Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Des musiciens de l'orchestre symphonique de Montréal ont joué cet été pour des aînés en CHSLD.
Des musiciens de l'orchestre symphonique de Montréal ont joué cet été pour des aînés en CHSLD.

Grouille avant que ça rouille

CHRONIQUE / Il ne suffit pas de prévenir et de contrôler la propagation de la COVID-19 dans les CHSLD et les résidences de personnes âgées afin d’y limiter le nombre de décès. Québec veut aussi que les établissements et leur personnel préviennent le «déconditionnement» des aînés. En d’autres mots, qu’ils s’assurent que les capacités motrices et cognitives de ces derniers ne s’amenuisent pas davantage et plus rapidement à cause de la pandémie.

Illusoire quand le personnel est à bout de souffle?

David Lussier, gériatre à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et directeur du Centre de promotion de la santé AvantÂge, est convaincu de la nécessité d’agir sur les deux fronts.

Il faut, selon lui, savoir concilier la prévention et le contrôle des infections, et le maintien de la mobilité, de l’autonomie et de la mémoire des personnes plus âgées.

«Grouille avant que ça rouille», disait sa grand-mère. En tant que gériatre, le Dr Lussier suit ce conseil, pandémie ou non.

La recherche, notamment celle de chercheurs de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, a permis de développer des outils pour aider les gens plus âgés à maintenir une bonne santé physique, cognitive et psychique.

Plusieurs l’ont constaté ce printemps après seulement quelques semaines de confinement. L’état de leur père octogénaire ou de leur vieille tante Annette se dégradait rapidement.

Ça s’entendait et se voyait lors de simples échanges téléphoniques ou FaceTime. Le confinement, l’isolement social, l’interdiction de visites et de sorties, l’absence ou le manque d’attention de la part du personnel débordé par les soins à donner aux personnes infectées par le virus ont eu des effets néfastes, parfois irréversibles sur la santé mentale et physique des aînés. Elles sont sorties vivantes, mais amochées de la première vague.

Annette est plus désorientée. Le papa a plus de difficultés à marcher et à se lever de son fauteuil. Ses capacités cardio-respiratoires sont également en baisse. Les deux «vieux» n’ont pas été frappés par le coronavirus, mais la crise sanitaire a affecté leur santé et leur bien-être.

David Lussier croit que le personnel ainsi que les proches sont au fait et sensibilisés à cette réalité. Des leçons ont été tirées de la première vague.

Des personnes âgées, qu’elles vivent encore à leur domicile, dans une résidence privée d’aînés ou dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ont subi et subiront encore les contrecoups de la crise sanitaire si la façon de faire est la même qu’au printemps.

Des aînés perdront autonomie, moral, motricité et acuité cognitive s’ils restent inactifs, isolés et si nous ne sommes pas plus proactifs.

Le plan d’action pour la deuxième vague du gouvernement Legault comporte un volet sur le déconditionnement des aînés. Le ministère de la Santé et des Services sociaux demande aux établissements de nommer un responsable des mesures préventives de déconditionnement. Le ministère a aussi émis des directives à cet effet.

Marguerite Blais, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, a annoncé mardi, par communiqué, la formation d’un comité de travail pour soutenir les établissements. David Lussier agira comme expert-conseil.

Le gériatre indique en entrevue téléphonique que des outils et des programmes existent déjà pour stimuler, faire bouger les personnes âgées et limiter leur isolement social. «Il faut les faire connaître dans les établissements, innover et partager les bons coups», dit-il. «On n’a pas à ressortir les vieilles cassettes de Jane Fonda.»