Pour éviter que d’autres enfants et d’autres parents souffrent en attendant que la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse ait terminé ses travaux en novembre, sa présidente, Régine Laurent, et son équipe ont soumis sans attendre la semaine dernière cinq recommandations au gouvernement.

La fée Laurent

CHRONIQUE / Il existe «pour de vrai» une fée pour les enfants vulnérables au Québec.

En cette fin de 2019 marquée par la mort tragique et inconcevable d’une fillette de sept ans à Granby, elle s’incarne dans la voix et le visage de Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Évidemment, il faut plus qu’un coup de baguette magique pour remettre sur les rails nos services sociaux et notre système de protection de la jeunesse.

Ce qui s’est dégradé au fil des années ne se répare pas du jour au lendemain. Les quelque 105 000 signalements à la Direction de la protection de la jeunesse sont le signe de ratés et de dysfonctionnements profonds dans nos services de première ligne.

Mme Laurent et les vice-présidents de la Commission, André Lebon et Michel Rivard, ont déjà vu neiger.

Ils savent que les élus et les décideurs sont comme de petits enfants qui promettent d’être bien sages, mais qui oublient vite leurs belles résolutions lorsque l’attention des grands se porte ailleurs.

La présidente Laurent maintient donc l’attention du public et la pression politique. Avec raison.

Un évènement comme celui survenu à Granby a bouleversé tout le Québec. On promet d’agir pour que jamais plus cela ne se reproduise. Mais comme toujours, l’incompréhension, la colère et la peine peuvent faire place peu à peu à l’oubli, à l’indifférence. La population et les politiciens se laissent émouvoir par autre chose.

Ce qui était urgent et prioritaire perd de son urgence et de son caractère prioritaire.

La commission Laurent s’organise pour qu’il n’en soit pas ainsi.

Certes, le premier ministre François Legault n’a pas tardé au printemps à former une commission d’enquête pour faire le point sur le système de protection de la jeunesse et les droits des enfants.

Le ministre délégué aux Services sociaux, Lionel Carmant, a également obtenu et dégagé des fonds supplémentaires sur le terrain.

C’est un bon signal de la part du gouvernement caquiste. L’intérêt doit être soutenu.

Pour ne pas que l’élan se brise, pour éviter que d’autres enfants et d’autres parents souffrent en attendant que la Commission ait terminé ses travaux en novembre, Mme Laurent et son équipe ont soumis sans attendre la semaine dernière cinq recommandations au gouvernement.

Ils procèdent dès maintenant afin que le financement soit prévu dans le prochain budget provincial du printemps.

C’est sage et fort habile de procéder ainsi.

Le rapport au temps n’est pas le même pour un jeune enfant que pour un adulte, a souligné la présidente de la Commission. «Pour un enfant de deux ans, un an, c’est la moitié de sa vie.»

Si la Commission avait attendu novembre pour faire part de l’ensemble de ses recommandations, il aurait probablement fallu attendre l’année 2021 pour que des actions soient prises pour venir au secours d’enfants en détresse et de parents en crise.

Le danger que cet enjeu soit déclassé par un autre est bien réel. Mme Laurent et son équipe limitent le risque. Ils y vont dès maintenant de «recommandACTIONS», comme ils disent.

Avec ce qu’ils ont entendu de jeunes, de citoyens, d’experts, d’organismes communautaires et institutionnels depuis le début de leurs travaux, ils savent déjà que certains gestes posés dès maintenant éviteront que des familles s’enlisent dans leurs difficultés et commettent l’irréparable.

Selon eux, pas besoin pour ce faire de réinventer la roue. Tout simplement de réactiver des programmes qui ont fait leurs preuves dans le passé, mais qui ont disparu avec la réforme des structures en santé et services sociaux et l’obsession de retrouver rapidement l’équilibre budgétaire.

Ne pas investir suffisamment comme société pour éviter que des enfants soient victimes de négligence, de violence et d’abus s’avère pourtant un bien mauvais calcul. La maltraitance laisse des traces physiques et psychologiques pour toute la vie.

Le Québec jouit actuellement d’une marge de manœuvre budgétaire enviable. La sensibilité exprimée à l’égard des enfants depuis le décès de la fillette de Granby peut et doit se refléter dans le prochain budget d’Éric Girard.

La prévention doit avoir une belle part dans celui-ci afin, comme le réclame la Commission, que soient appliqués partout des programmes qui ont montré leur efficacité à soutenir des enfants et des parents vulnérables.

Un travail qui commence parfois bien avant la naissance d’un enfant.

Les organismes communautaires doivent aussi avoir les moyens financiers pour accompagner les familles qui ont besoin de soutien. Le ministre Carmant s’est montré ouvert aux cinq recommandations de la Commission. Nous saurons si son ouverture est réelle à la lecture du prochain budget.

Dès qu’elle a accepté la présidence de la commission spéciale, Régine Laurent a prévenu que son rapport ne serait pas tabletté. «Non, non, non, non.» Elle a averti le premier ministre Legault et son ministre Carmant que jamais elle ne tabletterait les enfants du Québec. «Il n’en est pas question.»

La présidente avait même annoncé qu’elle pourrait formuler des recommandations avant la fin de la Commission si des solutions émanaient rapidement au cours de ses travaux.

Régine Laurent tient parole et s’assure que les élus et le public ne se désintéressent pas du sort des enfants vulnérables.

Merci.