Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Horacio Arruda, directeur de la Santé publique
Horacio Arruda, directeur de la Santé publique

Dr Arruda, notre héros pour longtemps?

CHRONIQUE / Horacio, notre héros. Mais pour combien de temps encore? Si le passé est garant de l’avenir, la voix du directeur national de santé publique et de son équipe risque d’avoir moins de portée aussitôt que nous cesserons de craindre la COVID-19 et que le redémarrage de l’économie réapparaîtra en haut de la liste des priorités.

Le coût exorbitant de la présente crise sanitaire, tant en vies humaines qu’en fonds publics pour soigner les malades, pour soutenir les sans-emploi et pour réactiver l’économie, va-t-il nous faire comprendre enfin qu’il vaut mieux prévenir que guérir?

Qu’il vaut mieux aussi fonder nos politiques publiques sur la science et non sur des sondages ou l’humeur de l’électorat? 

La logique voudrait qu’il en soit ainsi, mais rien ne garantit que celle-ci prévaudra. 

Quand la peur qu’un virus prenne notre vie, celle de notre enfant, de notre conjoint ou de nos parents disparaît, on prend parfois à la légère ce qui vient des directeurs de santé publique ou de l’Institut national de santé publique. 

Quand la mort ne rôde pas près de nous, ces derniers sont parfois perçus comme des gens qui dressent des épouvantails, qui repèrent des problèmes là où d’autres ne voient que des activités rentables et des occasions de faire des économies à court terme. 

On préfère écouter les «Jojo Savard» économiques et les politiciens qui nous promettent richesse et avenir radieux. Les effets d’une activité ou d’un projet sur la santé physique et mentale des gens, sur l’environnement, sur la communauté, sur la vulnérabilité sociale des gens d’un quartier? Bof!

Est-ce «qu’après», ce sera différent? Est-ce qu’après avoir suivi religieusement pendant des semaines ce que nous demandait à 13h le sympathique Dr Arruda, ce qui viendra de la santé publique sera dorénavant mieux accueilli et davantage considéré dans la prise de décisions?

La présence du Dr Horacio Arruda aux côtés du premier ministre François Legault s’avère fort rassurante en temps de pandémie. L’expertise en santé publique guide les actions gouvernementales et donne une crédibilité accrue aux décisions politiques.

Interrogé à nouveau jeudi sur l’ouverture des écoles et le déconfinement, le premier ministre François Legault a affirmé qu’il suivrait les règles du Dr Arruda. 

Sa réponse aura plu à ceux qui craignent que le patronat fasse pression pour accélérer la reprise des activités. 

Québec ne suit pas toujours à la lettre les règles de la santé publique. En temps «normal», il y a des dossiers où le gouvernement, qu’importe le parti au pouvoir, fait fi des avis des experts de la santé publique. Les intérêts économiques et politiques dominent. 

Souvenons-nous du dossier de l’amiante. Le gouvernement du Québec a ignoré les avis de la santé publique très longtemps. Sauver des emplois était plus important que sauver la santé de centaines de travailleurs ou d’utilisateurs. 

Plus récemment, l’avis de la santé publique a eu peu de poids quand le gouvernement Legault a décidé de hausser de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Le ministre Lionel Carmant a préféré suivre le programme électoral de la CAQ plutôt que d’écouter les experts en santé publique qui lui disaient que ce n’était pas la meilleure option que de laisser les 18 à 21 ans au marché noir.

Notre indifférence aux avis d’experts et notre insouciance peuvent malheureusement nous rattraper collectivement.

Les médias ont fait état ces dernières semaines de différents rapports et d’avis rédigés dès 2006 — après l’épisode du SRAS — qui auraient mérité une attention particulière de nos dirigeants. 

La COVID-19 serait sans doute venue tout de même bousculer nos vies, mais les dégâts auraient pu être limités si nous avions été mieux préparés.

Malgré les analyses, les recommandations et les centaines de pages de différents rapports, le Canada et le Québec ont été pris au dépourvu sur plusieurs fronts.

Comment croire que dorénavant, nos dirigeants seront plus sages, plus prévoyants, plus réceptifs aux conseils des experts et qu’ils conserveront des liens étroits avec leur directeur de santé publique? 

Il y aura des choix budgétaires douloureux à faire après la crise. 

Quelle part va-t-on conserver pour la santé publique? 

L’Organisation mondiale de la santé recommande d’y consacrer 5 % du budget. Avec environ 2 %, le Québec n’atteint pas cette cible. Ce qui n’a pas empêché en 2015 le gouvernement Couillard d’y prévoir des réductions de 30 % dans le cadre de son opération «optimisation des ressources» et déficit zéro. 

La question va se poser de nouveau. C’est à suivre.