La Coalition SRA a installé des affiches contre le projet d’aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan.

Élections et zone de turbulences

CHRONIQUE / Le résultat du référendum est sans ambiguïté. Les citoyens de Saint-Roch-de-l’Achigan, dans Lanaudière, rejettent à 96 % le projet d’aérodrome sur leur territoire. À moins que l’approche des élections fédérales vienne changer la direction du vent, il est loin d’être assuré que le gouvernement Trudeau ira dans le même sens qu’eux et que plus aucune municipalité ne risquera de se retrouver avec un aérodrome dont elle ne veut pas.

En cette matière, c’est le fédéral «le boss». L’aéronautique est sa compétence et l’équipe de Justin Trudeau, comme celle de Stephen Harper avant lui, est avare de gestes d’ouverture et de coopération lorsque Québec et des municipalités contestent un projet d’aérodrome privé.

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Ottawa peut ignorer les lois provinciales, notamment celle sur la protection du territoire et des activités agricoles et celle sur la qualité de l’environnement au Québec, les règlements municipaux et la volonté de la population lorsqu’il s’agit d’autoriser un nouvel aérodrome ou l’activité de parachutisme à une installation existante. 

Malgré leurs efforts, des ministres provinciaux, des maires et des citoyens de Neuville et de Lévis ont échoué ces dernières années à faire modifier la dynamique. 

Ottawa tient à sa compétence en matière d’aéronautique. La Cour suprême a aussi décidé en mai dernier qu’elle n’entendrait pas la Ville de Lévis qui s’oppose depuis 2012 aux activités de parachutisme à l’aérodrome de Pintendre. Le changement doit venir du politique. 

Même si 52 % des résidents ont participé au référendum et que 96 % d’entre eux rejettent le projet, même à l’approche des élections fédérales d’octobre, les opposants à un aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan n’ont pas encore gagné la partie.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué lundi que la sécurité et l’intérêt public dicteront sa décision d’autoriser ou non la relocalisation de l’aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan comme le souhaite le promoteur Aérodrome SRA. 

M. Garneau a dit qu’il tiendrait compte du résultat du référendum. C’est toutefois un élément parmi d’autres qui s’ajoutera au rapport que lui soumettra le promoteur. Le ministre disposera d’une trentaine de jours pour faire sa propre analyse et prendre une décision.

À quelques semaines des élections, le ministre Garneau et les libéraux tenteront sûrement d’éviter les zones de turbulences. Avec la population de Lanaudière, mais aussi avec d’autres municipalités et d’autres citoyens du Québec qui trouvent de plus en plus aberrant de voir que les lois provinciales et les règlements municipaux peuvent être ignorés par des promoteurs persuadés qu’Ottawa ne cédera jamais du terrain.

La réponse du gouvernement Trudeau à ce type de dossier qui rebondit périodiquement doit aller au-delà du jour du scrutin. 

En juin, le président général de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) et le président de la fédération de l’UPA de Lanaudière ont écrit au premier ministre Trudeau afin qu’il intervienne et empêche «une incursion inacceptable dans notre garde-manger».

L’aérodrome privé serait en effet construit en zone agricole. Ce n’est pas très vert de sacrifier des champs et de la terre pour permettre à des avions de s’y poser. Les deux hommes estiment que d’autres endroits sont plus appropriés pour ce type d’activités.

«Les considérations constitutionnelles d’un autre temps ne doivent plus être invoquées pour permettre de telles invasions en zone agricole», concluent Marcel Groleau et Marcel Papin. 

Les libéraux, comme tous les autres partis politiques qui solliciteront l’appui des Québécois en octobre, doivent préciser où ils logent. Le premier ministre François Legault doit également ajouter ce dossier à sa liste de demandes à Ottawa.