à la lettre. Si tel était le cas, il y aurait probablement moins de gens souffrant d’obésité ou de maladies liées à une mauvaise alimentation. 

Le mois dernier, La Presse faisait état d’une étude publiée dans le Canadian Journal of Cardiology relevant que les recommandations du Guide alimentaire canadien étaient boudées par plusieurs. Les Québécois ont obtenu une note de 54 %. Les produits laitiers ou leurs équivalents, les fruits et les légumes, les grains entiers sont encore trop peu consommés alors que le sodium et les gras saturés le sont trop.

Le Guide inspire néanmoins ceux qui se soucient d’une saine alimentation, et aussi ceux qui doivent effectuer les achats des garderies, des écoles, des hôpitaux et des centres d’hébergement. 

Il y a du «volume» en jeu même si nous ne faisons évidemment pas tous et toujours l’épicerie et la sélection d’un menu en s’assurant de suivre toutes les suggestions de Santé Canada. 

C’est justement parce qu’il y a un intérêt économique important que les études scientifiques financées par les groupes de pression doivent être traitées avec prudence.

Lorsqu’une pétrolière ou une minière soutient que son projet n’a que des aspects positifs, le public est sceptique. La population ne veut pas que le gouvernement s’en tienne à ce type de recherche pour prendre une décision. Elle réclame des preuves impartiales et récentes. 

La même logique doit prévaloir lorsque l’industrie alimentaire est visée et qu’il s’agit de proposer des choix alimentaires éclairés aux citoyens. L’industrie ne manque pas de moyens pour mousser ses produits.