Brigitte Breton
La commission Laurent vient de terminer ses audiences publiques et ses recommandations sont attendues pour novembre.
La commission Laurent vient de terminer ses audiences publiques et ses recommandations sont attendues pour novembre.

Jeunes ou vieux: le statu quo intenable

CHRONIQUE / Ébranlée et choquée par la mort d’une fillette de 7 ans à Granby l’an dernier, la population québécoise l’est cette année par la mort de centaines de personnes âgées dans les CHSLD. Le Québec échoue à protéger adéquatement ses citoyens les plus vulnérables. Jeunes ou vieux. Les deux dossiers ne s’opposent pas. Ils ont des causes et quelques solutions communes.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse assure que sa voix va demeurer forte pour défendre les droits des enfants.

La commission vient de terminer ses audiences publiques et ses recommandations sont attendues pour novembre. 

Certains peuvent craindre que le triste sort réservé aux personnes âgées dans les CHSLD durant la présente pandémie fasse passer au second plan celui des enfants négligés, maltraités, abusés, et que la voix de Mme Laurent se perde parmi d’autres qui réclament l’attention du gouvernement durant la crise. 

L’inverse est aussi possible.

Le statu quo est cependant intenable tant pour les enfants que pour les personnes âgées. Qu’importe que les premiers soient au début de leur vie, et les seconds, plus près de la fin. Le respect et la dignité n’ont pas d’âge.

Lorsqu’il a créé une commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse au printemps 2019, le gouvernement Legault ne prévoyait pas faire face à une crise sanitaire et à une pause économique un an plus tard.

François Legault disposait d’une marge budgétaire pour répondre aux recommandations de la commission Laurent. Il y aurait un avant et un après-Granby, disait-il.

Il doit maintenant faire face à un autre défi de taille. Celui de mettre fin à l’hécatombe dans les CHSLD et de réformer les services et les soins offerts aux personnes âgées malades et en perte d’autonomie, afin de répondre au vieillissement de la population.   

En plus du rapport Laurent, Québec devra composer cet automne avec le rapport d’étape de la Protectrice du citoyen, Marie Rinfret, qui a lancé récemment une enquête impartiale et indépendante sur ce qui s’est passé au ministère de la Santé et des Services sociaux et dans quelques CHSLD et résidences pour aînés depuis le début de la pandémie.

Difficulté supplémentaire, Québec ne dispose plus d’un portefeuille aussi bien garni pour combler les lacunes documentées dans les services aux moins de 18 ans et dans ceux offerts aux personnes âgées. 

Or, dans les deux cas, l’insuffisance des budgets accordés à ces services au fil des ans est pointée du doigt. 

Le sous-financement explique en partie pourquoi la vie d’enfants est menacée faute de soutien aux parents ou faute de suivi serré de la part de la DPJ. 

Il explique aussi en partie pourquoi des personnes âgées sont mortes dans des conditions pitoyables à cause de la COVID-19.

Il manque cruellement de personnel formé et expérimenté tant auprès des jeunes que des «vieux» vulnérables. La tâche des employés dans chacun de ces secteurs s’accroît. Comme les besoins des jeunes et des plus vieux.

Il ressort aussi que les services aux enfants vulnérables et aux aînés sont perdus dans le vaste réseau de la santé centré sur les hôpitaux et le «médical». La réforme Barrette de 2015 a empiré les choses. Les gestionnaires sont loin du terrain. 

Dans les deux cas, personne ne peut prétendre ignorer les nombreuses failles du système. Les dénonciations publiques, les rapports d’enquête – du Bureau du coroner, du Protecteur du citoyen, du Vérificateur général ou de commissions- les mises en garde des syndicats, des associations professionnelles et des chercheurs s’accumulent depuis des décennies.  

On y porte attention quelques jours et on retombe politiquement et collectivement dans l’indifférence. Un enjeu est déclassé par un autre. On privilégie un investissement dans un autre secteur. On évite d’accroître les dépenses de l’État et de devoir payer plus d’impôt.

C’est une vision à courte vue qui s’avère fort coûteuse et inhumaine.