Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton

Développer le goût du Québec

CHRONIQUE / Avez-vous pris le goût de voyager au Québec cet été et de vous éloigner des grandes villes? Si Charlevoix et la Gaspésie sont devenues les destinations refuges durant l’été «covidien», rien n’assure que les touristes québécois y reviendront nombreux l’année prochaine.


C’est du moins l’avis de Paul Arseneault, titulaire de la Chaire de tourisme Transat et directeur du Réseau veille en tourisme. 

En ce domaine, rien n’est acquis. L’offre de services et d’expériences doit être sans cesse renouvelée.

Faute de pouvoir s’envoler vers le Sud, les États-Unis, l’Europe ou l’Asie, faute de pouvoir se rendre à Montréal ou à Québec pour profiter des festivals et des grands évènements, les Québécois ont séjourné plus longtemps cette année dans certains coins de la province. 

«La Gaspésie et Charlevoix sont devenues des destinations refuges pour les Québécois, comme l’ont été la Bretagne et le Pays basque pour les Français. C’est un retour vers les valeurs sûres.» 

Selon M. Arseneault, cela ne veut pas dire pour autant que la Gaspésie est dorénavant une destination à la mode. Elle devra encore faire la démonstration qu’elle a beaucoup à offrir aux touristes et qu’elle peut répondre à leurs besoins. 

«Après les attentats de 2001 aux États-Unis, le Canada et le Québec sont devenus des destinations refuges, des prix de consolation pour les Américains», relate M. Arseneault qui est également professeur de marketing à l’UQAM. «Après 2004 et jusqu’en 2016, ils ont décroché.»

Notamment, explique-t-il, parce qu’on a trop misé sur les «têtes blanches» américaines et négligé les produits et le marketing qui auraient permis d’attirer les jeunes Américains. «Le Château Frontenac et les peaux d’ours devant un foyer dans un chalet, cela a ses limites.»

M. Arseneault invite à la même prudence en prévision de la prochaine saison estivale et des vacances. Ceux qui ont réussi à faire de bonnes affaires durant la pandémie ne sont pas assurés de la même affluence l’an prochain.

Alexander Reford, directeur des Jardins de Métis, à Grand-Métis, sait déjà très bien qu’il ne faut pas se reposer sur ses lauriers et qu’il est important d’innover et de joindre aussi une jeune clientèle.

Il maîtrise déjà la leçon du professeur de l’Université du Québec à Montréal. 

«L’innovation, on la cultive», indique-t-on d’ailleurs sur le site des Jardins de Métis.

Malgré la pandémie et malgré le fait que ses jardins ont été ouverts au public trois semaines plus tard cette année, la saison n’a pas été la catastrophe appréhendée. Bien au contraire.

En juillet, les Jardins de Métis ont connu une fréquentation similaire à celle de l’an dernier. «En août, elle a été est supérieure de 10 % à celle d’août 2019 grâce à notre meilleure partenaire, la météo.» Il admet aussi que la situation des Jardins, sur la route menant à la Gaspésie, destination chouchou de l’été, a aidé.

Jusqu’à la fermeture, le 4 octobre, les affaires se présentent aussi très bien avec l’ajout d’expositions et de concerts.

M. Reford constate de plus la diversité et le rajeunissement de la clientèle que les Jardins souhaitaient. On ne va pas aux Jardins de Métis seulement pour admirer le pavot bleu. «Les jardins contemporains, conçus par des jeunes, ont un côté ludique et énergisant. Cela attire d’autres visiteurs.»

Le directeur des Jardins croit que les Québécois ont pris le goût de voyager à l’étranger, mais qu’ils ont aussi le goût de voyager au Québec. «Il faut donc demeurer actif, innover et développer pour les attirer.»

On fait quoi durant les prochaines vacances, on va où? La question reviendra dans les foyers québécois l’an prochain. 

Si la pandémie a signifié des pertes d’emploi pour certains, pour d’autres, le télétravail et le confinement ont gonflé leurs épargnes. «Et qui dit épargne, dit voyage», observe M. Arseneault. «Qui, pour une enveloppe donnée, m’en donne pour mon argent?»

Il déplore que des gens disent que c’est cher de voyager au Québec, que le «package vers le Sud» est plus intéressant. «C’est pas ici que ça coûte cher. C’est là-bas que c’est pas cher parce que le coût de la vie est bas et que le personnel est moins bien payé.»

Il est tentant ici de faire une comparaison avec l’achat d’aliments du Québec. On prône l’achat local, encore davantage depuis le début de la pandémie, mais à l’épicerie, le prix guide encore le choix d’une majorité de consommateurs. 

Les voyageurs recherchent aussi la sécurité. Lorsqu’il y a un risque sanitaire, les gens sont sur leur garde. «Ça effraie plus que le terrorisme, et de loin. Le SRAS a tué l’économie de Toronto en 2003. Il y avait eu une quarantaine de morts», rappelle M. Arseneault.

Le nombre de victimes de la COVID-19 est pas mal plus imposant. Difficile donc de prévoir ce que sera le tourisme ­post-pandémie et quelles destinations sauront mieux que d’autres tirer leur épingle du jeu.