Dans le cadre légal actuel, l’aide médicale à mourir n’est pas accessible à Nicole Gladu, une septuagénaire atteinte d’un syndrome post-poliomyélite sévère.

Botter le cœur de Trudeau

CHRONIQUE / Un verre de champagne rosé dans une main. Un canapé au foie gras dans l’autre. À la maison, en présence d’un médecin, au moment qu’elle aura choisi. C’est ainsi que dit vouloir mourir Nicole Gladu, une septuagénaire atteinte d’un syndrome post-poliomyélite sévère dont la cause est plaidée depuis lundi devant la Cour supérieure du Québec. Pourquoi s’y opposer si son choix, comme celui de grands malades comme elle, est libre et éclairé?

Mme Gladu n’est pas la seule au pays à souhaiter ce scénario réfléchi, planifié et doux pour mettre fin à des années de souffrances et au déclin de son autonomie et de sa qualité de vie.

Dans le cadre légal actuel, l’aide médicale à mourir n’est cependant pas accessible à Mme Gladu. Ni à Jean Truchon, un homme de 51 ans atteint de triparalysie, qui mène avec elle la contestation devant les tribunaux. Ce sont de grands souffrants, mais ils ne sont pas en fin de vie et leur mort naturelle n’est pas «raisonnablement prévisible».

Attendre une mort naturelle et prendre leur mal en patience. S’offrir un coûteux billet simple pour Dignitas en Suisse, et revenir au pays réduit en cendres dans un colis livré par la poste. Jeûner jusqu’à ce que mort s’ensuive ou pour devenir enfin admissible à l’aide médicale à mourir. Tenter de se suicider, ou convaincre quelqu’un de les aider à le faire. Voilà leurs options.

Qui n’aspire pas à une finale plus sereine, plus digne, plus agréable avec des êtres chers réunis autour de soi, avec en prime, pour certains, une dernière flûte de bulles? 

En quoi permettre un possible recours à l’aide médicale à mourir à ce type de malades met-il en danger la vie de personnes vulnérables et handicapées dans la société? En quoi cela peut-il nuire à la prévention du suicide chez les personnes dépressives?

Les cancéreux n’optent pas tous pour l’aide médicale à mourir depuis que Québec et Ottawa la permettent. Et les médecins ne sont pas légion à vouloir procéder à l’injection finale. 

La réaction serait probablement la même si les lois incluaient les personnes atteintes de maladies graves et irrémédiables dont les souffrances sont devenues intolérables.

Dans l’arrêt Carter rendu en 2015, la Cour suprême n’excluait pas l’aide médicale à mourir pour une personne adulte capable de consentir clairement à mettre fin à sa vie et affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition.

Ottawa ne l’a pas transposé ainsi dans sa loi. Nicole Gladu, Jean Truchon et leur avocat Jean-Pierre Ménard veulent qu’Ottawa la modifie pour coller à l’arrêt Carter.

Il faut «botter le cœur de Trudeau», faire appel à la compassion des élus, disait en décembre Yvon Bureau, lors d’une rencontre d’information du Collectif Mourir digne et libre, à l’Université Laval.

Il faudra voir les arguments qu’apportera en cour supérieure la batterie d’avocats et d’experts des gouvernements d’Ottawa, de Québec, et des groupes opposés à l’aide médicale à mourir. Les difficultés appréhendées sont-elles insurmontables? Quel dérapage est à craindre?

Margo Ménard a témoigné de son expérience à l’Université Laval. Cette mère a accompagné son fils Sébastien chez Dignitas, en Suisse. Atteint de sclérose en plaques, celui-ci ne se voyait pas, à 42 ans, poursuivre sa vie dans un CHSLD.

Selon cette mère, des dérapages risquent de se produire lorsque des personnes n’ont pas accès à l’aide médicale à mourir, lorsqu’on leur dit qu’elles ne sont pas «assez en fin de vie». Des gens se suicident, d’autres échouent leur tentative.

Lorsque l’urne de son fils est arrivée de Suisse cinq semaines après son décès comme un simple colis commandé chez Amazon, Mme Ménard a fait la promesse qu’aucune autre famille québécoise n’aura à refaire ce parcours indigne.

Les élus qui se disent à l’écoute de la population ne peuvent ignorer ces appels à l’aide.