Brigitte Breton
Le Soleil
Brigitte Breton
Des professionnelles de la santé ont manifesté sur le pont de Québec, lundi matin, perturbant la circulation pour faire entendre leurs revendications au gouvernement Legault.
Des professionnelles de la santé ont manifesté sur le pont de Québec, lundi matin, perturbant la circulation pour faire entendre leurs revendications au gouvernement Legault.

Des «anges gardiens» sur les ponts

CHRONIQUE / Ce n’est pas sur les ponts que la population veut voir des «anges gardiens» en période de pandémie.

Si la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) prend un pari risqué en ralentissant la circulation automobile, le gouvernement Legault joue gros aussi en n’envoyant pas rapidement le signal que les conditions de travail vont s’améliorer dans le réseau de la santé aux prises avec des pénuries de personnel.

C’est bien beau de qualifier les employés des hôpitaux et des CHSLD d’anges gardiens et de travailleurs essentiels, ainsi que de les remercier pour leur précieux travail et leur dévouement.

Mais, vient un moment où les marques d’appréciation doivent se traduire en actions concrètes, en réorganisation du travail et en contrats de travail qui ne rendent pas malades et qui ne donnent plus envie de partir au privé ou hâtivement à la retraite.

À moins, qu’une fois de plus, le gouvernement et la population estiment que les employés de la santé du secteur public, en majorité des femmes, peuvent encore attendre, que leurs conditions d’exercice ne sont pas aussi pénibles que le prétendent leurs syndicats.

Les conventions collectives des salariés de l’État sont échues depuis la fin de mars. Si le gouvernement Legault s’est d’abord montré empressé au printemps de conclure des ententes, les règlements se font toujours attendre. Même pour les préposés aux bénéficiaires, pourtant un groupe ciblé par l’équipe caquiste.

Invitée lundi à commenter la manifestation des membres de la FIQ, la présidente du Conseil du Trésor, Sonia Lebel, a dit vouloir arriver à une entente dans les meilleurs délais.

Même si elle reconnaît que c’est un droit de manifester pour passer des messages, Mme Lebel, qui a remplacé Christian Dubé au Conseil du Trésor, se dit par ailleurs déçue du choix des actions de la FIQ.

Défiler en rangs serrés fait bien sûr sourciller en cette période où chacun est invité à limiter ses contacts.

Une manifestation sur le pont de Québec ou le pont Jacques-Cartier, à Montréal, a sûrement aussi pour le gouvernement le défaut d’être très visible.

Cela devient difficile pour Québec de prétendre que les négociations avancent sûrement et rondement quand des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes traversent un pont avec leurs pancartes et perturbent la circulation.

Le gouvernement Legault jouit encore d’une grande popularité dans la population. Celle-ci est par ailleurs aussi sensible au sort des milliers d’infirmières du réseau. Du moins, lorsque celles-ci sont au chevet des malades et non dans la rue pour revendiquer des améliorations à leurs conditions de travail.

De quel côté va pencher l’opinion publique si les pourparlers se corsent, si les actions syndicales viennent perturber le trafic?

Nancy Bédard, la présidente de la FIQ, compte sur la compréhension du public. «Nous faisons le pari que la population comprendra que les professionnelles en soins veulent exercer leur profession dans des conditions humaines et sécuritaires.»

Il coûte cher humainement et financièrement de se retrouver avec des équipes de soins réduites et épuisées. C’était vrai avant et ce sera encore vrai après la pandémie.

D’où l’importance dans la présente ronde de négociations de trouver des solutions pérennes plutôt que de recourir à des sparadraps.